Discours
Discours au monde (1958-1969)
Toast adressé à S.E. M. Todor Jivkov, Président du Conseil des Ministres de la République populaire de Bulgarie, 13 octobre 1966
Le Général de Gaulle prend la parole lors d'une réception donnée au Palais de l'Élysée en l'honneur du Président du Conseil des Ministres de la République populaire de Bulgarie.
Monsieur le Président,
En venant visiter la France, vous montrez, tout d'abord, qu'entre votre pays et le nôtre, et en dépit des vicissitudes d'une Histoire qui ne les a pas toujours accordés, il existe une estime et un attrait réciproques d'où peut aujourd'hui jaillir leur rapprochement. C'est, d'ailleurs, cette conviction qui a, depuis tantôt deux ans, conduit nos deux gouvernements à entamer et à multiplier des entretiens dont le but est de resserrer à tous égards les rapports de nos États. Ainsi, Monsieur Bachev, ministre des Affaires étrangères bulgare, et Monsieur Todorov, Vice-président du Conseil, vous ont-ils précédé à Paris. Ainsi, Monsieur Couve de Murville, ministre des Affaires étrangères français, vient-il de se rendre à Sofia où lui a été réservé un accueil très chaleureux.
La Bulgarie, qui fut la Thrace de l'Antiquité et qui dés l'origine s'est abreuvée aux sources mêmes de la civilisation ; la Bulgarie qui relia jadis le monde byzantin et le monde romain ; la Bulgarie qui, au siècle dernier, lutta héroïquement pour sa libération ; la Bulgarie qui appartient A la famille des Slaves avec laquelle celle des Gaulois chercha toujours à s'entendre, est faite tout naturellement pour être l'amie de la France. Sans doute, les turbulences balkaniques et les guerres mondiales d'autrefois ont-elles pu nous opposer, mais personne chez vous et chez nous n'a jamais pensé que ce fût définitif. Or, voici que notre époque nous engage à nous retrouver.
Notre époque, c'est-à-dire celle d'une Europe qui, après tant de pertes, de ruines et de déchirements et malgré beaucoup de préventions, de méfiances et de malentendus, a besoin, d'un bout à l'autre, de détente, d'entente et d'union.
Notre époque, c'est-à-dire celle d'une évolution telle que la même science, la même technique, le même progrès, y commandent le sort des hommes, quelles que soient les différences idéologiques qui paraissent les séparer.
Notre époque, c'est-à-dire celle d'un monde en mouvement, d'un monde que menacent dans son existence des moyens terribles de destruction, d'un monde qui réprouve et qu'alarment le conflit et l'escalade menés en Asie du Sud?Est par une intervention extérieure, d'un monde qui n'a d'avenir que dans la paix.
Pour aider à l'Europe nouvelle, à l'évolution moderne, à la paix universelle, la Bulgarie et la France ont toutes raisons d'organiser pratiquement leur amicale coopération dans les domaines politique, économique et culturel. C'est là, Monsieur le Président, le but de la visite que vous voulez bien nous faire. C'est la raison de la grande satisfaction que nous avons à vous recevoir. C'est l'objet de nos entretiens dont nos deux peuples attendent beaucoup.
Je lève mon verre en l'honneur de Son Excellence Monsieur le Président Todor Jivkov, Président du Conseil des ministres de la République populaire de Bulgarie, ainsi que des personnalités qui l'accompagnent, en l'honneur de Madame Jivkova, à qui nous sommes heureux de présenter nos très respectueux hommages, en l'honneur du peuple bulgare qui est l'ami du peuple français.














