Discours

Discours au monde (1958-1969)

Déclaration faite à Beyrouth, 5 août 1941

 

Le Général de Gaulle fait les déclarations suivantes qui marquent, comme les discoure précédents, l'esprit de la politique poursuivie par la France Libre dans les Étals du Levant. Cette politique suscite le mouvement de compréhension et de confiance qui devait cerner l'alarme chez certains agents étrangers décidés dés lors à foui     /aire pour troubler le climat de coopération avec la France.

 

L'accueil vraiment émouvant que m'ont fait la Syrie et le Liban, ainsi que les multiples contacts que le Général Catroux et moi-même y prenons ou reprenons avec les personnalités dirigeantes, m'ont affermi dans la conviction que la France Libre, c'est-à-dire la France, a le devoir et la possibilité d'établir ces États dans leur indépendance et de conclure avec eux une. alliance dans laquelle leurs intérêts et les nôtres trouveront les meilleures garanties.

Dès que la situation actuelle résultant des douloureux événements récents aura été éclaircie, et je pense que ce sera fait dans peu de semaines, nous entreprendrons cette grande oeuvre politique. Évidemment, nous trouverons pour cela dans l'état de guerre où vit le Levant, comme d'ailleurs le monde presque entier, moins de facilités pratiques que nous n'en aurions eues en temps normal. Et je dois à ce sujet rendre hommage à l'esprit politique avec lequel les Syriens et les Libanais les plus considérables, aussi bien que la presse, envisagent la nécessité de tenir compte des circonstances et de ne pas bâcler des choses qui doivent s'accomplir sereinement et progressivement. Cependant, je crois que le Général Catroux, Délégué Général et Plénipotentiaire de France, pourra entamer bientôt des négociations avec des hommes consacrés par la volonté nationale de la Syrie et du Liban et jeter avec eux les bases de l'édifice.

J'ai pu également me convaincre que si la situation économique des États du Levant ne présentait nullement le caractère de gravité que l'on évoque parfois à l'étranger, il était, néanmoins, urgent de ranimer, dans toute la mesure du possible, les courants d'échanges intérieurs et extérieurs. La nouvelle autorité mandataire s'y est immédiatement attachée pour ce qui la concerne. Déjà, l'instrument monétaire est créé pour le commerce avec le dehors. Mais il y a encore fort, à faire.

Ai-je besoin d'ajouter que la conformité de notre politique avec celle de la Grande-Bretagne, en Orient comme ailleurs, est une nécessité évidente ? Pour sauver le monde et, ensuite, pour le reconstruire, le parti de la liberté saura certainement se garder de ces rivalités périmées qui ont si bien contribué aux succès de début du parti de la tyrannie.

Je dis bien succès de début, car il me parait clair que la roue commence à tourner dans l'autre sens. La magnifique résistance des armées et du peuple russes est, à mon avis, un élément décisif dans cette guerre. NOUS ne perdrons pas un seul jour du répit que cette résistance nous procure ici pour nous renforcer et nous préparer à de nouveaux efforts.