"Le fil de l'épée" - les oeuvres de Charles de Gaulle

Le fil de l'épée

Le Fil de l'épée, publié pour la première fois en 1932, est l'un des livres les plus célèbres de De Gaulle.


Avant même de rencontrer l'Histoire, le futur général de Gaulle y développe des idées auxquelles il restera fidèle : sur la contingence propre à toute action, sur l'attitude de l'homme de caractère, sur le rôle du prestige dans l'art de commander, ou sur les relations du politique et du soldat.

 

 

De "La Discorde chez l'ennemi" au "Fil de l’épée"

Par Jean-Paul BLED, article paru dans Espoir n°137, 2003

 

 

Publié en 1934, Vers l'armée de métier peut être considéré comme le premier grand texte dans lequel Charles de Gaulle pose les fondements d'une doctrine stratégique. Articulée autour du « corps cuirassé », celle-ci prend le contre-pied des principes inspirant alors la politique militaire de la France. Fruit d'une longue gestation, cet ouvrage a été préparé par une période de réflexion tout à la fois sur l'art de la guerre, la formation du chef, le métier des armes, les rapports entre les pouvoirs politique et militaire. À tout le moins depuis son retour de captivité, Charles de Gaulle applique son esprit à ces questions majeures. En plus de certains de ses enseignements à l'Académie de Rembertow, puis à l'École militaire spéciale de Saint-Cyr, il leur a déjà consacré deux livres, La Discorde chez l'ennemi (1924) et Le Fil de l'épée (1932), plusieurs articles de revue, des conférences à l'École de Guerre et à la Sorbonne.

 

La formation compte parmi les soucis constants de Charles de Gaulle. La sienne d'abord, mais, plus largement, celles des officiers qui forment ou formeront l'encadrement de l'armée française. Ce souci ne reste pas théorique. De son père, Charles de Gaulle a hérité le goût, pour ne pas dire, la passion d'enseigner. Après avoir enseigné l'histoire militaire à Saint-Cyr, il rêve de devenir professeur à l'École de Guerre. Il va encore plus loin puisqu'il propose, en 1931, la création d'un cours nouveau qui porterait sur « la conduite de la guerre » et viserait un auditoire civil autant que militaire. Il n'est sans doute pas donné suite à ce plan trop novateur. Mais qui doutera qu'il n'ait envisagé d'autre responsable de ce cours que lui-même ?

 

En plus de raisons aussi bien générales que permanentes, des considérations liées aux circonstances soulignent la nécessité d'une formation militaire de haut niveau. Au lendemain de la Victoire, le prestige de l'armée atteint son zénith. Pourtant, l'institution militaire ne tarde pas à souffrir des mouvements de fond qui imposent leur marque à la société civile. Après plus de quatre ans de guerre, il n'est sans doute pas anormal que les ressorts tendent à se relâcher. Longtemps contenu, le pacifisme apparaît même à certains comme une réponse aux horreurs du conflit. Même si elle est largement inévitable, cette évolution des esprits n'en est pas moins lourde de périls pour le milieu militaire. Il est donc plus nécessaire que jamais de donner aux soldats une formation faite pour leur permettre de traverser sans dommage cette épreuve morale.

 

Il est une autre raison à cette nécessité de mettre un soin vigilant à la formation des militaires. À aucun moment, Charles de Gaulle ne cède au mirage de la détente qui intervient dans les rapports franco-allemands à partir de 1924. Même si son devoir de réserve lui interdit de l'attaquer frontalement, il est sans illusion sur la politique d'Aristide Briand et « l'esprit de Genève » lui est étranger. Il est clair qu'il ne partage pas ce qu'il appelle avec une distance condescendante « les émouvantes espérances du siècle ». En visant à l'annulation progressive du traité de Versailles, la politique allemande, estime-t-il, porte atteinte à la sécurité de la France. De Gaulle pressent que ces illusions ne tiendront pas longtemps et que, derrière la paille des mots, de nouveaux conflits s'annoncent. Il est donc plus impératif que jamais que la France puisse s'appuyer sur des corps d'officiers formés à relever ce défi. Dans quelques années, explique-t-il à Lucien Nachin, « on s'accrochera à nos basques ».

