« Le Gaullisme aujourd’hui », par Jean-Marie Dedeyan

« Le Gaullisme aujourd’hui », par Jean-Marie Dedeyan

À l’occasion du 47e anniversaire de la mort du général de Gaulle le jeudi 9 novembre prochain et de la journée commémorative que la Fondation Charles de Gaulle sera heureuse de perpétuer au pied de la Croix de Lorraine à Colombey-les-Deux-Églises, Monsieur Jean-Marie Dedeyan, vice-président de la Fondation Charles de Gaulle, partage en ces colonnes une tribune sur ce que signifie le Gaullisme aujourd’hui.

Ces cérémonies du 9 novembre 2017, organisées conjointement avec l’Ordre de la Libération et la préfecture de la Haute-Marne, seront également placées sous le signe des 50 ans de la mort de Konrad Adenauer, des 75 ans de la bataille de Bir Hakeim et des 75 ans de la création de l’escadron Normandie-Niemen.

LE GAULLISME AUJOURD’HUI
par Jean-Marie Dedeyan, vice-président de la Fondation Charles de Gaulle

Le Gaullisme n’est pas une doctrine. Dans l’imagerie populaire, c’est d’abord un fait historique. L’histoire d’un homme et de ses compagnons qui refusent la défaite de 1940, s’opposent au renoncement adopté par le régime de Vichy et décident de combattre. Pour de Gaulle, il s’agit de défendre une certaine idée de la France forgée par des siècles d’histoire, une conception de la souveraineté, un refus de l’asservissement et une volonté farouche de permettre au peuple français de continuer librement à écrire sa propre histoire au lieu de la laisser écrire par d’autres.

Le Gaullisme n’est ni une religion, ni une idéologie. C’est une conception réfléchie et pragmatique de l’action. Cette approche repose à la fois sur des réalités historiques, culturelles, démographiques et géographiques, sur des valeurs philosophiques, sur une prise en compte réfléchie des circonstances et des réalités, et sur une capacité d’application dont les principes demeurent, mais dont la traduction opérationnelle est fonction des circonstances.

Être gaulliste aujourd’hui, ce n’est pas être nostalgique. C’est, au contraire, agir sans renoncer pour maintenir vivante une certaine idée de la France, de l’État, de la Nation, de la République et du Bien public, afin d’éclairer et d’élever la pensée et l’action futures des jeunes générations.

Un peu partout dans le monde, des hommes et des femmes honorent le souvenir du général de Gaulle décédé le 9 novembre 1970 dans sa maison de Colombey-les-Deux-Églises.

Une voix, un nom, une philosophie de l’action

Le 18 juin 1940, lançant son célèbre Appel, il est d’abord une voix et un nom. Pendant les quatre années de guerre, ce nom et cette voix ont symbolisé l’honneur et l’espérance ; l’honneur du peuple français et l’espoir de sa patrie libérée.

Rappelé en 1958 pour sortir la France et les Français des errements d’une IVe République confrontée à une instabilité chronique et à de nombreuses difficultés politiques, économiques, sociales et diplomatiques, le général de Gaulle a su rénover la République en la dotant d’une constitution et d’un gouvernement dont l’action, sous l’impulsion de Michel Debré d’abord, puis de Georges Pompidou, a largement porté ses fruits.

En une dizaine d’années, la France s’est trouvée régénérée. Malgré l’épreuve de l’Algérie, ses finances ont été assainies, ses banques, son industrie, son agriculture ont fait l’objet de restructurations, son économie a progressé, ses équipements ont été renouvelés et développés, la paix scolaire a été rétablie, sa défense a été modernisée et sa politique extérieure lui a permis d’exercer, sur le fondement de son indépendance, une influence internationale incontestable…

Une conception lucide de la République

La légitimité du général de Gaulle à l’égard de la France et son autorité dans le Monde ont indéniablement contribué à l’efficacité de son gouvernement et de son action politique. Un contrat de confiance entre la Nation et lui avait été forgé dans le malheur et dans l’espérance des années de guerre. Et, à son retour en 1958, ce contrat reposait sur de nouvelles institutions dont il avait esquissé les grandes lignes le 16 juin 1946 à Bayeux et sur une conception lucide de la République :

– La République, c’est la France unie et indivisible, consciente de son destin collectif et dotée d’institutions solides et souples, dont la légitimité repose sur la volonté populaire librement exprimée.

– La République c’est une France dans laquelle la citoyenneté constitue une sphère où chacun est l’égal des autres. Et cette égalité est garantie à la fois par des droits individuels et par un espace public, politique et social : la Nation.

