Discours
Discours au monde (1958-1969)
Toast adressé à S.A.R La Grande Duchesse de Luxembourg, 2 octobre 1963
Le Général de Gaulle prend la parole lors d'une réception donnée au Palais de l'Élysée en l'honneur de la Grande-Duchesse de Luxembourg.
Madame,
Nous sommes particulièrement heureux de recevoir officiellement à Paris la Souveraine gracieuse et respectée d'un pays qui nous est très proche et très cher. Nous saluons en la personne de Votre Altesse Royale le peuple du grand-duché de Luxembourg, que tant de relations anciennes et présentes lient d'amitié au peuple français.
La ville de Luxembourg fête cette année le millénaire de sa fondation. En ces 1 000 ans, l'histoire de Votre pays, depuis la féodalité jusqu'au début de l'Europe unie, fit partie intégrante de la vie de notre continent, de ses peines et de ses grandeurs. Mais le Luxembourg n'en a pas moins maintenu et affermi à travers tant d'épreuves sa personnalité nationale.
En effet, que vous ayez donné des empereurs, - et parmi les plus grands, aux pays germaniques d'autrefois, ou qu'au contraire l'un ou l'autre de vos voisins ait convoité et, parfois, saisi votre territoire, vous avez toujours voulu et, en définitive, assuré votre indépendance. C'est là une des raisons pour lesquelles la France porte au Luxembourg une grande et profonde estime.
Cependant, en 1940, pour la seconde fois en un quart de siècle, Votre pays fut envahi au mépris de sa neutralité.
Votre Altesse Royale, avec son gouvernement, devait connaître l'exil pour sauvegarder sa souveraineté. Comment n'évoquerais- je pas, Madame, cette époque tragique et héroïque où j'eus moi-même l'honneur de connaître Votre Altesse Royale, de Vous connaître aussi, Monseigneur, et d'admirer la fermeté et le courage avec lesquels la Souveraine et Sa famille inspiraient la fière attitude du peuple du Luxembourg et la vaillante conduite de ses combattants. Les Luxembourgeois ont, en effet, payé à la Résistance un lourd et glorieux tribut. A la fin du drame et, notamment, au cours du suprême retour offensif de l'ennemi à travers la région des Ardennes, le Luxembourg fut au surplus, comme il l'avait été dans les débuts, un théâtre essentiel de la Deuxième Guerre mondiale, parce qu'il est, par nature, un carrefour et un foyer importants de notre continent.
Depuis lors, la France découvre chaque jour des raisons nouvelles d'apprécier le Luxembourg et de coopérer avec lui. C'est ainsi que, pour notre part, nous mesurons mieux que jamais ce que valent à l'époque moderne vos mines, vos usines, vos campagnes, vos travailleurs, vos ingénieurs. C'est ainsi, surtout, qu'ayant entrepris avec vous et avec quatre autres États d'unir et d'organiser notre Europe occidentale ? la première en date de nos communautés Z fonctionnant d'ailleurs chez vous la France se sent pleine de considération pour la part que vous prenez, ainsi que pour la conviction, la sagesse et l'efficacité que vous apportez, à cette oeuvre sans précédent.
L'entreprise a donc commencé ! Comme de juste, c'est d'abord dans l'ordre économique que nous autres, Européens, sommes en train de bâtir. Si nous pouvons y parvenir, comme tout commande de l'espérer, sans doute verrons-nous naître et, peu à peu s'affirmer dans le domaine politique, c'est-à-dire dans celui de la sécurité, une Europe unie, puissante et rayonnante. Laissez-moi ajouter, Madame, que nous, Français, sommes d'autant plus satisfaits d'y avoir le Luxembourg pour partenaire que, dans la construction commune, une devise qui est Vôtre : " Nous voulons rester ce que nous sommes ", pourrait tout aussi bien être une devise pour la France.
Je lève mon verre au bonheur personnel de Votre Altesse Royale ; en l'honneur de Monseigneur le prince de Luxembourg, à l'amitié des peuples français et luxembourgeois et à l'avenir de notre Europ