 

À la lecture des premières œuvres de Charles de Gaulle, on mesure vite la place que l'histoire y occupe. Elle est essentielle. Dès ces années de formation, de Gaulle entretient un rapport privilégié avec l'histoire. Avant d'en devenir un acteur, il y trouve une source d'inspiration permanente. Cette relation ne se manifeste pas seulement dans La Discorde chez l'ennemi où il fait proprement œuvre d'historien. Mais, dans ses autres écrits, l'histoire est omniprésente. Charles de Gaulle y puise une multitude de références qui viennent à l'appui de sa démonstration. Attestant la richesse de sa culture, celles-ci sont empruntées à l'ensemble des époques, de l'Antiquité à la période contemporaine. La même remarque vaut pour l'histoire de France. Ici les exemples couvrent la longue durée des siècles. Ce choix ne souligne pas seulement une évidente familiarité avec le passé national. Il donne aussi à comprendre que, dès ces années, Charles de Gaulle n'établit pas de distinction entre les régimes qui ont eu en charge le destin temporel de la France. Au contraire, il associe régulièrement dans les mêmes éloges des personnalités représentatives de différents régimes. « Il n'y a qu'une histoire de France », pourrait-il écrire. Et, s'il ne l'a pas encore écrit, tout montre qu'il le pense déjà.

 

Cette insistance sur l'histoire a une autre signification. Elle ne peut être séparée de la conviction que la culture générale est essentielle à la formation de celui qui sera appelé à commander. Durant toutes ces années, la réflexion de Charles de Gaulle s'applique précisément à l'art du commandement et aux vertus nécessaires à son exercice. Il leur consacre les trois célèbres conférences qu'il prononce, en 1924, à l'École de Guerre. Peu après, il y revient, à la Sorbonne, devant l'auditoire choisi du Cercle Fustel de Coulanges. Enfin, ces conférences inspirent la partie centrale de son deuxième livre, Le Fil de l'épée, qu'il publie en 1932.

 

Charles de Gaulle ne se borne pas à dessiner, dans ces pages, le portrait d'un chef idéal qui lui ressemblerait trait pour trait. Le Fil de l'épée ne se limite pas non plus à un règlement de compte avec ceux de ses supérieurs qui ont méconnu sa valeur à l'Ecole de Guerre et ont manqué de compromettre sa carrière. A travers l'éloge des vertus nécessaires au commandement, l'ouvrage présente d'abord un programme de formation morale. Le caractère est la première de ces vertus. On ne résistera pas au plaisir de citer le passage-clé du chapitre qui lui est consacré :

 

« Face à l'événement, c'est à soi-même que recourt l'homme de caractère. Son mouvement est d'imposer à l'action sa marque, de la prendre à son compte, d'en faire son affaire. Et loin de s'abriter sous la hiérarchie, de se cacher dans les textes, de se couvrir des comptes rendus, le voilà qui se dresse, se campe et fait front. Non qu'il veuille ignorer les ordres ou négliger les conseils, mais il a la passion de vouloir, la jalousie de décider. Non qu'il soit inconscient du risque ou dédaigneux des conséquences, mais il les mesure de bonne foi et les accepte sans ruse. Bien mieux, il embrasse l'action avec l'orgueil du maître, car s'il s'en mêle, elle est à lui ; jouissant du succès pourvu qu'il lui soit dû et lors même qu'il n'en tire pas profit, supportant tout le poids du revers, non sans quelque amère satisfaction. Bref, lutteur qui trouve au-dedans son ardeur et son point d'appui, joueur qui cherche moins le gain que la réussite et paie ses dettes de son propre argent, l'homme de caractère confère à l'action sa noblesse ; sans lui morne tâche d'esclave, grâce à lui jeu divin du héros ».

