De Gaulle aux Invalides

Par Antoine Dupont-Fauville,

secrétaire général de la Fondation Charles de Gaulle

 

Le 22 février, le Président de la République a inauguré l’Historial Charles de Gaulle à l’Hôtel national des Invalides.

 

Le Général est entré aux Invalides. A la suite de Louis XIV et de Napoléon il marque la continuité de la France – et une grande foule lui a rendu hommage.

 

Il est vraiment entré aux Invalides – La mémoire de ces prédécesseurs est attestée par des objets, des témoignages, voire pour Napoléon par son tombeau. Mais le visiteur va rencontrer la personne du Général, son image en mouvement, sa voix. Il sera en sa présence.

 

A l’Historial, au sein du musée de l’Armée, il pourra resituer l’action du Général aux moments les plus importants d’une histoire, qui est aussi l’histoire de France.

 

En ayant participé à cette réalisation, grâce au soutien des « Gueules cassées »  et à la richesse des archives de l’Ina, la Fondation a rempli une partie de la mission dont la chargent ses propres statuts « conserver la mémoire du Général ».  Mais elle vise aussi à assurer l’autre partie de cette même mission « faire connaître, tant en France qu’à l’étranger, l’exemple qu’il a donné et les enseignements qu’il a laissés, par ses actions et par ses écrits, pour la défense des valeurs qui sont le patrimoine commun des Français ».

 

La Fondation a été particulièrement heureuse qu’à la cérémonie d’inauguration, assistent plus de 1 500 élèves de nos écoles. Si le Musée de l’Armée est visité chaque année par plus d’un million deux cents mille personnes (dont 800 000 étrangers), nous espérons que les messages exprimés par l’Historial soient particulièrement reçus par les jeunes. En effet, le message du général de Gaulle est étonnamment actuel et le spectacle audiovisuel n’apporte pas seulement une restitution du passé mais un exemple et une leçon pour l’avenir.

 

Ce message concerne d’abord, la France et les Français. Il est parfois de bon ton de considérer que ce message est maintenant dépassé. Les temps ont changé. Les temps ont certes changé, certaines modalités d’expression peuvent paraître désuètes, d’autres réalités ont fait leur apparition dans le monde. Mais une « certaine idée de la France » reste un impératif pour tous ceux qui sont attachés à ce qui nous a fait, Français, après mille ans d’histoire.

 

- En premier lieu, le maintien de notre souveraineté, ce qui n’exclue en rien l’ouverture et la coopération, voire le partage de ce qui ne touche pas à l’essentiel. C’est le général de Gaulle qui a permis l’application du traité de Rome alors que personne n’y croyait plus en 1958, ni en France, ni surtout à l’étranger.

 

La France de De Gaulle est une France généreuse, ouverte sur l’extérieur, championne d’une certaine conception des relations internationales.

 

- En second lieu, un attachement à un type de société qu’incarne notre devise nationale. Le Général s’est toujours réclamé de l’ensemble de l’histoire de France en remontant à notre monarchie la plus ancienne, passant par la Révolution, l’Empire et la République. C’est une société où l’Etat assumait ses responsabilités aussi bien vis à vis des autres pays que des Français eux-mêmes, mais en étroit rapport avec la nation.

 

Ce message concerne aussi, tous les hommes.

 

Le Général restera dans l’histoire comme celui qui a su dire « non » en refusant l’humiliation de la défaite. C’est lui aussi qui en 1958, lorsque la France était en prise aux plus grands désordres, lorsque sur le plan intérieur l’Etat n’existait plus et lorsque nous allions chaque mois mendier quelques dollars auprès des Américains pour payer nos dettes en devises, a su dire aux Français que contre toute attente, ils pouvaient se redresser et redresser la France.

 

Cette grande leçon c’est l’appel  à la dignité     des hommes, au respect de chacun, en faisant appel à ce qu’il a de plus noble en lui. En politique internationale, il l’a montré en reconnaissant le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Il a réalisé sans drame la décolonisation africaine en offrant la coopération et la politique algérienne, dont l’issue fut plus douloureuse, reposait aussi sur cette reconnaissance. C’est également la voie qu’il a suivie, vis-à-vis de la Chine, du Vietnam ou même du Québec.

 

Sur le plan intérieur, ses efforts pour associer les salariés aux résultats de leur entreprise, moyen de transformer leur statut, s’inspiraient de la même idée de reconnaissance de la dignité humaine. C’est par une approche semblable qui n’était pas limitée à la technique qu’il a profondément     modifiée la situation des agriculteurs.

 

En modernisant la France sous tous ses aspects, il a mobilisé des énergies et conduit au succès.

 

Il est vrai que l’appel à l’effort fatigue et est parfois rejeté, mais les arbres se jugent à leurs fruits.

 

La Fondation se réjouit de cette nouvelle manifestation de la présence du général de Gaulle, en étant persuadé que son message est toujours d’avenir et d’espérance.