Le Premier ministre à Colombey-les-Deux-Églises

Le Premier ministre à Colombey-les-Deux-Églises

Le Premier ministre à Colombey-les-Deux-Églises

Le Premier ministre Edouard Philippe s’est rendu le mercredi 7 juin sur la tombe du général de Gaulle, vandalisée le mois dernier par un individu de 38 ans, fortement alcoolisé. L’auteur des faits a été condamné en comparution immédiate le 2 juin à 12 mois de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Chaumont et à 8000 euros de dommages et intérêts. La Fondation Charles de Gaulle et son président Jacques Godfrain étaient présents sur place en ce moment de recueillement.

 



Une « ministre des Armées » ?

Une « ministre des Armées » ?

La désignation de Sylvie Goulard comme « Ministre des Armées » et non comme « Ministre de la Défense nationale » dans le gouvernement d’Edouard Philippe a soulevé un certain nombre d’interrogations quand au périmètre et à la définition de son poste : cela revient-il à dire que le périmètre ministériel en sera modifié ? Un rapide détour par l’histoire permet de remettre ces enjeux en perspective.

Le terme même de « Ministre de la Défense nationale » n’apparaît pas avant 1932, dans le Cabinet Tardieu : jusqu’à la Libération, chaque arme dispose de son propre secrétariat d’Etat ou Ministre. Sous la IVe République, la dénomination de « Ministre de la Défense Nationale » ne s’impose pas : employée de 1947 à 1953, l’intitulé du portefeuille ministériel sera ensuite sujet à des variations : « Défense nationale et forces armées » pour Emmanuel Temple dans le Gouvernement de Pierre Mendès France ou pour le Général König dans celui d’Edgar Faure, «Défense nationale » pour Maurice Bourgès-Maunoury dans le Gouvernement Mollet, « Forces armées » pour Pierre de Chevigné au sein de l’éphémère gouvernement Pflimlin. Une stabilisation s’en suit avec le retour au pouvoir du Général de Gaulle : lui-même sera ministre de la Défense nationale dans le Gouvernement qu’il forme en mai 1958, avant de nommer, pendant la première décennie de la Ve République, deux ministres des Armées, Pierre Guillaumat puis Pierre Messmer. Par la suite, la dénomination de « Ministre de la Défense » s’impose, à la notable exception de Robert Galley, Ministre des Armées, et le fait n’est pas anodin, dans les deux derniers Gouvernements que Pierre Messmer dirige sous la présidence de Georges Pompidou (1973-1974).

Il existe donc une « spécificité gaullienne » au titre de Ministre des Armées. Pour quelles raisons ? La principale réside dans la définition par de Gaulle d’un périmètre présidentiel : l’engagement de l’appareil de défense relève de la décision du Président dans le cadre du Conseil de Défense nationale. La dissuasion, mise en place au cours de cette période, symbolise ce recentrage autour de la personne du Président. Comme le montre Philippe Vial, cela ne va pas de soi dans l’équilibre institutionnel initial de la Ve République, mais résulte d’une évolution très progressive, accélérée par le conflit algérien finissant. La création du poste de Chef d’Etat-Major des Armées et la construction d’un équilibre, mais aussi d’une relation directe entre l’Elysée et l’Hôtel de Brienne constituent un point crucial du « domaine réservé » mis en place par de Gaulle. La fonction ministérielle pourrait à première vue s’en trouver diminuée. Non sans modestie, Pierre Messmer s’en ouvrira : « Quand on est le ministre du Général de Gaulle, on n’est pas un homme politique, quand on prend les armées, on est son secrétaire d’Etat aux armées ».

Pour autant, il serait erroné d’interpréter cette fonction dans un sens par trop restrictif. D’une part, elle implique une relation directe et confiante entre le Président et son ministre, unique dans l’économie gouvernementale : de fait, pour avoir su en cerner les contours, Pierre Messmer connaîtra à ce poste une longévité remarquable, du 5 février 1960 au 4 juin 1969. Alors qu’il pouvait lui apparaître délicat de trop laisser un ministre « s’installer » dans son département ministériel, le Général de Gaulle a au contraire dans ce cas recherché cette stabilité, car cette organisation lui semblait adaptée à son immense effort de modernisation de l’armée française. Le fameux « triangle » décisionnel entre le Chef de l’Etat, le Ministre et le Chef d’Etat-Major des armées repose sur une proximité et une confiance mutuelle entre les trois composantes. Second point, il serait erroné de ne voir dans le Ministre des Armées qu’un ministre sans véritable prérogatives, dont il se serait laissé dépouiller par le Président et par l’émergence du Chef d’Etat-Major des Armées: outre le fait que Messmer sera le Ministre en charge de gérer la sortie de l’engagement militaire en Algérie, plusieurs initiatives décisives sont prises à son initiative, comme la fondation en 1963 de la Délégation ministérielle à l’armement, devenue Délégation Générale de l’Armement en 1977, ou du Centre de Prospection et d’Evaluation du Ministère de la Défense l’année suivante. La tâche de préparer l’outil militaire n’exclut nullement une réflexion de long terme sur sa modernisation ou ses capacités de projection, seul ou en coalition.

Il est bien évidemment prématuré d’affirmer que le retour d’une Ministre des Armées participe de la restauration d’un schéma gaullien : le cadre de l’engagement, les missions de l’armée, les périls auxquels elle doit faire face ont considérablement évolué depuis les années 1960. Cependant, avoir en tête ce modèle gaullien pourra constituer un moyen d’observation intéressant pour saisir l’évolution prochaine de la gouvernance militaire de notre pays.

