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logo Episode C : Maman a voté

Séquence 5 : Le départ

Thème : Le Général s’en va

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I- Pourquoi la France change-t-elle de Constitution ?

La Troisième République fut le régime de la France de 1875 à 1940. Le 10 juillet 1940 députés et sénateurs réunis votent les pleins pouvoirs au maréchal Pétain avec mission de promulguer une nouvelle Constitution. La République française est remplacée par l’Etat français. Le premier problème qui se posait à la France de la Libération était celui du pouvoir et donc des futures institutions. Le régime de Vichy s’était évanoui, le territoire n’était pas encore totalement libéré, les communications étaient difficiles, prisonniers et déportés n’étaient pas rentrés, il n’était donc pas possible de procéder immédiatement à des élections. La solution envisagée ne pouvait être que provisoire. Le 5 septembre 1944 le général de Gaulle constituait un nouveau Gouvernement Provisoire de la République française.  Constitué d’hommes issus de la Résistance et d’anciens parlementaires. La République est rétablie mais de quelle république s’agit-il ? Les Français souhaitent-ils la continuité de la Troisième République ou bien la naissance d’institutions nouvelles.
En octobre 1945 se déroulent les élections législatives. Un référendum comme le souhaitait le général de Gaulle double cette élection et propose aux électeurs de donner à cette Assemblée des pouvoirs constituants. 96% des électeurs lors de ce  référendum qui a lieu le 21 octobre 1945  expriment leur désir d'une nouvelle Constitution et montrent ainsi de façon éclatante le rejet de la Troisième République et le souhait de voir de nouvelles institutions.


II- Quels sont les grands partis qui siègent à l’Assemblée constituante ? Pourquoi les discussions sont-elles si difficiles ?

Suite aux élections législatives du 21 octobre 1945, le Général est élu le 13 novembre, à l’unanimité par l'Assemblée, Président du Gouvernement Provisoire. Le 21 novembre, il forme un cabinet tripartite avec les trois partis majoritaires à l’Assemblée (parti communiste, MRP et SFIO). Les trois partis obtiennent chacun 5 portefeuilles sur les 21 que compte le cabinet. Aucun des trois ministères clefs (les Affaires étrangères, la Défense et l’Intérieur), n’a été confié au Parti Communiste.
Un nouveau visage politique de la France se dessine. Le parti communiste progresse de façon spectaculaire tandis que le parti socialiste se maintient au niveau d’avant-guerre. Une nouvelle force politique d’inspiration démocrate-chrétienne et fidèle au général de Gaulle apparaît : le MRP.
Les forces principales de la Troisième République s’effondrent. La droite est totalement déconsidérée par le soutien qu’elle a apporté au régime de Vichy.
Le conflit se cristallise très vite sur le problème institutionnel. En effet, de Gaulle veut un pouvoir exécutif fort et en refuse le contrôle étroit par l’Assemblée, alors que cette dernière entend donner tout pouvoir à une Assemblée unique qui contrôlera l’exécutif et exercera seule le pouvoir constitutionnel.
Le conflit est inévitable et irréductible.

Les élections d’octobre 1945
Il s’agit de procéder à des élections afin qu’une Assemblée législative se substitue à l’Assemblée consultative. Les électeurs et électrices sont par ailleurs appelés à répondre par voie référendaire à deux questions.
Première question : voulez vous que l’Assemblée élue soit constituante ? 96% des Français affirmeront leur refus du retour à la Troisième République.
Seconde question : les pouvoirs de l’Assemblée doivent-ils être limités ? Par cette question, de Gaulle affirme qu’il ne veut pas retourner à un régime dans lequel l’Assemblée serait pourvue de très larges pouvoirs. 66% des Français répondent oui à cette question. Les Communistes, qui entendent jouer un rôle majeur dans cette Assemblée, la souhaitaient pourvue de larges pouvoirs.


III- Le général de Gaulle démissionne de l’Assemblée. Pourquoi ?

Dans son discours du premier janvier 1946, le général de Gaulle mettait en avant les difficultés qui l’opposaient à l’Assemblée.
« Il y a deux conceptions. Elles sont inconciliables… Veut-on un gouvernement qui gouverne ou veut-on une Assemblée omnipotente, déléguant un gouvernement pour accomplir ses volontés ? »
Dès ce moment il exprimait ne pas pouvoir trouver auprès des grandes formations un soutien suffisant pour mener à bien sa politique. Ne pouvant peser sur le devenir des institutions il choisit de démissionner le 20 janvier 1946. Par cet acte qu’il veut très solennel, il entend créer un choc dans l’opinion et pense être rappelé rapidement. En 1946 les Français sont avant tout préoccupés par des soucis de vie quotidienne (difficultés de rationnement liées à la pénurie des biens de consommation, inflation…) et les choix institutionnels ne font pas partie de leurs préoccupations prioritaires.

Le journaliste André Passeron fait ainsi le récit de la cérémonie de départ du général de Gaulle :

Récit du 20 janvier 1946
Le général de Gaulle a quitté officiellement ses fonctions de président du gouvernement provisoire de la République le dimanche 20 janvier 1946. Il adresse en effet ce jour-là une lettre à Félix Gouin, président de l'Assemblée nationale constituante, pour l'aviser officiellement qu'il se démet. Il explique notamment que « la France, après d'immenses épreuves, n'est plus en situation d'alarme ».
Le matin de ce même dimanche, le Général avait exceptionnellement convoqué le conseil des ministres dans la "salle des armures" du Ministère de la défense nationale, rue Saint-Dominique, où il s'était installé depuis la libération de Paris. Les conseils se tenaient pourtant normalement à l'Hôtel Matignon. Serrant, comme à son habitude, les mains des ministres, de Gaulle, cette fois-ci, ne les invite pas à s'asseoir. Lui-même debout, revêtu de son uniforme de général, il s'adresse à eux en ces termes : « Le régime exclusif des partis a reparu. Je le réprouve. Mais, à moins d'établir par la force une dictature dont je ne veux pas et qui, sans doute, tournerait mal, je n'ai pas les moyens d'empêcher cette expérience. Il me faut donc me retirer. Aujourd'hui même, j'adresserai au président de l'Assemblée nationale une lettre lui faisant connaître la démission du gouvernement. Je remercie bien sincèrement chacun de vous du concours qu'il m'a prêté et je vous prie de rester à vos postes pour assurer l'expédition des affaires jusqu'à ce que vos successeurs soient désignés ». Le Général refait un tour de table pour serrer la main de chacun des membres du gouvernement. Aucun ne prononce une parole. Tous semblent frappés par l'intensité du moment et leurs visages sont plus tristes qu'étonnés… Maurice Thorez, ministre d'Etat et chef de file des ministres communistes, rompt le silence en laissant tomber, à la fois ému et admiratif : « Voilà un départ qui ne manque pas de grandeur ! » Jules Moch, ministre socialiste des Travaux publics et des transports, semble presque soulagé et fait remarquer : « Cette retraite est grave, à coup sûr ! Mais d'un mal peut sortir un bien. La personnalité du Général étouffait l'Assemblée nationale. Celle-ci va maintenant pouvoir se révéler librement ». M. René Pleven, compagnon de Londres, ministre des Finances, ne cache pas son désaccord avec son collègue et laisse exprimer son amertume : « Voyez, lance-t-il aux représentants du MRP et des socialistes, à quoi vos groupes ont abouti ».


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