Discours

Discours au monde (1958-1969)

Discours prononcé à Dakar, 26 Août 1958

 

Le voyage du Général de Gaulle en Afrique noire s'achève à Dakar.

 

Je vois que Dakar est une ville vivante et vibrante : je ne me lasserai pas de la saluer en raison des souvenirs qui m'y attachent, en raison, aussi, des espérances que j'y ai placées.

Je veux dire un mot d'abord aux porteurs de pancartes. Voici ce mot : s'ils veulent l'indépendance à leur façon, qu'ils la prennent le 28 septembre 1 Mais s'ils ne la prennent pas, alors, qu'ils fassent ce que la France leur propose : la communauté franco-africaine.

Qu'ils la fassent en toute indépendance, indépendance de l'Afrique et indépendance de la France. Qu'ils la fassent avec moi, pour le meilleur et pour le pire, qu'ils la fassent dans les conditions que j'ai évoquées d'une manière précise, en particulier l'autre jour à Brazzaville, conditions dont je n'admets pas qu'on mette en doute la sincérité.

Nous sommes à l'époque de l'efficacité, c'est-à-dire à l'époque des ensembles organisés.

Nous ne sommes pas à l'époque des démagogues. Qu'ils s'en aillent, les démagogues, d'où ils viennent, où on les attend 1 Nous sommes à l'époque de ceux qui veulent construire pour le bien du peuple, pour le bien de l'Afrique, pour le bien de la Métropole, pour le bien de tous les hommes. Nous sommes à l'époque où tout nous appelle à travailler de concert, à mettre en commun notre effort, librement, par notre libre détermination.

Mais nous ne contraignons personne. Nous demandons qu'on nous dise "oui " ou qu'on nous dise "non ". Si on nous dit " non ", nous en tirerons les conséquences. Si on nous dit " oui ", nous serons des frères pour prendre la route celte à côte, la route des grandes destinées.

J'ai dit ce que j'avais à dire. Je l'ai dit à Dakar comme ailleurs Je salue Dakar et le Sénégal, depuis 300 ans liés à la France et réciproquement. Je salue l'Afrique, l'Afrique qui est libre, l'Afrique pour la liberté de laquelle l'homme qui vous parle a fait tout ce qu'il a pu et est prêt à continuer de le faire. Mais, si la France interroge l'Afrique, elle répondra aussi à ce que l'Afrique lui dira, suivant que l'Afrique décidera de s'associer à elle, ou suivant que, selon une hypothèse que je rejette absolument, elle se refuserait à le faire.

Allons ! la route est claire et la lumière est devant nous. A Dakar, je constate avec une certaine satisfaction qu'en tout cas le sujet paraît vous intéresser. On crie: ro De Gaulle ! de Gaulle ! " Je constate que, quand il est là et qu'il parle, les choses sont claires et qu'on ne s'ennuie pas...

Et, ceci dit, je prends congé de Dakar. ,J'aurais préféré, bien sûr, que ce soit dans un silence plus complet, mais je n'en veux à personne. Je tiens à répéter à cette Afrique que j'aime l'expression de mon amitié, l'expression de ma confiance, et je suis sûr que, malgré les agitations systématiques et les malentendus organisés, la réponse du Sénégal et de l'Afrique à la question que je lui pose, au nom de la France, sera OUI, OUI, OUI !

Vive le Sénégal !
Vive la République !
Vive l'unité franco-africaine !
Vive la France !