SÉMINAIRE : « LE NUMÉRIQUE, ARME DE NEUTRALISATION MASSIVE »

Entrée gratuite sur inscription

Lieu : Fondation Charles de Gaulle, 5 rue de Solférino, 75007 Paris

Date : lundi 4 décembre 2017 à 18h30

Intervenants :

• Éric Meillan, Ancien sous-directeur de la direction de surveillance du territoire (DST) et président de la section droit pénal de l’Association française des docteurs en droit
• François Levieux, polytechnicien, docteur ès sciences et ancien responsable technique chez Thales group

Jacques Godfrain, ancien ministre et président de la Fondation Charles de Gaulle, vous prie d’assister au séminaire de réflexion « Le numérique, arme de neutralisation massive », animé par François Levieux et Éric Meillan, auteurs de l’ouvrage Survivre à la guerre numérique (Édition Jean Picollec). Une prise de conscience des décideurs au plus haut niveau est urgente : le numérique présente des dangers nouveaux et d’une envergure rare contre les droits de l’homme, contre la sécurité de l’État, et contre l’indépendance de nos forces vives. Des parades contre cette neutralisation massive existent, mais elles imposent de recréer l’espace social, politique et juridique ; le temps de visionnaires courageux est arrivé pour prendre en charge cette nouvelle menace.

Quatrième de couverture de l’ouvrage Survivre à la guerre numérique
« Ce livre s’adresse aux décideurs qui doivent prendre conscience d’une certaine impasse actuelle de la sécurité numérique ; mais il montre que cette impasse n’est pas inéluctable. Cet ouvrage est novateur, car il doit provoquer chez le lecteur la remise en question de la confiance en des recettes aujourd’hui insuffisantes : en effet, la sécurité numérique ne peut plus se construire uniquement sur la sanctuarisation et les documents chiffrés.
Il prône une approche qui les complète. La richesse de cette présentation et de ces propositions découle de l’association assez originale entre un scientifique et un spécialiste du contre-espionnage. Ces deux auteurs ont largement participé dans leurs déroulements professionnels aux impératifs de défense et de sécurité nationale et ils restent attentifs à pouvoir offrir de bonnes recettes de protection. »

COMMUNIQUÉ A L’ISSUE DU SÉMINAIRE

            Un séminaire, réunissant des personnalités de la sécurité, de la défense et du monde juridique, a été organisé par la Fondation Charles de Gaulle le 4 décembre 2017 sur : « le numérique, arme de neutralisation massive ». Il était présidé par Monsieur Jacques Godfrain,  ancien ministre, et animé par Messieurs François Levieux et Eric Meillan, auteurs de « survivre à la guerre numérique ».

La deuxième guerre mondiale a vite débouché sur la guerre froide, un affrontement est-ouest qui s’exprimait généralement de manière larvée ; mais la menace du conflit ouvert était omniprésente. Alors, on a mis en place la dissuasion nucléaire et ses doctrines développées au cours de la Vème République : prévoir une riposte, si destructrice, face à toute agression du territoire, que l’enjeu d’une attaque n’en valait plus la chandelle. Cela a garanti l’indépendance de la France et son intégrité.

Aujourd’hui, à côté des milieux militaires traditionnels, la terre, la marine et l’aérospatial, a pris place le quatrième milieu du numérique, qui se situe la plupart du temps dans le ni-guerre, ni-paix. Mais, dans notre société ultra numérisée, la neutralisation par une grande attaque numérique peut paralyser l’ensemble de cette société, donc revêtir une importance vitale : l’actualité récente en a encore montré des exemples.

Le séminaire s’est d’abord consacré à définir les menaces, avant d’étudier les insuffisances actuelles de la réaction sociale.

LE NUMÉRIQUE DU XXIe SIECLE : QUELLES MENACES ?

              Le numérique révèle des menaces nouvelles, intimement liées à ses caractéristiques et à son fonctionnement.

Immatériel, il ne connaît aucune frontière politique et son aire géographique est celle de la planète : donc, il ne dépend ni de l’État, ni de ses représentants, et s’exonère du droit interne.

Son extrême rapidité ne peut être mise en parallèle avec nos fonctionnements classiques : les décisions politiques, le temps judiciaire … ânonnent face à la vitesse de la lumière.

