Discours
Discours au monde (1958-1969)
Toast adressé à S.E. M. N. Grunitzky, Président de la République Togolaise, 4 mars 1964
Le Général de Gaulle prend la parole lors d'une réception donnée au Palais de l'Élysée en l'honneur du Président de la République togolaise.
Monsieur le Président,
La France se félicite de recevoir aujourd'hui, en votre personne, la République togolaise.
Dans le chapitre de l'Histoire du monde où sont inscrites les relations de la France avec l'Afrique, votre pays occupe une place particulière et dans des conditions que les événements ont parfois un peu agitées. C'est, en effet, la Grande Guerre qui a, tout à coup, introduit le Togo dans le cercle de nos devoirs et de nos amitiés. Encore, s'y trouva?t?il d'abord sous le couvert d'un mandat international. Par la suite, le comportement du Togo, devenu indépendant, avait, à l'égard de Paris, marqué diverses variations. En outre, l'incertitude créée par une frontière occidentale assez arbitraire pouvait sembler, chez vous, hypothéquer l'avenir. Enfin, une grave tragédie publique, survenue dans votre capitale, avait suscité quelques doutes. Cependant, c'est un fait que rien n'a pu empêcher les relations de nos deux peuples d'évoluer vers une libre et croissante coopération. Aujourd'hui, des accords précisent et organisent ce que le Togo et la France veulent faire et font en commun, tandis que votre Gouvernement s'est joint à ceux des États de l'Union Africaine et Malgache pour promouvoir, à l'intérieur de votre continent, le développement d'un ensemble solidaire par l'économie, la langue, la culture et l'idéal.
La coopération franco?togolaise est donc à ]'oeuvre. Elle ne tend à rien d'autre qu'au progrès, à la sécurité et à la paix. Elle n'exclut nullement les concours que peuvent vous prêter d'antres pays. Dans toute la profondeur de votre territoire, si allongé, si étroit, séparé de ses trois voisins par le tracé théorique de frontières étendues sur 1 300 km ; dans chacune de vos régions très différentes les unes des autres et qui s'étagent entre la côte tropicale et la savane intérieure ; parmi vos populations, à la fois variées et capables, notre coopération se poursuit dans les domaines économique, social, technique et culturel. En la pratiquant, vous et nous entendons servir, non seulement une amitié bien établie, mais aussi la cause. de l'Homme, c'est?à?dire celle de son développement. Pourquoi ne pas ajouter que, par là, nous croyons apporter à notre monde en pleine gestation un utile concours et un fraternel exemple ?
Il se trouve, Monsieur le Président, que vous êtes, par excellence, un des hommes qui, à force de vouloir et d'agir, ont donné sa signification à la rencontre du Togo et de la France. Que vous fussiez naguère étudiant, et l'un des premiers de chez vous qui soient venus parfaire leurs études ici, ou bien combattant de la France Libre, ou bien député du Togo, ou bien chef d'un gouvernement autonome, vous n'avez jamais cessé, dès avant l'indépendance, de représenter activement votre pays et d'acquérir pour lui, en même temps que pour vous, notre estime très haute et raisonnée. Ce faisant, vous prépariez au peuple togolais les voies de son destin. Aux jours de trouble, il s'en est souvenu. Avec la même dignité réservée mais déterminée que vous aviez montrée dans votre ascension politique et, ensuite, dans l'adversité, vous avez alors répondu à l'appel du Togo et assumé le pouvoir suprême qu'il vous a massivement confié. Nous sommes témoins que vous le servez bien.
Je lève mon verre en l'honneur de Monsieur le Président Nicolas Grunitzky, Président de la République togolaise, en l'honneur du Togo qui est l'ami de la France.














