Discours de Pierre Mazeaud

Président de la Fondation Charles de Gaulle

 

La Fondation Charles de Gaulle que j'ai l'honneur de présider est fière de vous recevoir ici aux Invalides pour rendre hommage au général de Gaulle, en cet Historial qui donne au grand homme la place qui lui revient aux côtés de Louis XIV et Napoléon.

 

En effet, comme l'a dit André Malraux, le général de Gaulle a donné à la France un éclat qu'elle n'avait pas connu depuis Louis XIV et Napoléon. Or, quand ces derniers ont pris le pouvoir, la France était la plus grande puissance de l'Europe, quand ils l'ont quitté elle était ruinée et diminuée. Le général de Gaulle a pris deux fois le pouvoir alors que la France était au fond de l'abîme, il l'a remise sur pied par la seule force de sa volonté.

 

Par deux fois, en juin 1940, le Général va, par un long combat de cinq années, combat avec les Français libres et les Résistants, conduire notre pays aux côtés des Alliés à l'acte de reddition allemande ; en 1958 il va permettre à la France de retrouver son rang, forte de son indépendance, rétablir l'Etat et rénover les institutions avec la V° République, institutions dont vous n'entendez pas, Monsieur le Président de la République, modifier les équilibres et qu'ainsi demeurera ce que Michel Debré appelait « le parlementarisme rationnalisé ».

 

Périodes exceptionnelles inscrites dans le marbre de l'Histoire de France, périodes dues au courage, à la rigueur du général de Gaulle qui laisse ainsi à jamais l'Exemple. Mais le plus bel exemple n'est-il pas celui du respect de la dignité de l'homme ? Respect des autres par la participation, la décolonisation, respect des autres dans le monde en affirmant sans arrogance les vues de la France, mais surtout respect de soi apprenant à être fier d'être français et tout simplement d'êtres nous-mêmes.

 

La Fondation est heureuse d'avoir été à l'origine de cet Historial, réalisation qui fut rendue possible par la volonté de votre prédécesseur, le Président Jacques Chirac, et par l'action du mien, Yves Guéna. Qu'ils soient remerciés. C'est avec le soutien sans faille du ministère de la Défense, du musée de l'Armée, avec la générosité des témoins douloureux de la France combattante comme l'association des Gueules Cassées, avec l'intelligence de deux jeunes architectes et le travail de nombreux corps de métiers que cet incomparable complexe a pu voir le jour.

 

Cet Historial est un monument audiovisuel qui s'adresse à la jeunesse de France et je sais combien, Monsieur le Président de la République, vous estimez nécessaire que les jeunes aient la possibilité de mieux connaître tant les années tragiques que les années glorieuses de notre pays. Véritable éducation par l'image. Pour les jeunes c'est l'enseignement du Général qui me paraît être l'essentiel, ainsi pourront-ils actualiser la pensée de De Gaulle aux problèmes de notre époque.

 

A notre jeunesse de comprendre le gaullisme qui est d'abord la volonté de tirer de la France ce qu'elle porte en elle, c'est à dire la grandeur. A nous de dire qu'il ne s'agit pas de « mémoire », mais qu'il s'agit dans la pensée du Général de l'âme de la France. Notre nation n'est pas qu'un territoire, une langue, c'est beaucoup plus une manière d'être, un comportement dans la vie, la transmission sans fin de valeurs. La France c'est une personne vivante qui a besoin d'être aimée. A nous toutes et à nous tous non seulement le souvenir de ces époques traversées mais l'obligation d'aider nos enfants à être dans leur vie fidèles à leurs seules convictions et donc à savoir et pouvoir dire Non.

 

Que ce lieu du souvenir rentrant dans le livre des heures glorieuses de l'Histoire de France retienne l'attention des hommes politiques qui devraient saisir la nécessité, que , face aux difficultés, le Rassemblement est la meilleure réponse.

 

Le Général de Gaulle, le 12 mai 1946, devant le cercueil de Clémenceau, à Movillon-en-Pareds, insistait sur ce qui fut à la fois son souci permanent et sa grande espérance : « Nous mesurons mieux que jamais, disait-il, ce que nous ont toujours coûté les éternels démons intérieurs qui nous divisent et nous égarent. Nous voyons mieux que jamais qu'il ne peut être pour nous demain, pas plus qu'il n'était hier, de sécurité, de liberté, d'efficience sans les grandes disciplines acceptées sous la conduite d'un Etat fort, dans l'ardeur d'un peuple rassemblé ».

 

Retenir en ces moments difficiles que nous traversons ce qui pour le Général était une évidence serait le meilleur hommage que l'on puisse rendre aujourd'hui au grand homme : « reclus d'épreuves, détaché des entreprises, sentant venir le froid éternel, mais jamais las de guetter dans l'ombre la lueur de l'espérance ! », ce vieil homme qui terminait ses mémoires nous parlant de la France : « vieille France accablée d'Histoire, meurtrie de guerres et de révolutions, allant et venant sans relâche de la grandeur au déclin, mais redressée , de siècle en siècle, par le génie du renouveau ! ».

 

Pierre Mazeaud