Edgar Pisani, chef
de cabinet du nouveau préfet de Police de Paris, il fut un
des rares parisiens à ne pas assister aux scènes inoubliables
des 25 et 26 août du Général à l’Hôtel
de Ville et sur les Champs-Elysées, parce qu’il devait
« garder la maison ». Mais grâce aux récits
que lui en ont faits ses collègues, dans son souvenir, c’est
comme s’il avait été au premier rang !
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« J’étais à la préfecture de police
chef de cabinet de Luizet, lui-même très proche du
Général. Luizet m’en avait beaucoup parlé.
Et le 24 août, il est venu. Et je ne l’ai pas vu le
24 août car il a paru nécessaire que je garde la maison
pendant que se déroulait le grand défilé des
Champs Elysées et l’arrivée à l’Hôtel
de Ville .
Les tireurs des toits. Deux anecdotes à ce propos, auxquelles
je n’ai pas été mêlé mais qui m’ont
été directement rapportées. Lorsqu’il
était au balcon de l’Hôtel de Ville, quelqu’un
lui a dit : « Proclamez la République ». Il a
refusé de le faire parce que, selon lui, la République
n’avait pas été abolie puisque l’acte
qui avait prétendu la supprimer était illégitime
et illégal. Deuxième image intéressante, et
l’une et l’autre m’ont été rapportées
par des témoins directs. C’est dans Notre-Dame, les
fusils se mettent à pétarader et une grande partie
de la foule se couche ou s’accroupit pour ne pas servir de
cible. Il est l’un des seuls à rester debout…
Je l’ai vu ensuite finalement beaucoup, parce que j’étais
chargé à l’Hôtel de Ville d’organiser
ses cortèges, ses déplacements. Un souvenir de cette
époque : le jour de la Libération, ou plutôt
le jour de la victoire de la France, des Alliés sur l’Allemagne
, il est allé à l’Etoile célébrer.
Il y avait une foule immense et folle qui a débordé
les forces de police. Il y avait là des gardes républicains
à cheval. Il avait le sentiment d’une espèce
d’absence. Il n’avait rien à faire avec le brouhaha,
il ne pouvait pas le maîtriser lui-même, ce n’était
pas son métier. Alors il s’est enfermé comme
en sa dignité, comme en sa raideur car il lui arrivait d’être
raide. Il a attendu qu’on le dégage, alors il est monté
dans sa voiture et il est parti. »
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:: Extrait du tome 1 d' Avec
de Gaulle de la Fondation Charles de Gaulle publié
chez Nouveau-Monde Editions en 2003.
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