Discours

Discours au monde (1958-1969)

Discours prononcé à l'Université de Bruxelle, 11 octobre 1945

 

Le Général de Gaulle reçoit, à l'Université de Bruxelles, la dignité dé docteur honoris causa.

 

Parmi les faits qui marquent le rétablissement de l'Europe bouleversée et dispersée par la guerre, la cérémonie d'aujourd'hui apparaît comme des plus symboliques. Au sortir des événements qui nous ont cruellement blessés et cinq mois seulement après que les bombes ont cessé d'écraser nos pays, la présence à l'Université libre de Bruxelles du Président du Gouvernement français et l'honneur que vous voulez bien lui faire en lui conférant un insigne diplôme renouent, en quelque sorte, la chaîne des temps.

En quel lieu, en effet, une pareille renaissance pourrait?elle se manifester mieux que dans votre noble maison ? C'est qu'en vérité, l'Université de Bruxelles, comme ses soeurs et émules de Louvain, de Gand, de Liège, représente un des foyers où notre vieux continent a trouvé sa lumière. C'est aussi parce que, dans l'épreuve, alors que l'ambition du Reich allemand, soulevée par une doctrine aussi frénétique qu'inhumaine, exploitait tout ce que les moyens de destruction modernes procurent d'avantages à la surprise et à la terreur, l'Université de Bruxelles s'est refusée à la servitude. Par son combat, mené sur le terrain dont elle avait la garde, celui du " libre examen ", et derrière son Président, M. Fredrichs, l'Université de Bruxelles a contribué à sauvegarder l'honneur et, par suite, l'avenir de notre Occident.

Oui ! avec toutes les actions dont fut tissée la Résistance, le courage montré par votre maison a revêtu une portée capitale. Pour qu'aient pu survivre notre prestige et notre valeur il fallait que notre idéal trouvât en nous des défenseurs. Cela fut fait.

Gloire à ceux qui eurent ici la clairvoyance et l'audace nécessaires ! Gloire à ceux qui luttèrent ! Gloire à ceux qui souffrirent ! Gloire à ceux qui moururent I Grâce à eux, notre vieille Europe peut, la tête haute, retourner à sa vocation.

Je dis : vocation. Comment dénombrer, en effet, les trésors de pensée et d'action que l'Occident répandit sur le monde? Comment mesurer quelles graves atteintes furent portées au progrès de tous nos frères, les hommes, par l'abaissement relatif de cette partie capitale du globe à la suite de tant de blessures? Comment décrire l'horreur de la nuit qui s'étendrait sur la terre si, dans les contrées que bordent la Méditerranée, l'Atlantique, la Mer du Nord et le Rhin, s'épuisait quelque jour la flamme civilisatrice? Rien n'importe davantage à l'Europe douloureuse et au monde tout entier que le rétablissement de notre Occident dans son ardeur, dans son génie et dans sa puissance. I1 n'y a pas, pour nous, de devoir plus impérieux que celui d'y travailler.

Voilà pourquoi, si le salut que je viens apporter à l'Université de Bruxelles révère son passé et plus particulièrement sa conduite pendant la tourmente d'hier, il s'adresse aussi à son oeuvre d'avenir.