Discours

Discours au monde (1958-1969)

Toast adressé à S.E. M. H. Maga, Président de la République du Dahomey, 25 octobre 1961

 

 

Le Général de Gaulle prend la parole lors d'une réception donnée au Palais de l'Élysée en l'honneur du Président de la République du Dahomey.

 

Monsieur le Président,

C'est de grand coeur et pour les meilleures raisons que la France se fait une joie et un honneur? de vous recevoir.

Vous, qui nous connaissez bien, savez en effet à quel point le Dahomey est cher à la France. Nous, nous savons pourquoi, car nous tenons le Dahomey pour un pays valeureux, laborieux, plein d'intelligence. Et moi, je me félicite d'avoir, grâce à votre visite, l'occasion solennelle de le proclamer.

Depuis des siècles, surtout depuis cent ans, que de choses furent faites ensemble ! Que d'épreuves traversées en commun dans la paix et dans la guerre ! Que d'amitiés nouées de l'un à l'autre peuple ! Si, désormais, en son indépendance, le Dahomey dispose de lui?même dans ses rapports avec la France et si la France dispose d'elle-même dans ses rapports avec le Dahomey, le fait est que les deux peuples se comprennent, s'estiment, s'aiment, parlent la même langue, partagent la même culture, s'inspirent du même idéal. Tout se passe comme si, vous et nous, tirions des mêmes sources la vie, la pensée et l'action. Dans notre monde troublé et menacé, il y a là quelque chose qui satisfait l'âme, mais aussi éclaire la politique.

C'est par là, Monsieur le Président, que votre présence à Paris revêt sa portée .et son caractère. De la récente prise en charge des territoires multiples et divers de l'Afrique par des États africains, va-t-il résulter pour l'univers un nouveau champ de servitude et de nouveaux déchirements ? Au contraire, 1a liberté et la coopération vont-elles pouvoir s'établir ? Telle est l'une des questions principales qui se posent à notre siècle. La France et le Dahomey font voir ce que peut être la réponse. En effet, qu'il s'agisse de progrès économique, de développement culturel, de défense, d'attitude à pendre devant les problèmes mondiaux, les accords que nous avons conclus servent, certes, nos deux pays, mais ils contribuent, en même temps, à la solidarité et à la paix de nos semblables. Votre voyage va nous permettre de les préciser et de les approfondir. Au moment même où, d'un certain côté, on emploie les mégatonnes pour faire valoir ses ambitions, il est bon que deux États libres montrent qu'ils savent et pratiquent d'autres moyens d'être utiles au genre humain.

Mais, à tous les motifs d'ordre général que nous, Français, avons d'accueillir le plus cordialement du monde le Président du Dahomey, s'ajoute, laissez-moi le dire, le fait que ce Président c'est vous. Vous, dont la personnalité est ici très connue et très hautement considérée. Vous, qui avez naguère déployé des capacités notoires dans notre Enseignement, notre Parlement, notre Gouvernement. Vous, qui, devenu le Chef de l'État indépendant du Dahomey, avez toujours eu avec nous et, je puis le dire, avec moi, des relations personnelles qui nous sont extrêmement précieuses.

Je lève mon verre en l'honneur du Président Maga, Président de la République du Dahomey, en l'honneur de Madame Hubert Maga, à qui nous sommes heureux d'offrir nos très respectueux hommages, en l'honneur du Dahomey, à qui la France porte une confiance aussi amicale qu'éprouvée.