Pierre Messmer à l’Hôtel des Invalides en avril 1963 (Droits réservés)

Sylvie Goulard à la DGA de Bruz le 30 mai 2017 (Droits réservés Ouest-France)

Aménagement de la colline boisée de Colombey-les-Deux-Églises

Aménagement de la colline boisée de Colombey-les-Deux-Églises

Depuis 5 mois, la colline boisée de Colombey, de laquelle s’élève fièrement la Croix de Lorraine, fait l’objet d’interventions paysagères significatives. Ces opérations s’inscrivent dans le cadre d’un projet global de valorisation patrimoniale (paysagère, écologique et historique) de ce site classé et emblématique.

Conçu et conduit par l’Office national des forêts (agence Études Bourgogne–Champagne-Ardenne), en étroite concertation avec l’ensemble des acteurs du site (Fondation Charles de Gaulle, Conseil départemental de Haute-Marne, SME du Mémorial Charles de Gaulle, commune de Colombey-les-Deux-Églises, ainsi que l’Inspectrice des sites de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL) et l’Architecte des Bâtiments de France en vertu du contexte de site classé), ce projet paysager s’articule autour de trois axes principaux :

  • L’amélioration des conditions de visibilité de la Croix de Lorraine depuis la route RD619 de Bar-sur-Aube, axe perceptif cher à Yvonne de Gaulle ;
  • La requalification paysagère des abords de l’ancien mémorial et de la Croix de Lorraine avec la mise en sécurité du public (expertise sanitaire du patrimoine arboré de l’ensemble du site) ;
  • L’aménagement d’un sentier d’interprétation sur la colline, permettant de découvrir les richesses patrimoniales dont dispose le site, ainsi que les relations étroites qu’entretenait le Général avec la Nature.

Ce printemps 2017 marque la concrétisation de cet ambitieux projet :

  • La Croix de Lorraine surmonte désormais avec autant de puissance que d’élégance la canopée de la colline, conformément aux prescriptions de l’étude paysagère conduite en 2014 (recours aux proportions du Nombre d’Or) ;
  • Les abords de l’ancien mémorial et de la Croix, libérés de leurs mobiliers vétustes et de leurs haies résineuses opaques, ont aujourd’hui retrouvé un environnement lumineux, sobre, serein et ouvert sur les paysages sous-bois forestiers qu’affectionnait tant le Général ;
  • La colline tout entière, y compris ses plantations historiques de Cèdres du Liban, s’ouvrira très prochainement au public via un sentier d’interprétation jalonné par 10 étapes. À chacune d’elles, le visiteur pourra, avec une double approche écologique et historique, décrypter le paysage qui se dévoile sous ses yeux.

La faune et la flore sauvages de la colline boisée de Colombey constituent l’un des piliers des valeurs et de l’attrait de ce site exceptionnel ; ce printemps 2017 leur permet d’ailleurs une expression remarquable !

Les sols calcaires et marneux de la colline boisée de Colombey permettent l’expression d’une flore diversifiée, représentative de celle des plateaux calcaires du Barrois.

Plusieurs orchidées sauvages constellent ainsi les sous-bois et les pelouses : Orchis pourpre (Orchis purpurea), Céphalanthère de Damas (Cephalanthera damasonium), Orchis pyramidal (Anacamptis pyramidalis), mais aussi Grande Listère (Neottia ovata), Ophrys mouche (Ophrys insectifera), Platanthère à deux feuilles (Platanthera bifolia)…

Fait à Langres, le 01/06/2017

Mirham Blin
Chef de projets Paysage et Milieux naturels
Agence Études Bourgogne–Champagne-Ardenne
Office national des forêts

Tombe du général de Gaulle vandalisée

Tombe du général de Gaulle vandalisée

Message du Président de la Fondation Charles de Gaulle

Hier, en fin d’après-midi, la tombe du général de Gaulle à Colombey-les-Deux-Églises a été vandalisée. Un individu, agissant seul, a arraché la croix qui la surmontait et celle-ci est tombée au sol en se brisant. Le procureur de la République de Chaumont a été saisi et une enquête de la gendarmerie est en cours.

Au nom de la Fondation Charles de Gaulle, j’adresse à la famille, aux amis du Général et à tous les Français toute ma sympathie. L’héritage de Charles de Gaulle est notre bien commun. Y porter atteinte, c’est porter atteinte aux valeurs de celui qui, dans les heures les plus sombres, avait su rassembler autour de lui des bonnes volontés de toutes tendances politiques, de toutes couches sociales, de toutes couleurs de peau, de toutes générations… L’exclusion et le sectarisme, pas plus que l’hagiographie ni l’idolâtrie, n’étaient dans l’ADN de cet homme illustre dont nous essayons quotidiennement de véhiculer le message pour qu’il soit, selon sa propre expression, « source d’ardeurs nouvelles ».

Cette affaire est choquante. Elle suscite une indignation justifiée, y compris à l’international. Toutefois, avant d’en tirer quelques conclusions hâtives que ce soit, laissons le soin aux autorités de l’État de faire leur travail. Elles ont réagi avec la célérité qui convenait et, depuis hier, peu après cet évènement, je puis mesurer combien elles sont actives.

La Fondation Charles de Gaulle existe depuis 1971. Elle existe parce que Général l’a voulu, parce qu’il avait souhaité que son héritage fût porté par une instance politiquement non partisane. À l’occasion du 18 juin, nous mettrons en place une pétition en ligne sur laquelle chacun pourra témoigner de son attachement à l’héritage du Général. Plus que jamais, au lieu de laisser notre message devenir l’enjeu d’improbables tenants d’un volapük nihiliste, il nous faut continuer d’agir ensemble pour que ce legs gaullien, comme d’autre pans de l’héritage universel de la France, serve à l’éducation des plus jeunes.

Jacques Godfrain
Président de la Fondation Charles de Gaulle
Ancien ministre

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