De Gaulle et les Juifs

Dans un article intitulé « Le Général et les Juifs : un mauvais procès », paru dans Espoir (n°146, mars 2004), l’historien François Broche fait une mise au point sur le général de Gaulle et les Juifs.

Le Général et les Juifs 

« Je ne connais pas d’hommes qui soit aussi peu antisémite que vous – ne serait-ce que parce que tous les hommes vous paraissent tous égaux, vous qui préférez les regarder à votre manière plutôt que de les observer au travers d’un télescope géant. » (Romain Gary, Ode à l’homme qui fut la France).

Pendant la guerre comme dans les Mémoires de guerre, le général de Gaulle a bien condamné les « honteuses horreurs de la persécution juive ». Sa critique de la politique israélienne au moment de la guerre des Six Jours ne relevait ni de l’antisémitisme ni de l’antisionisme.

« Un mauvais procès »

Dans le grand jeu de massacre aux allures de déballage nauséeux auquel on assiste depuis quelques mois, on attendait, non sans inquiétude, le tour du général de Gaulle. Nous y voilà ! Dans Le Monde du 14 décembre, M. Bernard Poignant, député européen d’obédience socialiste, écrit que le Général n’a jamais exprimé sa compassion pour Auschwitz. Il est mal informé. Certes, le nom d’Auschwitz ne figure pas dans les Mémoires de guerre (alors que Buchenwald fait l’objet de trois mention et Ravensbrück d’une), mais M. Poignant oublie de citer les admirables lignes inscrites par de Gaulle sur le livre d’or du camp d’Auschwitz, le 8 septembre 1967 : « Quel dégoût ! Quelle tristesse ! Quelle pitié ! Et, malgré tous, quelle espérance humaine ! ». Jean d’Escrienne, témoin de la scène, raconte qu’il l’entendit ensuite expliquer à un Polonais de la suite officielle que « toute espérance n’était pas morte et avait fini par triompher à Auschwitz, puisque le cauchemar avait pris fin et que les responsables de tant de crimes avaient été vaincus » (De Gaulle de loin et de près).

On rappellera en outre que, dans le tome II des Mémoires de guerre, il est fait mention par trois fois de « la persécution des Juifs » (pp. 37 et 89) et des « honteuses horreurs de la persécution juive (p. 170) et que, d’autre part, toute son action depuis le 18 juin 1940 n’a cessé de témoigner d’une hostilité absolue à toute forme de racisme, au nom de « cette civilisation née dans l’occident de l’Europe », dont il parlait dans son discours d’Oxford, le 25 novembre 1941, et aussi des droits imprescriptibles de tout être humain à la dignité et à l’égalité dont il s’est régulièrement réclamé dans ses discours de guerre.

Mauvais procès également fait par M. Poignant à Michel Debré, qui a certes prêté serment à Pétain le 17 juin (et non le 17 juillet) 1942, formalité sans aucune valeur, alors qu’il avait depuis longtemps choisi la Résistance, où il déployait une activité qui lui vaudra d’être bientôt pourchassé par la police de Vichy (sur cet épisode, on se reportera à l’excellente biographie de Patrick Samuel, Michel Debré, l’architecte du Général, Arnaud Franel éditions, 1999, p. 48) ; à Maurice Couve de Murville, qualifié de « haut-fonctionnaire pétainiste », sans que l’on prenne la peine de rappeler qu’il n’a jamais donné le moindre gage au régime et qu’il a contribué très efficacement au redressement financier et diplomatique de la France à partir de 1943 ; à Antoine Pinay, qui fut nommé à son insu au Conseil national (un organisme créé par Pierre-Etienne Flandin et vite dissous par Darlan) mais n’y siégea jamais, faisant preuve, au contraire, d’une opposition irréductible au régime et à ses hommes et venant en aide aux persécutés de tous les bords (voir la biographie de Christine Rimbaud, Pinay, Perrin, 1990).

Reste le cas Papon, sur lequel on ne reviendra pas, sinon, pour regretter la formulation : «  Bien sûr, il (De Gaulle) garde Maurice Papon à la préfecture de police » – ce « bien sûr » pour le moins fâcheux laissant entendre que Papon est gardé parce que le Général approuvait tous les actes qui vaudront plus tard à l’ancien préfet et ancien ministre (de M. Giscard d’Estaing) d’être condamné à dix ans de réclusion, insinuation pour le moins hasardeuse.

« Il y a de quoi être au ban de l’histoire », remarque M. Poignant. On veut bien croire qu’il use là du second degré, mais on redoute qu’après lui, d’autres, reprenant à leur compte cette hâtive déduction, s’en tiennent, hélas, au premier degré… Il nous appartient donc, une fois encore, quitte à nous répéter, de remettre les pendules à l’heure. Et puisque procès il y a, de rappeler quelques pièces importantes du dossier, en réponse aux quatre principaux griefs récurrents sous la plume et dans la bouche des professionnels de l’antigaullisme de tous les bords.

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