Discours

Discours au monde (1958-1969)

Discours prononcé à Tananarive, 22 août 1958

 

Après son discours à l'Assemblée représentative de Madagascar, le Général de Gaulle prend la parole en public au stade de Mahamasina.

 

Quelle réunion magnifique, dans un site admirable, à un moment exceptionnel ! Personne, plus que moi, veuillez le croire, n'en ressent l'impression.

Je salue d'abord les paroles émouvantes et éloquentes que vient de prononcer, pour m'exprimer le salut des populations, le Président du Conseil du Gouvernement de Madagascar'. A mon tour je salue Madagascar, je salue ce noble pays qui est lui-même, qui a son caractère et ses moeurs, qui doit avoir ses institutions.

Je salue Madagascar, terre en plein essor, remplie de ressources qu'à juste titre les hommes d'ici veulent faire jaillir et développer. Madagascar, terre avancée dans cet Océan Indien qui est le chemin de l'Asie vers l'Afrique, ce qui fait que votre île est, en permanence et aujourd'hui surtout, exposée, et peut, d'un jour à l'autre, se trouver gravement menacée.

En même temps, je salue la France, la France qui a fait tant et tant ici avec ses administrateurs, ses soldats et ceux de ses enfants qui sont des hommes d'initiative, de courage et de valeur. C'est parce que la France est fière de ce qu'elle a accompli avec le peuple malgache qu'elle veut continuer à l'aider dans les voies nouvelles qui vont s'ouvrir.

J'ai parlé de voies nouvelles. Tout le monde sait que nous sommes en un moment de grands changements à tous égards, et où la France et les Territoires d'Outre-Mer, qui sont liés depuis si longtemps par tant de liens du sentiment et de l'intérêt, doivent établir leurs rapports sur des bases renouvelées. Ces bases, que seront-elles ?

Ce seront celles de la Communauté, c'est-à-dire d'un régime dans lequel la Métropole et les Territoires d'Outre-mer, notamment Madagascar, vont se fédérer librement, spontanément, à l'intérieur d'une nouvelle organisation politique, économique, qui sera, en même temps, un système de sécurité.

Dans cette organisation, Madagascar aura à exercer par ses propres moyens son administration et son gouvernement intérieur.

D'autre part, si Madagascar le veut, la Grande Ile mettra, comme les autres Territoires, à l'intérieur de la Communauté et dans un même domaine, la Défense, la Politique étrangère, la Politique économique, la Politique des matières premières et aussi, dans certaines conditions, la direction de la Justice, celle de l'Enseignement supérieur, celle des Communications.

Votre île n'y est pas contrainte. Dans cinq semaines, le choix lui sera donné comme à tous et dans les mêmes conditions; ou bien d'établir avec la Métropole et les autres Territoires la Communauté dont je parle, ou bien de séparer son sort de celui de la France et des autres Territoires.

Si Madagascar, comme je le crois et l'espère, ainsi que les autres Territoires et ainsi que la Métropole, décide, par le vote de tous les hommes et de toutes les femmes, de mettre en commun ce que j'ai dit, de constituer cette Communauté, alors l'avenir, un grand avenir, nous sera ouvert à tous.

Car nous vivons à une grande époque, une époque d'immenses possibilités humaines, à condition que l'on forme un ensemble capable de les réaliser, mais aussi à l'époque des plus grands dangers que le monde ait jamais connus.

Possibilités humaines, parce qu'en s'associant entre peuples, on peut développer, puer le bien de ions, les ressources qui sont sur les sols et au fond des sols : développer aussi les valeurs qui sont dans les coeurs et dans les esprits.

Mais nous vivons, ai-je dit, au temps de très gravas dangers. Car il est évident que certains peuples, mus par certains éléments, veulent sortir de chez eux pour aller chez les autres. Pour assurer la sécurité de notre ensemble contre ce danger-là, la Communauté doit être faite, et avec vous si vous le voulez bien. D'autant plus, qu'à l'intérieur de chaque pays menacé, se prépare mie subversion qui survirait, le cas échéant, rte tète de pont politique à la menace dont il s'agit. C'est pourquoi je fais appel, ici comme ailleurs, aux hommes de valeur, aux hommes capables, aux hommes qui veulent exercer la responsabilité de diriger leur pays. Je leur déclare devant tout le monde : four que vous soyez dignes de la tache que vous voulez assumer, il faut que vous soyez des hommes fermes, droits et loyaux, qui ne se laissent pas emporter par le. tumulte des mots, qui s'en tiennent aux positions qu'ils ont prises. Faute de cela, à la première occasion, vous serez, avec tout le reste, balayés.

Voilà les paroles que je voulais faire entendre ici pour Tananarive, grande et noble. ville, pour Madagascar, pour beaucoup d'autres peuples qui nous écoutent en ce moment, d'un bout à l'autre du monde.

Tous ici, vous aurez, dans peu de semaines, l'occasion d'exprimer votre volonté. C'est une volonté qui portera très loin. En disant oui à ce qui vous sera demandé, vous vous engagerez avec la France et les autres Territoires en vue d'un vaste avenir. Je suis sûr de votre réponse.

Demain, vous serez dé nouveau un État, comme vous l'étiez quand le Palais de vos Rois était habité, mais vous serez des hommes qui, en toute indépendance, se seront unis à d'autres hommes pour le meilleur et pour le pire.

Mon dernier mot sera pour vous remercier tous de la splendide manifestation dont vous m'avez offert le spectacle et l'émotion. Merci à Tananarive. Merci au peuple malgache et à ses dirigeants. C'est en toute conscience et de tout mon coeur que je crie

Vive Tananarive !
Vive Madagascar !
Vive la République !
Vive la France !