– La République, c’est une France ambitieuse dont le bon état des finances, la compétitivité, la croissance économique, s’ils sont des objectifs premiers, sont aussi des moyens pour bâtir une solidarité sociale équitable, accélérer la mutation des entreprises, organiser la participation des travailleurs dans l’Entreprise, réaliser des projets d’avenir dans l’espace et le fond des océans, mener des programmes de recherche et effectuer des découvertes technologiques ou médicales contribuant au progrès individuel et collectif.

– Indivisible et ambitieuse, la France est souveraine ; et la République est garante de cette souveraineté. Ne pas l’affirmer, c’est condamner la France à perdre sa personnalité au profit d’une ou plusieurs autres.

La question a déjà fait l’objet de larges débats, notamment sur la coopération européenne. La conception gaullienne à cet égard considère que l’Europe doit être envisagée non comme un super État qui affaiblirait la Nation, mais comme une union entre états qui s’associent pour coopérer et mener des actions communes dont ils assurent entre eux la définition et l’exécution.

Le général de Gaulle considérait que la coopération entre nations européennes est nécessaire, mais qu’il convient de « faire l’Europe sans défaire la France », en veillant à la défense de nos intérêts ; car ce que la France n’aura pas fait pour elle-même, nul ne le fera à sa place. De surcroit, l’Europe n’est pas la même selon que la France est forte ou faible. La France est donc indépendante et maitresse de son destin comme elle est maîtresse de ses relations avec les autres états.

Cette indépendance nationale est une exigence d’autant plus nécessaire que le monde est incertain, marqué par l’égoïsme de nombreuses puissances, par des rivalités commerciales accrues, par des déséquilibres démographiques, des tensions idéologiques et des conflits ethniques sur la plupart des continents.

L’indépendance de la France, qui repose sur la force nucléaire de dissuasion, ne saurait cependant, en tant que telle, se suffire à elle-même. Elle est la condition de la libre maitrise de leur destin par les Français sur le plan intérieur ; mais c’est d’elle également que dépend la possibilité pour la France de jouer le rôle qui est le sien sur la scène internationale.

– Patrie des droits de l’homme, la France, sous l’autorité de ceux qui la dirigent, a, ainsi, la double charge de garantir la liberté et la solidarité des Français, et de déployer sa politique extérieure au service de la Paix, du progrès et de la dignité de la personne.

Face aux défis du XXIe siècle, une source d’inspiration pour les décideurs

Cette philosophie de l’action au service du bien public constitue une belle leçon. C’est quand on a la volonté d’ajuster son action à cette haute idée de la France et de sa mission que l’on peut évoquer le nom du général de Gaulle et se réclamer du Gaullisme. Car le Gaullisme est d’autant moins une nostalgie que dans de nombreux domaines de réflexion et d’action il constitue une référence.

Dans la mémoire de chacun, Charles de Gaulle est désormais non seulement l’homme du 18 juin, le fondateur de la Ve République, l’initiateur avec le Chancelier Adenauer du rapprochement franco-allemand, un homme d’État exceptionnel doublé d’un grand écrivain. Mais son message continue aussi à éclairer les réflexions et les décisions politiques, qu’il s’agisse des institutions, de la défense, de la conception des rapports entre les peuples, de la dignité de la personne humaine, de la participation…

Notre époque actuelle n’est pas seulement celle des mutations et des perspectives nouvelles offertes par la coopération européenne, la recherche scientifique, les nouvelles technologies et leurs applications à l’industrie, aux transports, à l’éducation, à la santé, à la communication.

Notre époque est aussi faite de rivalités et de tensions entre nations, entre nations et continents, entre continents et civilisations. Sur une scène désormais mondialisée, elle est le théâtre de compétitions souvent impitoyables : techniques, économiques, ethniques, culturelles, idéologiques, stratégiques…

Or ces compétitions se déroulent dans un environnement international incertain et face à des acteurs imprévisibles, alors que des menaces d’une gravité exceptionnelle modifient sensiblement nos réflexions sur l’avenir.

La pensée et le pragmatisme du général de Gaulle demeurent, dès lors, dans la plupart des situations, une source d’inspiration utile et féconde pour appréhender ces défis tout en veillant à maintenir l’union des Français et à préserver l’autonomie stratégique de la France ; car, pour que la France demeure un grand pays, celle-ci doit demeurer pour les générations présentes et futures une ambition forte et partagée.

Jean-Marie Dedeyan
Vice-président de la Fondation Charles de Gaulle