Discours
Discours au monde (1958-1969)
Toast adressé à S.E. M. L'Abbé F. Youlou, Président de la République du Congo, 20 novembre 1961
Le Général de Gaulle prend la parole lors d'une réception donnée au Palais de l'Élysée en l'honneur du Président de la République du Congo.
Monsieur le Président,
Voici donc que le Congo, devenu État souverain, vient rendre visite à la France. Ce qu'il y a de très nouveau et de très important dans l'événement d'aujourd'hui touche nos coeurs et frappe nos esprits.
Car le destin a voulu que votre pays eût, vis-à-vis du mien, une figure assez exceptionnelle. Sans doute savait-on chez nous, depuis le temps de Brazza, ce qu'est le fleuve magnifique qui coule au long de vos terres, combien vastes sont les savanes et profondes les forêts dont est couvert votre pays, à quel point sont dignes d'estime et d'amitié les populations qui habitent votre territoire. Mais ce n'est rien de moins que la Deuxième Guerre mondiale qui porta sur le Congo le projecteur de l'Histoire. Dès lors, il nous fut, nous est et nous restera très cher et très familier.
Ah ! Monsieur le Président, comment ne dirais-je pas ce soir, quel rôle l'Afrique Équatoriale, en son sein le Congo, en son coeur Brazzaville, jouèrent au cours des plus cruelles années ? Là, furent établis, pour la France elle-même et, en même temps, pour l'Afrique, grâce au concours admirable que les Congolais prêtèrent aux Larminat, aux Éboué, aux Leclerc, aux Koenig, un refuge pour la liberté, un môle pour la résistance, une base de départ pour la. libération. Comment ne saluerais-je pas la part que votre pays a prise à la victoire par tout ce qu'il a fourni d'efforts, engagé de soldats et de travailleurs, prodigué d'encouragements, en faveur de la cause que nous servions ensemble ? Comment le Général de Gaulle pourrait-il manquer d'évoquer une certaine ville et une certaine case, où se nouèrent, entre les Congolais et lui, des liens qui ne s'oublieront pas, à moins que tout ne soit oublié ?
Mais, c'est à Brazzaville aussi que s'élevèrent, au cours d'une conférence célèbre et à la veille de la libération de l'Europe, les idées qui ouvrirent la voie à la libre disposition d'eux-mêmes par les peuples de l'Afrique en coopération fraternelle avec la France. C'est à Brazzaville encore que fut, après quatorze années de féconde évolution, proclamée la Communauté, sueur jumelle de l'Indépendance. C'est à Brazzaville enfin, et sous votre présidence, qu'a été récemment scellée l'union organique de douze États souverains africains et malgache d'expression française a. Bref, dans l'évolution du siècle, votre pays est marqué d'un signe émouvant et particulier.
Il est vrai que cette même évolution africaine ne va pas, tout auprès et tout au long de votre frontière, sans de fâcheuses et alarmantes secousses 3. A Paris, nous ne comprenons que trop bien que le Congo de Brazzaville soit directement préoccupé de ce qui se passe chez ses voisins de l'autre côté du fleuve. Mais le contraste éclatant qui existe entre votre République, se développant dans l'ordre et l'unité, et la malheureuse contrée où s'étalent tant de divisions, de heurts et de confusion est justement la preuve de votre réussite à laquelle la France s'honore d'avoir de tout tueur contribué et continuera de le faire. Nous espérons d'autant plus que le monde libre, reconnaissant cette évidence, voudra un jour assumer lui-même, comme la France l'a proposé, la tâche d'aider à vivre et à s'organiser le Congo de Léopoldville. Nous ne renonçons donc pas à voir ainsi, de l'autre côté du grand fleuve, le bon sens l'emporter et introduire dans la situation du monde un élément favorable à la paix et à la détente dont les peuples ont tant besoin. Nous ne doutons pas que, pour marcher vers ce but, la République du Congo doive être, une fois de plus, aux côtés de la République française.
Je lève mon verre en l'honneur de Monsieur l'Abbé Fulbert Youlou, Président de la République du Congo, et en l'honneur du Congo, très estimé et très aimé de la France.














