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Une famille du Nord


La famille de Gaulle et la famille Maillot

Les Mac Carthan
Les grands-parents de Charles de Gaulle avaient tous deux des ascendances étrangères. Leurs aïeux se sont fixés en France à partir du milieu du 18ème siècle.
Né à Lille, Jules-Emile Maillot a des origines allemandes par la famille Kolb, native du grand duché de Bade.
Julia Delannoy-Maillot avait des origines irlandaises par les Mac Carthan.

Les grands-parents de Charles de Gaulle

Les grands parents paternels du Général sont deux lettrés :
Julien-Philippe De Gaulle, chartiste, est l'auteur de plusieurs ouvrages historiques tels "Histoire de Paris et de ses environs" (1841) et une "Vie de Saint Louis".
Il est aussi collaborateur au " Journal des savants ".
Quant à son épouse Joséphine, née Maillot, et donc cousine de Julia la future "veuve Maillot", c'est un écrivain très productif puisque les titres de son œuvre occupent 8 pages du catalogue de la Bibliothèque nationale. Il s'agit de romans, de biographies ou guides dont notamment l'"Itinéraire des chemins de fer du Nord".
Les grands parents paternels sont des intellectuels et leur vie matérielle n'en est pas facilitée pour autant. Leur fils Henri, admissible à Polytechnique, y renoncera pour subvenir aux besoins de la famille.


Les grands-parents Maillot
Avant son mariage,  Jules-Emile Maillot étudia en Angleterre la fabrication du tulle, alors inconnu en France. Il créa à Lille la première usine de ce nouveau procédé avec succès et  obtient en 1878, un prix lors de l'Exposition universelle. Jules-Emile Maillot épousa Julia Delannoy en 1858. Ils eurent cinq enfants dont Jeanne, la mère de Charles de Gaulle.
Julia, la grand-mère fut le personnage emblématique de la demeure. Femme pieuse ayant un sentiment absolu du devoir et de la famille, elle éleva ses filles de manière austère. Si austère que la danse et le théâtre étaient exclus de leur distraction. Pour Julia, les arts devaient essentiellement mener à Dieu.
L'instruction de ses quatre filles était faite par une institutrice à domicile, ce qui témoigne des conditions aisées de la famille Maillot.
Cependant, les Maillot n'eurent pas ce goût du luxe qu'affichait la grande bourgeoisie industrielle émergeant à cette époque.

Les parents de Gaulle
Henri de Gaulle est né le 22 novembre 1848 à Paris. Après avoir passé des licences de droit et de lettres, il entre à partir de 1884 dans l'enseignement privé, comme préfet des études dans un collège de jésuites, rue Vaugirard à Paris. Le jeune Charles fut l'un de ses élèves, mais aussi Georges Bernanos, Marcel Prévost et les futurs généraux De Lattre de Tassigny et Leclerc.
En 1905, quand la loi interdit aux congrégations d'enseigner, il fonde un cours libre secondaire : l'école " Louis de Fontanes ".
Comme son père, Henri décide de prendre femme dans sa famille nordiste, les cousins Maillot. Il jette son dévolu sur Jeanne, l'une des quatre filles de l'oncle Jules-Emile. Petite aux yeux noirs, elle avait toutes les qualités d'une jeune fille de bonne famille, le goût de la religion en plus. D'un patriotisme à toute épreuve, qu'elle transmettra à ses fils, elle leur reprochait pourtant d'être républicains.
Bien que très attachés au catholicisme et à l'institution monarchiste (Henri de Gaulle lit l'Action Française), les parents de Charles de Gaulle se démarquent de la norme : lors de l'affaire Dreyfus, Henri de Gaulle exprime des opinions favorables au capitaine Dreyfus.


