"A
quarante-neuf ans, j'entrais dans l'aventure, comme un homme que le
destin jetait hors de toutes les séries"
Charles
de Gaulle, général de brigade à titre temporaire
"La
première chose à faire était de hisser les couleurs. La radio s'offrait
pour cela. Dès l'après-midi du 17 juin, j'exposai mes intentions à M.
Winston Churchill. Naufragé de la désolation sur les rivages de l'Angleterre,
qu'aurais-je pu faire sans son concours ? Il me le donna tout de suite
et mît, pour commencer, la BBC à ma disposition. Nous convînmes que
je l'utiliserais lorsque le gouvernement Pétain aurait demandé l'armistice.
Or, dans la soirée même, on apprit qu'il l'avait fait. Le lendemain,
à 18 heures, je lus au micro le texte que l'on connaît. A mesure que
s'envolaient les mots irrévocables, je sentais en moi-même se terminer
une vie, celle que j'avais mené dans le cadre d'une France solide et
d'une indivisible armée. A quarante-neuf ans, j'entrais dans l'aventure,
comme un homme que le destin jetait hors de toutes les séries."
in,
Mémoires de guerre, t1 - l'Appel, Plon, 1954
En
mai 1943, le général de Gaulle se prépare à partir pour Alger. Le journaliste
Jean Oberlé veut consigner pour l'Histoire le témoignage du Général
sur les journées de juin 1940. Le Général accepte, une interview est
réalisée, le texte en est relu et corrigé par le Général. Le texte doit
être lu à la radio le 18 juin 1943. Il ne le sera pas. Le journaliste
Jean Oberlé reproduit dans ses Mémoires ce texte inédit. Voilà ce que
lui a dit le Général :
"Ma
conduite du 18 juin 1940 est l'aboutissement, le prolongement de la
politique qu'avait décidé de suivre le gouvernement Reynaud, dont je
faisais partie. (…)
Le 17, je vois Churchill. Je l'informe que je reste. Il est décidé à
tout. A une heure, nous apprenons la demande d'armistice. Pétain, l'après-midi,
parle à la radio pour annoncer qu'il l'a sollicité " entre soldats ".
(…)
Le matin du 18 juin, je rédige un message aux Français. Je le donne
au général Spears pour le montrer à Churchill. A six heures, je vais
à la BBC, et lance mon appel.
En lançant cet appel aux Français, j'espérais que beaucoup d'entre eux
pourraient venir en Angleterre. J'espérais que de nombreux bateaux viendraient
aussi. J'espérais que cet appel porterait sur l'esprit français.
Le fait que j'étais membre du gouvernement jusqu'à l'arrivée de Pétain
pouvait, selon moi, avoir une valeur politique. J'espérais pouvoir
constituer, à Londres, un comité national avec des personnalités importantes.
Entre le 18 et le 23, j'essayais de faire embarquer des troupes, de
France pour l'Angleterre.
Je parlai encore le lendemain, puis le 22 et le 24, et le 26 pour répondre
au maréchal Pétain. "
in Jean Oberlé vous parle, La Jeune Parque, 1945
Winston
Churchill termine le second volume de ses Mémoires. Il fait appel à
la mémoire du général de Gaulle pour préciser ses propres souvenirs.
Il cherche également la date de l'arrivée en Angleterre de celui-ci
en compagnie du général Spears...
Voilà la réponse que le général de Gaulle lui fait le 3 novembre 1948
Cher monsieur Churchill,
(...)
C'est le 17 juin au matin que j'a quitté Bordeaux en compagnie du général
Spears. Nous sommes arrivés à Londres au début de l'après-midi. L'avion
qui nous y a amenés était celui-là même que vous m'aviez prêté le 16
au soir pour regagner Bordeaux, et qu'en prévision de ce qui allait
suivre je vous avais demandé de laisser à ma disposition jusqu'au lendemain
à midi. Le général Spears ayant appris par moi à Bordeaux, au cours
de la nuit du 16 au 17, dans la propre chambre de Sir R. Campbell, votre
ambassadeur, que je me proposais d'utiliser cet avion, a aussitôt décidé
qu'il m'accompagnerait et donné les ordres à l'équipage. Nous sommes
partis vers 9 heures en prenant quelques précautions mais sans dificultés.
D'ailleurs, c'est ce matin-là seulement que M. Paul Reynaud a transféré
ses pouvoirs au maréchal Pétain et, jusqu'à l'accomplissement de cette
formalité, j'étais membre du gouvernement et ne courais guère de risque.
C'est vous dire ce qu'ont d'exagéré certains récits romanesques
concernant mon départ.
Je vous prie de croire, cher Monsieur Churchill, à mes sentiments
les plus distingués et bien dévoués.
in,
Lettres, notes et carnets : 8 mai 1945 - 18 juin 1951, Plon,
1984
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