 

L’homme de caractère n'est certes pas d'un commerce facile. Conscient de sa valeur, il a une fermeté de convictions qui « l'éloigné souvent de l'obéissance passive ». « Orgueilleux, indiscipliné » disent de lui les médiocres », mais les épreuves le révèlent, là où les « apparences d'une fausse discipline » ne sont plus de mise. « Le caractère, vertu des temps difficiles », précise de Gaulle. C'est pour mieux dire que c'est d'abord sur lui que l'ordre militaire doit s'appuyer. Il lui permettra de se protéger des influences débilitantes d'un après-guerre tourné vers d'autres valeurs. Ainsi revigoré, il pourra affronter les tempêtes qui s'annoncent.

 

Le commandement ne peut, d'autre part, aller sans prestige. Même s'il procède d'un « don élémentaire », d'une « aptitude naturelle », celui-ci se cultive. « Au chef comme à l'artiste, relève de Gaulle, il faut le don façonné par le métier ». Et tout d'abord, le prestige ne peut aller sans la distance, « sans mystère, car on révère peu ce qu'on connaît trop bien ». Il convient au chef d'être économe de ses gestes et de ses mots, mais aussi de bien les choisir, car il lui faut veiller à ménager ses effets.

 

Cette tension de l'être ne se justifie cependant que par rapport à un dessein, un objectif qui varie, certes, selon la place occupée dans la hiérarchie. Malgré le relâchement inhérent à tout après-guerre, malgré les atteintes portées à son statut, l'armée reste une société choisie qui entretient un rapport privilégié avec le prestige. Ce que la condition militaire a de singulier, contribue au prestige du soldat ; au reste, les tendances de fond de l'époque devraient œuvrer à rétablir ce que le retour à la paix a perturbé. « Aujourd'hui, rappelle de Gaulle, l'individualisme est roi ». Au contraire s'impose la forme agglomérée de la vie qui entretient une obscure harmonie avec le mouvement d'organisation de l'armée et, au-delà, avec « l'esprit militaire ».

 

Pour l'officier, à quelque niveau de la chaîne de commandement qu'il se situe, avec l'action de guerre vient le moment de vérité, celui où il va devoir mobiliser ces vertus nourricières. Mais il y faut plus, car « l'action de guerre revêt essentiellement le caractère de la contingence ». On est là au cœur de la pensée gaullienne. Applicable aussi bien à l'ordre politique qu'au terrain militaire, cette idée centrale, formulée dès ces années, ne cessera d'inspirer la méthode de son auteur sur les différents fronts où son action se déploiera au long de sa vie. Dans ces années déjà, Charles de Gaulle y revient constamment et il serait facile de multiplier les citations. « C'est sur les contingences qu'il faut construire l'action », souligne-t-il encore dans Le Fil de L'épée. Plus loin, il évoque le « caractère empirique de l'action de guerre ». « Dans la guerre, avait-il expliqué, quelques années plus tôt, dans La Discorde chez l'ennemi, il n'y a pas de système universel, mais seulement des circonstances et des personnalités ».

 

La première qualité du chef est précisément de maîtriser les circonstances qui prennent, en l'occurrence, la forme de l'ennemi, « variable par excellence ». Il lui revient d'abord de réduire cette part d'inconnu. Pour y parvenir, à lui de susciter notamment la recherche de renseignements, puis de les interpréter. Mais, même diminuée, cette variable ne peut être entièrement réduite. C'est ici qu'intervient l'instinct, réponse de l'esprit à la mobilité et à la fluidité des situations. Bref, il répond à la nature du commandement de combiner l'instinct avec l'intelligence. A la mesure des variables auxquelles elle est confrontée, l'action de guerre réclame donc une capacité d'adaptation au rebours d'une tradition française portée à l'abstraction et au système. Or, à chaque fois que cette tendance a prévalu jusqu'à enfermer l'armée dans un carcan de règles érigées en « principes métaphysiques », il s'en est suivi de lourds désastres. Charles de Gaulle met en garde contre l'attrait séculaire de l'abstraction et du dogmatisme et à la doctrine de l'a priori il oppose la doctrine du réel.

