Discours
Discours au monde (1958-1969)
Toast adressé à S.E. M. Félix Houphouet-Boigny, Président de la Côte d'Ivoire, 7 juin 1961
Le Général de Gaulle prend la parole lors d'une réception donnée au Palais de l'Élysée en l'honneur du Président de la République de Côte-d'Ivoire.
Monsieur le Président,
La République française se félicite de recevoir en votre personne la République de Côte-d'Ivoire. Ainsi, paraissent en pleine clarté des liens qui nous sont chers et de communes espérances. Nous voyons votre pays, plein de ressort et de ressources, organiser son indépendance sous votre magistrale impulsion, bâtir un État efficace, se développer en tous domaines et prendre un rang honorable dans la vie internationale. Qu'est-ce que la France peut souhaiter d'autre, au sujet de la Côte-d'Ivoire, que d'assister à sa réussite, sinon peut-être d'y aider ? Or, justement, nos deux pays viennent de décider leur fraternelle coopération. Sur l'avenir de nos relations je n'aperçois donc aucune ombre, mais je vois beaucoup de lumière.
Au surplus, si votre visite à Paris est celle d'un Chef d'État notoire, elle est aussi celle d'un grand Africain. Sous les coups de bélier portés à l'ancien univers par les deux guerres mondiales, à travers les puissants courants d'émancipation qui bouleversent la race des hommes et à l'appel de la civilisation moderne, le continent africain s'est éveillé d'un bout à l'autre. Le voici en pleine gestation. Pour les hommes qui l'habitent, l'évolution qui est en cours, la direction qu'elle prend, les conditions dans lesquelles elle est en train de s'accomplir, commandent d'avance leur bonheur ou leur malheur.
L'Afrique, dont tous les peuples prennent à leur tour en main leurs destinées, serait-elle terre de confusion ou de raison, de misère ou de prospérité, de servitude ou de liberté ? Dans ce débat, qui touche la France au plus vif, influe directement sur le destin de l'Europe et préoccupe le monde entier, nous savons, Monsieur le Président, quel rôle éminent vous jouez et quelle action essentielle vous exercez parmi les dirigeants et les peuples intéressés. C'est dire qu'en vous nous saluons l'Afrique nouvelle. Vous n'ignorez pas, d'autre part, de quel coeur la France est auprès d'elle dans l'effort qu'elle déploie pour s'assurer la dignité et le progrès.
Enfin, nous sommes heureux de voir ici le Président de la Côte?d'Ivoire le guide de tant d'Africains, parce que ce Président, ce guide, c'est Félix Houphouet?Boigny. Dans la considération particulière que nous volis portons, entre, certes, en ligne de compte la valeur exceptionnelle de votre personnalité. Mais il s'y mêle aussi le souvenir des services que vous rendîtes à 1a France avant d'assumer la responsabilité de la Côte?d'Ivoire souveraine. Comment oublierons?nous, en effet; votre contribution à nos lois comme législateur, à nos gouvernements comme ministre, à notre Constitution comme l'un de ses principaux auteurs. Si, désormais, c'est à l'oeuvre de construction ivoirienne et africaine et à l'action internationale que vous vous consacrez, ne doutez pas, Monsieur le Président, qu'aujourd'hui autant que jamais, vous sont acquis la profonde estime et l'attachement de la France.
Je lève mon verre en l'honneur du Président Houphouet?Boigny, Président de la Côte?d'Ivoire, en l'honneur de Madame Houphouet?Boigny que nous nous réjouissons de saluer à vos côtés, en l'honneur de la Côte?d'Ivoire qui coopère avec la France dans la confiance et dans l'amitié.














