Discours
Discours au monde (1958-1969)
Discours en Belgique : 10 octobre 1945
Le Général de Gaulle est l'hôte à Bruxelles du Prince Régent et du Gouvernement belge. Il répond par les paroles suivantes au toast qui lui est porté par le Prince Charles.
Les paroles que Votre Altesse Royale vient de prononcer au sujet de la France m'ont profondément touché, car elles sont exprimées au nom d'un peuple pour lequel le peuple français ressent, plus que jamais, une ardente amitié et une fraternelle admiration et elles le sont par un prince qui a donné le plus magnifique exemple au cours des épreuves de la guerre et qui prodigue aujourd'hui, à la tête de l'état, le dévouement le plus éclairé pour le bien de sa patrie.
La force et la ruse d'un ennemi enivré par la passion de dominer avaient pu, dans les premiers chocs, surprendre et renverser les moyens de défense que lui opposaient la Belgique et la France, ainsi que leurs alliés. Elles avaient pu jeter la Belgique dans un abîme de souffrances. Mais rien n'a pu lui arracher l'espoir et la volonté de vaincre. Les armes belges ont été, sans interruption, portées par des braves à qui je me félicite d'adresser un témoignage de haute estime. Le Congo belge a fourni à l'effort de guerre du camp de la liberté un concours incessant et considérable. La résistance de la nation elle?même a grandi, jour après jour, malgré l'étreinte de l'ennemi, jusqu'à participer activement et efficacement, autour de Votre Altesse Royale, aux grands combats de la libération de l'Europe. Le Gouvernement belge, enfin, a su, pendant toute la durée de la lutte, représenter la Belgique avec honneur et dignité et diriger son effort au milieu des nations qui s'unirent peu à peu pour faire triompher la cause sacrée du droit des peuples. A travers toutes ces péripéties, jamais l'âme, de la Belgique et l'âme de la France ne se trouvèrent séparées. C'est côte à côte que nos deux pays participèrent une fois de plus à la victoire, répondant ainsi l'un et l'autre à ce que leur commandaient le caractère de leur position réciproque, la nature exceptionnelle de leur amitié, la voix de l'Histoire et l'identité de leur idéal.
Engagées, maintenant, sur la voie d'un avenir à la fois fécond et difficile, la Belgique et la France puisent dans de tels enseignements les plus hautes raisons de resserrer encore les liens qui les unissent. En le faisant, elles contribueront, non seulement à mieux assurer leur propre destin, mais aussi à renforcer la cohésion nécessaire des nations de l'Occident et, par là, à faciliter l'organisation pacifique de l'Europe et du monde cruellement éprouvés.
Je lève mon verre en l'honneur de Votre Altesse Royale, dont l'heureux anniversaire coïncide aujourd'hui avec cette manifestation de sa gracieuse hospitalité, ? du Gouvernement belge et de la noble et libre Belgique.