Souvenirs d'enfance
Cette maison, Charles ne fit-il qu'y naître ?
En fait, si la famille de Gaulle habitaient Paris, ils restaient néanmoins très attachés au Nord : Charles, "le petit Lillois de Paris", retournerait très fréquemment à Lille, ne fut-ce que pendant les vacances, à l'occasion des fêtes, le dimanche parfois et toujours lors de la foire ainsi qu'à la Saint-Nicolas. Les cousins, oncles et tantes Maillot et de Corbie se réunissaient lors de ces occasions.
Saint-Nicolas était, par ailleurs, fêté à Lille en tant que saint patron des dentellières, tous les 13 mai. Une messe était alors donnée en son honneur, le jour de la Fête du Broquelet. C'est cette Saint-Nicolas - et les cadeaux offerts aux enfants le 6 décembre - qui a contribué à renforcer l'impression d'appartenance nordiste des De Gaulle. Uniforme vendu à l'occasion de la Saint-Nicolas On imagine en effet l'impact sur ces petits Parisiens qui, chaque fin d'année, recevaient leurs cadeaux vingt jours plus tôt que leurs camarades et n'avaient à Noël qu'une crammick (une brioche au sucre et au raisin en forme de Jésus). À cette occasion, on se déplaçait à Lille, chez la grand-mère Maillot, pour voir ce que Saint-Nicolas avait apporté aux enfants sages… Sages ? Pas toujours si l'on en croit cette anecdote qui veut que Charles, alors âgé de 5 ans, fût puni pour avoir tourmenté son petit frère Jacques, et n'ait pas reçu le cheval-jupon demandé.
Enfant, Charles de Gaulle allait séjourner à Lille chez sa grand-mère pendant l'hiver 1896-1897 afin d'éviter l'épidémie de scarlatine qui toucha ses trois frères. Il fut pour peu de temps élève de Notre Dame de la Sagesse, Place aux Bleuets, non loin du quartier Saint-André.
À la fin de 1908 eut lieu la retraite annuelle, à Notre Dame du Hautmont à Mouvaux, du 21 au 25 Mai. Pour la terminer, c'est l'élève le plus brillant que l'on désigne pour remercier le prédicateur. Charles fut choisi. Il prononça la phrase suivante qui semble prophétique : "On reproche aux élèves des Jésuites de ne pas avoir de personnalité ; nous saurons prouver qu'il n'en est rien". Un temps d'arrêt, puis "Et quant à l'avenir, il sera grand, car il sera pétri de nos œuvres".

Suite à la séparation de l'Eglise et de l'Etat en 1905, il continua sa scolarité chez les jésuites en 1907-1908 à Antoing près de Tournai. Durant cette période il rendait visite régulièrement à sa grand-mère.
D'autres lieux de la région Nord étaient très appréciés par Charles de Gaulle, en particulier les plages du Pas-de-Calais à Malo et Wimereux pendant les vacances d'été. À Wimille, dans la commune de Wimereux, Jules-Emile Maillot avait fait construire une villa où les familles de Gaulle et Maillot se retrouvaient.
C'est à Arras, au 33ème Régiment d'Infanterie que Charles de Gaulle, fraîchement entré à Saint-Cyr, décide de faire son service militaire. C'est aussi dans ce régiment qu'il choisit de retourner à la sortie de la prestigieuse école d'officier.
Lorsque Charles écrit à sa mère : "vous savez ce que je souhaite que cette année m'apporte à moi-même : une famille et, dans la tranquillité d'un amour profond et sanctifié, le pouvoir de donner à quelqu'un d'autre tout le bonheur qu'un homme peut donner", il ne pense pas encore à la calaisienne Yvonne Vandroux qu'il épousera en l'église Notre-Dame-de-Calais le 7 avril 1921.
Pour Charles de Gaulle, devenu "le Général", la maison natale est restée très imprégnée dans ses souvenirs d'enfance et constitue les meilleurs moments de sa vie.
"Avec l'âge, confia-t-il à l'un de ses proches, ce sont les souvenirs d'enfance qui prédominent…ceux de la rue princesse à Lille, où, je suis né. Mais je sais que je n'y retournerai jamais"
 

 

Une maison lilloise

1872 - 1912 une maison bourgeoise dans un quartier populaire
La Maison à la fin du 19ème siècle