 

Est-ce à dire que Charles de Gaulle sacrifie au travers qu'il combat avec talent quand il s'érige en avocat enthousiaste de la fortification de notre frontière nord-est dans un article publié en décembre 1925 sous le titre « le rôle historique des places françaises » par la Revue militaire française. Ce plaidoyer pourrait paraître comme une justification déguisée de la stratégie défensive vers laquelle les responsables militaires français s'orientent en ce milieu de la décennie. Ce serait pourtant une interprétation un peu courte. S'il a soutenu qu'il y a peu de règles à la guerre, Charles de Gaulle n'a pas écrit qu'il n'en y avait aucune.

 

La doctrine des circonstances n'est pas exclusive de quelques données permanentes. La médiocrité de nos frontières en est une. Cet article est d'abord une réflexion sur cette vulnérabilité qui expose rapidement Paris et partant, l'État aux conséquences d'une invasion. De Gaulle appuie sa démonstration sur un éblouissant survol de notre histoire militaire depuis Le Grand Siècle. Valable en 1925, ce constat le reste en 1934. Il inspirera précisément la stratégie du « corps cuirassé », radicalement à l'opposé de la ligne officielle, qui sera la thèse centrale de Vers l'armée de métier.

 

Charles de Gaulle examine aussi le problème des rapports entre les deux pouvoirs, civil et militaire, un sujet difficile, mais devant lequel il ne se dérobe pas. Ce débat est au cœur de La Discorde chez l'ennemi. Notre auteur y revient dans Le Fil de l'épée qui lui consacre un chapitre entier. Dès son premier livre, il se prononce pour la primauté du pouvoir civil sur le pouvoir militaire. L’oubli de cette règle fondamentale est à l'origine de la grave « crise d'autorité » qui s'empara peu à peu du système politique allemand et finit par conduire le Reich au désastre.

 

Le Fil de l'épée répartit clairement les rôles : « La conduite de la guerre appartient à l'homme d'État, les opérations sont le fait du militaire ». Mais, si le principe est clair, les limites entre les deux sphères ne laissent d'être parfois bien floues. Durant la Première Guerre mondiale, des tensions ont pu peser, du côté français sur les rapports entre les gouvernements et les généraux en charge des opérations. Même séparé par des tempéraments différents, pour ne pas dire opposés, le couple Clemenceau-Foch a tenu. Cela a été possible parce que les règles du jeu étaient clairement fixées dans un régime démocratique.

 

L’Allemagne a connu une évolution contraire. De premiers signes d'une subordination du pouvoir civil au pouvoir militaire étaient apparus avant 1914, notamment lorsque le Plan Schlieffen avait été arrêté sans la consultation préalable du Chancelier, et ce, malgré les implications politiques évidentes du plan de bataille, à commencer par la violation programmée de la neutralité de la Belgique. Le renversement est manifeste quand est prise, en janvier 1917, la décision de renforcer la guerre sous-marine. De Gaulle n'absout pas le chancelier Bethmann-Hollwegg de s'être résigné à un parti qu'il réprouvait en son for intérieur, parce qu'il en mesurait les conséquences catastrophiques, en premier lieu l'entrée inévitable des États-Unis clans la guerre.

 

Mais la faute en incombe d'abord au couple Hindenburg-Ludendorff, à la tête du Grand État Major depuis l'été 1916, qui sut contraindre le Kaiser à prendre cette décision, alors que le Chancelier y était opposé. De Gaulle concentre sa critique sur le maréchal Hindenburg, le supérieur de Luclendorff. « L’histoire, commente-t-il, le blâmera sans doute d'avoir usé de son incomparable autorité pour violer un grand principe », comprenons la subordination du haut commandement au chef du gouvernement. La suite est la conséquence logique de cette inversion de l'autorité. Après la démission de Bethmann-Hollwegg, en juillet 1917, le gouvernement, confié à des créatures du Grand   Etat-Major, s'efface derrière Hindenburg et Ludendorff, lesquels exercent une dictature qui ne dit pas son nom. La défaite, un an plus tard, sanctionnera ce dérèglement du fonctionnement du pouvoir.

