Passer d'un musée d'objets à un musée d'Histoire

Par le général Robert Bresse,

directeur de l'établissement public du musée de l'Armée.

 

La réalisation de l’Historial Charles de Gaulle s’intègre dans l’ambitieux programme de modernisation de l’établissement public du musée de l’Armée, ATHENA (pour Armes, Techniques, Histoire, Emblématique, Nation, Armée) se déroulant sur la période 2003-2009. Ce programme porte l’ambition, en transformant un musée d’objets en musée d’histoire, d’en faire le premier dans sa catégorie, tant par l’ampleur de la période traitée, du XIIIe au XXe siècle, que par l’importance des collections présentées.

 

Le musée de l’Armée possède à ce jour une des collections d’art militaire des plus riches au monde incluant la troisième collection mondiale d’armures et d’armes anciennes, de prestigieuses collections liées à Napoléon 1er et à la Grande Armée, et aussi des collections d’uniformes, peintures, décorations, emblèmes, artillerie…

 

Dans le cadre d’ATHENA, l’établissement s’appuie sur une muséographie renouvelée pour raconter, à travers ces prestigieuses collections, l’histoire de l’armée de terre permanente de la France depuis sa création en 1445 – au sortir de la Guerre de Cent ans – jusqu’à nos jours. ATHENA a comme objectif principal d’ouvrir le musée au plus grand nombre, d’en faire un endroit moderne, pédagogique, attractif et de le rendre ainsi accessible à tous. Il s’est donc engagé dans une réflexion sur la construction d’un nouveau parcours historique appuyé sur la présentation des collections (choix des objets, présentation, répartition thématique…) et sur l’usage de matériaux contemporains et de vecteurs didactiques modernes (bornes multimédias, audioguides, films, cartes animées…).

 

Le nouveau parcours organise donc les collections de manière chronologique autour du rapport armée-nation, avec des décrochements thématiques. Par ailleurs, ATHENA s’appuie sur trois figures nationales emblématiques des trois grandes périodes de l’histoire d’une armée qui s’intitula successivement royale, impériale et de la République : Louis XIV, Napoléon 1er et Charles de Gaulle. Le musée et le site des Invalides appuient leur héritage historique et patrimonial sur ces grandes figures emblématiques.

 

Après l’ouverture du département Ancien modernisé, en décembre 2005 (1re tranche de travaux) puis du département des Deux Guerres mondiales en juillet 2006 (seconde étape), celle de l’Historial Charles de Gaulle constitue le troisième temps fort du plan ATHENA.

 

Si Louis XIV et Napoléon 1er ont marqué leur empreinte dans la pierre des Invalides (le premier en tant que fondateur, le second par la présence de son tombeau), l’intégration de l’histoire et de la mémoire de Charles de Gaulle posait un problème de déficit d’objets. Jusqu’à ce jour, le général de Gaulle était évoqué au sein du département des Deux Guerres mondiales, dans la période consacrée à 1939-1945. Cette évocation se réduisait donc à son rôle pendant la guerre. Le projet de l’Historial porté par la Fondation Charles de Gaullea donné une dimension nouvelle à l’idée initiale pensée par le musée, d’un « espace Charles de Gaulle », présentant l’ensemble d’un itinéraire qui a marqué le XXe siècle, en mettant en perspective le chef des Français libres et le président de la Ve République. La conception de ce nouvel espace a amené au choix du creusement sous une cour de l’Hôtel des Invalides, comme le musée de l’Armée l’avait déjà fait pour la création de l’Auditorium Austerlitz.

 

L’ampleur ainsi donnée au projet initial s’est finalement traduite par l’interposition d’une tranche supplémentaire au sein du programme ATHENA (portant ainsi le total à cinq tranches de travaux).

 

Les choix muséographiques et technologiques de l’Historial, centrés sur l’outil audiovisuel et l’utilisation du multimédia installent clairement le musée dans la modernité du XXIe siècle. Ni département du musée au sens strict, ni musée autonome, l’Historial présente le parcours d’un homme d’exception confronté à des événements exceptionnels. La complémentarité du département des Deux Guerres mondiales et de l’Historial, les liens évidents avec le musée de l’Ordre de la Libération, affirment clairement la vocation mémoriale de l’Hôtel national des Invalides, appelé à devenir une véritable cité de l’Histoire de notre nation, du Moye,-Age à la période contemporaine.

 

Le succès rencontré par les nouveaux espaces du musée, qui s’est traduit par une remontée spectaculaire de la fréquentation a d’ores et déjà validé le choix du passage au musée d’histoire. En 2007, le musée a en effet accueilli 1 200 000 visiteurs soit une progression de 330 000 visiteurs supplémentaires en quatre ans. Ancré dans la tradition avec ses collections d’armures et entrant résolument dans la modernité à travers les choix muséographiques et technologiques des nouveaux espaces, le musée entend bien poursuivre cette progression, avec en perspective l’ouverture prochaine du département moderne – de Louis XIV à Napoléon III – qui complètera ainsi le parcours chronologique s’étendant sur huit siècles.