COMMUNIQUÉ DE LA FONDATION CHARLES DE GAULLE

La Fondation Charles de Gaulle sera présente place de la République à Paris ce mardi 19 février 2019, au rassemblement contre la montée de l’antisémitisme dans notre pays. Face au déferlement de paroles et d’actes de haine, symptomatiques d’une profonde fragilisation de ce que le général de Gaulle qualifiait d’ « évidente unanimité française », il est nécessaire de réaffirmer les valeurs de rassemblement et de tolérance que le Général a toujours portées, et de réfléchir aux moyens de restaurer le « commun » républicain et national.

La nuit dernière, un cimetière juif était profané dans le Bas-Rhin. Samedi dernier, dans les rues de Paris, un académicien et écrivain devait subir un flot d’insultes haineuses liées à sa confession juive. Il y a huit jours, au terme de la manifestation des Gilets jaunes à Paris, la devanture d’un restaurant était recouverte d’une inscription que l’on pensait, et espérait, ne plus jamais voir : « Juden ». Près de la Mairie du XIIIe arrondissement, des boîtes aux lettres décorées par un artiste à l’effigie de Simone Veil étaient recouvertes d’une croix gammée. De tels actes révulsent quiconque est sensible aux valeurs portées par le général de Gaulle : s’en prendre ainsi à Simone Veil, déportée à Auschwitz à l’âge de 16 ans, dont elle reviendra orpheline, blesse au cœur l’honneur même de notre pays. Comment banaliser, voire réhabiliter ce que de Gaulle qualifiait de « crimes qui font honte au genre humain » ?

Mais ces actes ne sont hélas qu’un symptôme, celui d’une remontée vertigineuse des actes antisémites dans notre pays, qui suit une libération des paroles de haine favorisée par un usage inconsidéré des réseaux sociaux. De tels actes, de tels mots, que nous condamnons avec la plus grande fermeté, traduisent une étrange et bien inquiétante perte de mémoire chez certains de nos concitoyens. C’est notre rôle et notre mission, parmi d’autres, de rappeler que c’est parce que « la seule querelle qui vaille est celle de l’homme » que de Gaulle et quelques autres, quasiment seuls contre tous, se sont dressés contre la barbarie nazie, pour porter ce que le Général nommera « la révolte de la conscience française ». La France s’est reconstruite à la Libération d’avoir expurgé de son identité républicaine toute valeur de haine et de discrimination. Voir celles-ci, sinon ressurgir, du moins retrouver une expression publique, annonce pour nous des temps difficiles, mais aussi des combats à mener.

La Fondation Charles de Gaulle ne saurait se limiter à rappeler ce en quoi le passé éclaire le présent. L’antisémitisme est hélas un relent des temps difficiles, des périodes de crise économique, mais aussi de crise d’identité pour notre république. « L’antisémitisme est l’anticapitalisme des imbéciles », écrivait le socialiste allemand August Bebel. En ce sens, un relent d’esprit des années 1930, mélange de déréliction morose et de perte de confiance dans notre idéal républicain, est à l’œuvre aujourd’hui : il apporte avec lui les passions mauvaises. Mais l’antisémitisme contemporain, qui vient de l’extrême droite comme de l’extrême gauche, est aussi le symptôme de la segmentation de notre pays, de la communautarisation de notre société, de la mise en danger de notre commun national. Or précisément, ce combat pour restaurer cette « élémentaire unanimité française » qu’évoquait le général de Gaulle, est le nôtre, car il constitue une part essentielle de ce que le Général a légué à notre pays. Plus que jamais, il nous est nécessaire de réaffirmer ce qui, dans l’idéal républicain, rassemble et intègre plutôt qu’exclut, et ce socle de valeurs partagées.

« La colère des imbéciles m’a toujours empli de tristesse, mais aujourd’hui, elle m’épouvanterait plutôt », écrivait Georges Bernanos dans l’ouvrage qui capturait sans doute le mieux l’esprit des années 1930, Les Grands cimetières sous la Lune. Si nous ressentons aujourd’hui de la tristesse et de la colère devant de tels actes, nous sommes également déterminés, plus que jamais, à poursuivre le travail mené pour expliciter et défendre les valeurs républicaines, en particulier auprès des jeunes générations. Notre travail quotidien dans les collèges, dans les lycées, notre réflexion sur les « compromis implicites » propres à la Ve République va dans ce sens. Car, face à la résurgence de ces passions destructrices, les valeurs portées par le Général nous semblent les piliers d’une Renaissance française. C’est pourquoi, ce soir, la Fondation sera présente au Rassemblement contre l’antisémitisme qui se tiendra place de la République.

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