 

Or, il est d'autant plus nécessaire de préciser le territoire de chacun que la dernière guerre a marqué l'entrée dans une guerre nouvelle. Désormais la « guerre des peuples » s'est substituée à « celle des armées ». La guerre est devenue « totale », par quoi il faut comprendre que le partage traditionnel entre les combattants de l'avant et la population de l'arrière est devenue obsolète. Désormais l'effort de guerre repose sur la mobilisation de tous et la coordination des deux fronts.

 

Le succès des armes dépend notamment de la mobilisation économique. C'est à ce dossier essentiel que Charles de Gaulle consacre un article paru en 1934 sous le titre « La mobilisation économique à l'étranger », de nouveau clans la Revue militaire française. Il y examine trois cas, ceux des États-Unis, de l'Italie et de la Belgique. On remarquera que l'Allemagne n'apparaît pas dans cette liste, l'Allemagne où pourtant le concept de « guerre totale » fut inventé et où un programme de mobilisation économique fut mis sur pied dès l'automne 1914, à l'initiative d'Emil Rathenau. Peut-être faut-il l'expliquer par l'installation trop récente du régime national-socialiste.

 

Ces trois études, où il ne s'agit plus d'histoire, mais du temps présent, révèlent une excellente connaissance de ces dossiers très techniques. Les États-Unis et l'Italie offrent deux cas extrêmes. Aux États-Unis, l'intervention de l'État est minimale. Sans doute n'y est pas étranger le fait qu'ils se savent assurés de « ne se trouver menacés directement par personne ou, a fortiori envahis ». Mais Charles de Gaulle pousse plus loin l'analyse. Selon son habitude, il cherche aussi l'explication dans le « tempérament » des peuples. « Leur régime social, relève-t-il, dans lequel le profit est le mobile de toute activité et la base de toute hiérarchie, leur permet de faire jouer largement le puissant ressort des intérêts particuliers ».

 

En Italie, en revanche, le régime fasciste, au pouvoir depuis douze ans, imprime sa marque à la mobilisation qui est placée sous le contrôle de l'État, alors que la société est soumise à une discipline militaire stricte : « L’impérieuse subordination des intérêts particuliers à ceux de l'État, la discipline exigée et obtenue de tous, la coordination imposée aux divers départements par l'action personnelle du « Duce », enfin cette sorte d'exaltation latente entretenue dans le peuple par le fascisme pour tout ce qui concerne la grandeur de la patrie, favorisent à l'extrême les mesures de défense nationale » . Plus cette mobilisation est effective dès le temps de paix. Sans attendre, l'État a établi son contrôle sur les industries d'armement et, au-delà, tous les secteurs associés à l'effort de guerre. D'autre part, la militarisation de la société civile touche, dès maintenant, l'ensemble de la population dès l'âge de 14 ans.

 

Dans la formation de Charles de Gaulle, les années comprises entre la fin de la guerre et la parution de Vers l'armée de métier sont capitales. Elles sont dominées par le « labeur intellectuel » dans lequel l'histoire occupe une place essentielle. Lui-même a expliqué l'importance qu'il lui attache : « Une porte a livré passage à tous les malheurs qui frappèrent la France à travers son Histoire ; c'est la porte par où avaient   fui   les   enseignements du passé ». Et déjà sous l'auteur des écrits de cette période perce l'historien de La France et son année. Mais ses préoccupations embrassent également les problématiques du temps présent : les rapports des pouvoirs politique et militaire retiennent son attention ; reprenant le concept de « guerre totale », de Gaulle lie la victoire des armes à la mobilisation économique. Mais ce n'est pas seulement de sa formation qu'il s'agit. Charles de Gaulle dresse aussi le portrait des responsables militaires dont la France aura besoin pour relever le défi des crises à venir. Homme de caractère, utilisant l'arme du prestige, celui-ci récuse les a priori et se plie aux circonstances pour mieux les dominer. Rejetant le système, il privilégie la méthode. Pour de Gaulle, ces années couvrent l'arc qui conduit de la formation à la maturité. Le stratège est prêt à entrer en scène.