Si la maison natale est révélatrice de l'appartenance des grands-parents à la bourgeoisie moyenne, il en était autrement pour le quartier à la fin du 19ème siècle.
Àl'époque de l'enfance de Charles de Gaulle, c'est un quartier populaire très animé avec ses entrepôts, ses abattoirs et l'activité générée par le canal de la Basse-Deûle, tracé de l'actuelle avenue du Peuple Belge.
Dans la rue Princesse, de nombreux commerces et entreprises artisanales étaient présents. Un cordonnier, un filateur de coton, un coiffeur, un marchand de légumes côtoyaient les habitations résidentielles.
La rue Princesse dépendait de la paroisse et de son édifice, l'église Saint-André. De style jésuite, l'église Saint-André fut élevée dans la rue Royale de 1701 à 1758 sous Louis XIV.
Elle fut le témoin de plusieurs événements relatifs à la famille Maillot :
- Henri de Gaulle et Jeanne Maillot s'y marièrent en 1886,
- Charles de Gaulle y fut baptisé le jour même de sa naissance, comme il était de coutume.


La propriété
La propriété acquise, en 1872, par les grands parents maternels du Général, se compose de deux grands ensembles
1. Un ensemble en cœur d'îlot comportant une maison, une fabrique de tulle, des ateliers et une salle des machines. Jusqu'au milieu du XXème siècle, on y accède par un passage ouvert situé au n°11, rue Princesse, marqué aujourd'hui par une porte cochère.
2. Un immeuble situé 9, rue Princesse, dans lequel s'installe la famille Maillot-Delannoy.

En 1889, en raison de difficultés financières, la fabrique de tulle, est cédée aux établissements Rossignol et Hamelin qui la transfère à Cambrai. Les anciens ateliers sont démolis vers 1893-1894 et les terrains vendus.
Ainsi, Charles de Gaulle n'a connu comme espace de jeu que le jardin du 9 rue Princesse.

La vie quotidienne au temps de la veuve Maillot
Le contexte historique

Chez les De Gaulle, comme chez les Maillot, on admirait l'armée. Dans sa Campagne d'Allemagne, sorte de rédaction fantaisiste qu'il écrit quand il a quatorze ans, Charles de Gaulle, à la tête d'une armée française de soldats de plombs, est déjà le général de Gaulle.

Outre cette envie d'en découdre avec l'ennemi allemand, l'une des préoccupations de ce début de siècle reste la loi de 1905, celle de la Séparation de l'Eglise et de l'Etat, qui obligea le jeune Charles, ainsi que son frère Jacques, à "émigrer" en Belgique, à Antoing, pour bénéficier, malgré tout, de l'enseignement des Jésuites.
Mais, lorsque survient l'"Affaire" Dreyfus, dans cette famille bourgeoise très catholique, on ne croit pas vraiment à la culpabilité du capitaine convaincu de trahison : l'innocence d'un homme vaut plus que la raison d'Etat et l'armée. Quitte à s'attirer des inimitiés, on pense avec liberté et on assume ses idées et ses choix.

 

Les témoignages


À la mort de Jules-Emile Maillot en 1891, Julia resta dans la partie gauche de la demeure jusqu'en 1912, année de son décès. Tout au long de l'enfance de Charles, elle continua à recevoir la Famille de Gaulle. De nombreux témoignages sur la maison natale, au temps de l'enfance de Charles de Gaulle, existent. Ils évoquent l'ambiance qui pouvait régner au temps de madame veuve Maillot.

 

Marie-Thérèse de Corbie :
"Le fait que la plupart des pièces de la maison n'avaient pas vue sur l'extérieur contribuait sans doute à donner à cette demeure - qui n'avait déjà rien de luxueux - ce caractère de sévérité. L'agitation du monde et de la rue ne franchissait pas les murs."

Patrick Jaspard décrivant la maison selon les témoignages :
"Un rien d'austérité, beaucoup de sérénité, un merveilleux esprit de famille."

 

Marie-Thérèse de Corbie :
"Les domestiques (une cuisinière et une femme de chambre) logeaient dans le grenier qui n'était que très peu aménagé. Pour accéder à ce grenier et aller se coucher, les domestiques devaient emprunter l'escalier de service situé derrière la salle à manger."
 

