Transmettre et décrypter

Par Sharon Elbaz,
Commissaire de l’Historial Charles de Gaulle
Directeur général adjoint de la Fondation Charles de Gaulle

 

L’image comme parti pris

 

L’Historial n’est pas un musée au sens traditionnel du terme puisqu’on y trouve aucun objet en l’absence de collection « gaullienne » constituée. Par l’usage que le général de Gaulle a fait des médias, du «Général micro » au Président de la République dans « l’étrange lucarne », seuls l’image et le son pouvaient témoigner de la trace laissée dans l’histoire de France.

 

Monument audiovisuel, l’Historial Charles de Gaulle s’appuie donc sur un patrimoine visuel et sonore exceptionnel. Aux Invalides, il sera le seul « Grand homme » a pouvoir être vu, entendu et peut-être compris par les visiteurs.

 

Un parti pris pour les concepteurs mais aussi un défi pour les architectes, Alain Moatti et Henri Rivière. Aucun objet ne devant structurer la scénographie, il leur restait à spatialiser un discours historique, à donner corps à un contenu immatériel.

 

De la mémoire à l’histoire

 

L’originalité de l’Historial Charles de Gaulle est de traiter l’ensemble d’un itinéraire qui court à travers le XXe siècle, de la Belle Epoque à l’aventure spatiale. Non seulement l’action du chef des Français libres, évoquée dans d’autres espaces du Musée de l’Armée et au Musée de l’Ordre de la Libération, mais aussi celle du Fondateur de la Vème République de 1958 à 1969.

 

Aux Invalides, au sein du musée de l’Armée, l’Historial éclaire le rôle et la place tenus par l’action du général de Gaulle au XXe siècle, l’empreinte dans l’histoire nationale et mondiale

 

Au-delà de l’hommage, du lieu de mémoire, l’Historial est le lieu de la connaissance, de la transmission du savoir, qui donne au visiteur les clés de compréhension de l’action du chef de guerre comme de celle du chef d’Etat.

 

L’ambition est de fournir aux visiteurs les repères fondamentaux tout en les conduisant à une réflexion sur le sens, la portée d’une action qui a marqué le XXe siècle. Un conseil scientifique mixte, réunissant témoins et historiens de la Fondation Charles de Gaulle et du Musée de l’Armée, a construit un propos historique centré sur le  personnage public, officiel, sans hagiographie ni parti pris historiographique.

 

Décrypter et hiérarchiser

 

L’Historial Charles de Gaulle met en œuvre une pédagogie de la transmission en proposant un discours qui s’étend de l’évocation à l’érudition.

 

Pour transmettre, il est nécessaire de décrypter ce patrimoine audiovisuel, de ne pas se limiter  à la seule puissance évocatrice de l’image. Il s’agit alors de s’appuyer sur l’image d’Epinal,  l’icône, les représentations connues du grand public pour mieux les dépasser. De passer de la mémoire à l’histoire, de l’émotion au savoir, du mythe à l’analyse.

 

Le visiteur peut visionner des sujets commentés dits « décryptage » mais aussi des documents d’archives, « l’Histoire en direct », à travers les différents dispositifs interactifs.

 

Il accède au commentaire de l’image par le biais d’un audioguide à déclenchement automatique, les bornes « Questions d’Histoire » lui permettent d’interroger des historiens sur des points problématiques de l’action du général de Gaulle.

 

Transmettre, c’est aussi hiérarchiser cette masse d’informations, de construire une arborescence de la connaissance à l’instar des encyclopédies numériques. L’interactivité joue naturellement en ce domaine un rôle fondamental.

 

Dans l’Historial Charles de Gaulle, le visiteur vit une expérience sensorielle, une immersion dans l’Histoire tout en construisant son propre chemin vers la connaissance.

 

Une cartographie de la connaissance

 

Le film multi-écrans (découverte)

Le visiteur entre dans le propos de l’Historial en visionnant un film biographique d’une durée de 25 minutes, qui l’immerge dans l’épopée gaullienne, l’émeut tout en lui communiquant une information dense. Une succession de tableaux qui livre les repères chronologiques majeurs. Une première rencontre avec le personnage, un rappel pour certains, une découverte pour la plupart.

 

Olivier L. Brunet a réalisé ce film d’archives diffusé sur cinq écrans, une biographie émotionnelle qui s’apparente à la polyvision d’Abel Gance. Le commentaire, traduit en 8 langues, est écrit par Maurice Druon et dit par Francis Huster. La musique est de Bruno Coulais.
 

 

Figures patrimoniales et « marche du siècle »

Autour de la salle multi-écrans, on trouve un anneau de verre, sur lequel est projetée la « marche du siècle », perforé de trois  « portes » incarnant les trois figures patrimoniales du Général : l’Homme du 18 juin 1940, le Libérateur de 1944, le Président de la République de 1958. Le but est de confronter le visiteur à d’immenses images d’Epinal, de replacer le général de Gaulle dans le siècle, de le situer par rapport aux icônes du XXe siècle.

 

L’installation graphique imaginée par Marie Cuisset et Anne Jaffrenou présente 8 projections qui balayent le 20è s. de la Belle époque aux années Pop. De la Lune de Méliès au premier homme sur la Lune, de Chaplin aux Rolling Stones, de Gandhi à Che Guevara, de l’avion de Blériot aux premiers ordinateurs, de Pearl Harbour à la guerre du Vietnam… jamais un siècle n’avait laissé autant d’images dans la mémoire collective.
 

 

Les alcôves (approfondissement)

 

Le visiteur accède aux alcôves par les « portes patrimoniales », il passe alors de la mémoire à l’histoire.

 

Alors que la projection du film multi-écrans est le lieu de la citation, de l’évocation, du temps contraint, les alcôves sont  l’espace de l’approfondissement, du temps choisi.

 

Alors que la projection rassemble les visiteurs dans une attitude réceptive, simultanée, les alcôves permettent à chaque visiteur de compléter sa connaissance grâce à une démarche individuelle à travers les nombreux dispositifs interactifs.

 

Les alcôves proposent au visiteur près de 400 documents audiovisuels (« décryptage » et « histoire en direct ») et près de 20 heures de commentaires diffusés dans l’audioguide.

 

• Des dispositifs interactifs plus ou moins complexes : des bornes aux livres virtuels en passant par 3  « murs dynamiques » (France Libre,
Ve République et mai 68).

• Des chroniques-spectacles pour ressentir le poids de la chronologie et de l’événement (le retour au pouvoir en mai 1958, la politique algérienne de 1958-1962).

• Des cartes interactives pour comprendre la logique politique sous-jacente à l’itinéraire du Général dans Paris libéré ou les voyages en Province du Président de la République.

• Une mappemonde interactive pour représenter la politique de grandeur des années 60.

• Les bornes « Questions d’Histoire » pour appréhender les débats historiographiques et aborder les questions les plus complexes en interrogeant des historiens de renom.

 

Programmes audiovisuels et multimédias

 

Production : Fondation Charles de Gaulle (Sharon Elbaz) assistée de BL associés (Claire Davanture)


Commentaires écrits par : Serge Berstein, Guillaume Piketty, Aude Vassallo et Sharon Elbaz,

conception des dispositifs multimédias : Schuch Conseils et Productions (Anne Schuchmann / Jean-Pierre Mabille),

direction artistique : Arnaud Homann,

réalisation : Claude Reznik / Olivier Brunet  / Alberto Marquard  / One Two (Marie Cuisset et Anne Jaffrenou),

montage : Marie-France Poulizac / Raphaelle Uriewicz.