Il a pénétré la totalité de notre vie sociale : distribution d’énergies, régulation des transports, mouvements financiers, liens sociaux, domotique, interventions chirurgicales etc. Donc il représente le meilleur vecteur pour paralyser la société, d’autant qu’il a la capacité de créer des dommages irréversibles.

L’industrie du numérique a échappé au contrôle de la plupart des Etats, à l’exception, et encore partielle, de grands pays comme les Etats-Unis, la Chine et la Russie : car ceux-là disposent d’un potentiel de clientèle plus ou moins captif, « l’effet de parc ».

L’industrie internationale du numérique s’est fortement concentrée en quelques groupes ; ils ont éliminé au fur et à mesure ceux qui ne pouvaient suivre la course à l’accroissement régulier des capacités de calcul des micro-processeurs (une multiplication par 10 tous les 5 ans). Ils disposent d’énormes budgets et ne sont conduits que par la recherche du profit.

Le numérique a ainsi recréé une jungle basée sur la seule force.

UNE RÉACTION SOCIALE INSUFFISANTE

                   Les Etats ont installé leurs systèmes de défense : en France, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information produit des études techniques, des analyses, diligente des audits, diffuse des conseils aux collectivités publiques, aux entreprises, aux particuliers. Mais cette défense passive, malgré son haut niveau technologique, reste vouée à l’échec : elle ne peut éternellement résister à un assaillant qui dispose de moyens et en invente sans cesse de nouveaux. L’attaque finit toujours par primer sur la défense.

Le législateur français a élaboré, dans les vingt dernières années du XXème siècle, un arsenal juridique pertinent, repris par beaucoup de pays. Mais le numérique, ignorant les frontières, se joue de plus en plus de ces textes nationaux.

L’Etat est d’ailleurs mal à l’aise face au numérique : il a le devoir en interne de protéger ses citoyens et son industrie ; en même temps, il ne peut s’exonérer de sa mission de prédateur numérique à l’extérieur, à travers l’action de ses services de renseignements, la préparation des guerres informatiques…

L’Union européenne a échoué dans le domaine numérique et piétine dans le seul incantatoire : son étendue géographique est insuffisante face à l’internationalité du numérique. D’ailleurs, l’union de vue n’existe pas: pays d’Europe centrale encore fascinés par les produits américains, ou alliés traditionnels du monde anglo-saxon, face aux états soucieux d’une vraie souveraineté, comme la France. L’Europe dissonante ne dispose aujourd’hui d’aucun moyen d’imposer un nouveau droit.

Il faut changer de stratégie.

CONJUGUER L’ATTAQUE ET LA DEFENSE.

    Le nouveau concept a été défini dans tous ses détails…

  • Prise de conscience d’une guerre totale, devant mobiliser en permanence la totalité de la collectivité concernée, sous l’impulsion du dirigeant qui l’intègre à tous les niveaux de sa stratégie.
  • Pragmatisme, par l’acceptation préalable de destructions partielles, pour mieux diriger l’attaquant vers des pièges pré-positionnés ; retraite par étapes pour mieux user les forces de l’assaillant en gagnant du temps.
  • Riposte immédiate et brutale pour désorienter celui qu’on pense être l’agresseur et reprendre la maîtrise de l’action. Cela impose que le décideur ait délégué à l’avance au responsable de la sécurité le pouvoir du déclenchement de l’action de riposte.

 

Certes on risque d’arroser des sites et des utilisateurs innocents ; mais il faut riposter vite, car les auteurs de l’attaque n’attendront pas et installeront la paralysie. C’est le fameux « brouillard de la guerre », familier au monde militaire.

Mais il ne faut pas ajouter une jungle à la jungle : si ce processus apparaît aujourd’hui d’un point de vue technique le seul efficace, il impose un encadrement pensé en fonction de nos valeurs d’éthique et de droit..

Le séminaire a dégagé que seule une réaction politique au plus haut niveau de l’État et des États peut permettre de mettre en place ce nouveau concept de défense.

Le seul échelon actuel existe au niveau de l’ONU et de son Conseil de sécurité. La France, pays de la Déclaration des droits de l’homme, pays qui avait su construire et conceptualiser sa dissuasion nucléaire, pourrait s’enorgueillir d’être moteur politique de cette démarche. Elle apporterait la caution de son histoire et de ses valeurs à une construction mondiale destinée à défendre l’humain et l’humanisme contre la nouvelle menace.

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