Marie-Thérèse de Corbie :
"Les enfants n'étaient admis dans les salons des grands-parents que pour les grandes occasions, par exemple quand ils devaient réciter leurs compliments devant parents et grand-parents, pénible corvée... Devant réciter un poème devant sa grand-mère Maillot, mon père (Jean de Corbie), intimidé, renâclait un peu."
 

Marie-Thérèse de Corbie :
"Dans la maison de la rue Princesse, le "Royaume" des enfants était la salle de jeu, pièce d'aspect vieillot, située à l'extrémité de l'aile droite de la maison à la suite de la buanderie, et sur le vieux plancher de laquelle les enfants s'amusaient"

Marie-Lucie Maillot :
"Parties de cache-cache, simulacres de bataille, pièces de théâtre dont les enfants étaient à la fois auteurs et acteurs, lectures occupaient une partie du temps."
"Papa (Jules Maillot) parlait quelquefois des batailles avec Charles de Gaulle qu'il faisait avec des petits soldats...il (Charles de Gaulle) voulait toujours gagner."
 

Marie-Thérèse de Corbie :
"Une pelouse principale allait presque jusqu'à l'entrée de la cour et jusqu'au mur du fond elle était séparée par une allée qui faisait le tour. Parmi les quelques arbres, il y avait un grand tilleul sur la bordure gauche de la pelouse vue de la cour. Une seconde pelouse plus petite se trouvait devant la véranda de la maison"
"Le kiosque était de nature à amuser des enfants qui devaient avoir, comme moi, plaisir à s'y réfugier de même que dans la pièce dans le fond du jardin."
"La claire véranda meublée très simplement, était, pour d'autres raisons, un lieu favori. Je m'y tenais parfois en compagnie de ma grand-mère qui me lisait des albums ou me racontait des histoires."


Les héritiers
Gustave de Corbie

À la mort de la veuve Maillot, la demeure échoit à Gustave de Corbie, parrain de Charles de Gaulle. Déjà installés dans la partie droite, les époux de Corbie récupèrent la totalité de la demeure.
La partie droite sera occupée par leur fils Jean de Corbie de 1922 à 1929.
Ensuite, sa fille Marguerite et son époux Pierre Jaspard s'y installent entre 1929 à 1940. Ayant de nombreux enfants, ils s'attachèrent à en faire un lieu plus vivant et fonctionnel qu'auparavant. Ainsi, le chauffage central et l'électricité ne furent installés qu'à partir de leur emménagement.
Pendant la seconde guerre mondiale, Lille est annexée à l'Allemagne. La maison est occupée par l'armée allemande.
En 1948, à la mort de Gustave de Corbie, la partie gauche de la maison est vendue à Mademoiselle Wouters.
Entre 1948 et 1971, La partie droite est occupée par une entreprise de travaux. Elle fit édifier des hangars dans la cour. Le jardin a été transformé en une cour pavée... Le temps des jeux est désormais révolu.
En 1967, la demeure est acquise par une association d'amis du Général de Gaulle. Elle est ensuite léguée à l'Institut Charles de Gaulle.


La Maison natale demain
La Maison natale jusqu'à aujourd'hui

Depuis 1983, la "maison-musée" est ouverte partiellement au public et gérée par l'Institut Charles de Gaulle. Le mobilier que connut Charles de Gaulle a disparu à part quelques pièces provenant de la famille de Corbie.
Classée monument historique en 1990, la maison natale est aujourd'hui la propriété de la Fondation Charles de Gaulle. L'accès au public est organisé depuis 1983 grâce à une souscription régionale qui a permis sa rénovation.
La première étape de ce projet s'est achevée le 22 novembre 1995, avec la présentation au public de la partie logis, d'importants travaux de décoration et l'acquisition de nombreux meubles et bibelots ont permis de reconstituer, après une enquête historique menée auprès des membres de la famille, l'ambiance qui pouvait régner dans la demeure à l'époque de la naissance de Charles de Gaulle.


De nombreux souvenirs familiaux et objets personnels sont exposés. Actuellement, les anciens ateliers accueillent une exposition photographique retraçant la vie du général de Gaulle et des expositions temporaires sur certains aspects de l'oeuvre du chef de la France libre et du fondateur de la Vème République.