Discours
Discours au monde (1958-1969)
Toast adressé à M. Lester Pearson, Premier Ministre du Canada, 15 janvier 1964
Le Général de Gaulle prend la parole lors d'une réception donnée au Palais de l'Élysée en l'honneur du Premier ministre du Canada.
Monsieur le Premier ministre, La visite que vous nous faites est une visite d'amitié. Vous témoignez ainsi des liens de sympathie qui, longuement, ont été tissés entre le Canada et la France et qu'ici nous ressentons vivement. Certes, ce qui se passe dans les domaines de l'âme, du sentiment, de la langue, de la culture, et ce qui peut se passer au point de vue économique et à maints autres égards entre nous, Français en France, et ceux des habitants de votre vaste territoire qui sont notre peuple installé au Canada, ne laissent pas de nous émouvoir et de nous intéresser très spécialement et très profondément. Cependant, il ne saurait y avoir, dans cette solidarité particulière et naturelle, rien qui doive contrarier les heureuses relations de la République française avec votre État fédéral.
En lui, nous voyons un allié fidèle et vaillant, dont le sang a coulé à flots sur notre sol pendant les deux guerres mondiales, qui aujourd'hui fait partie de notre camp, et auquel sa situation, à la fois atlantique, arctique et pacifique, confère, dans la défense éventuelle du monde libre, une importance essentielle. En lui, nous reconnaissons une considérable réalité économique appelée, grâce à ses ressources et à ses capacités, à une expansion assez grande pour assurer son indépendance, ce qui est la condition même du désir que nous avons ici d'accroître nos rapports mutuels. En lui, enfin, nous saluons un ensemble de valeurs humaines qui, dans la grande affaire du monde d'aujourd'hui, autrement dit dans le développement des pays qui s'élèvent en civilisation, joue déjà un rôle fécond autant que désintéressé.
Si, Monsieur le Premier ministre, j'ajoute à ce tableau, comme vous me permettrez de le faire, l'expression de la haute estime que nous portons à votre personnalité d'homme d'État, j'aurai dit pourquoi et comment nous tenons votre voyage pour très heureux et très utile. Des entretiens que vous-même et Monsieur le ministre des Affaires étrangères Paul Martin avez eus déjà et allez poursuivre avec nous, sortiront à coup sûr une compréhension plus précise de nos problèmes respectifs et une coopération plus étroite du Canada et de la France, à l'avantage de tous ceux qui, dans le monde, veulent l'équilibre, le progrès et la paix.
Je lève mon verre en l'honneur de nos hôtes très appréciés et très distingués, Monsieur Lester Pearson, Premier ministre, et Monsieur Paul Martin, ministre des Affaires étrangères du Canada, en l'honneur de Madame Lester Pearson et de Madame Paul Martin, à qui nous nous félicitons de présenter nos très heureux hommages, en l'honneur du Canada, ami et allié de la France.














