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Lettres au colonel Emile Mayer (1925-1938)


 

Polytechnicien artilleur, le colonel Emile Mayer (1850-1938) a été, par ses nombreux écrits dans des journaux et revues divers, un de nos plus éminents critiques militaires. Il prit en grande considération les théories de Charles de Gaulle sur l'armée motorisée et les grandes unités autonomes. De nombreuses correspondances ont été échangées entre les deux officiers et Jacques Milloux a pu se procurer la copie d'un certain nombre d'entre elles. La revue Espoir remercie l'amiral de Gaulle de l'avoir autorisée à publier les textes de ces lettres.

 

 

MARS 1925

 

Mayence, 23 mars 1925

 

Mon Colonel,


Permettez-moi tout d'abord de vous remercier de l'appréciation que vous avez bien voulu porter sur l'article de la Revue Militaire Française où j'ai tenté, dans la mesure modeste de mes moyens, d'appeler l'attention des esprits réfléchis sur des exagérations naissantes de doctrine. J'aurais répondu plus tôt à votre bienveillante missive si vous n'en aviez pas annoncé une suite que j'attendais et que je viens de recevoir.


Je connaissais, mon Colonel, le cours actuel de votre pensée, pour en avoir lu l'expression dans « Armée et Démocrtie ». On ne peut que rendre une fois de plus à sa solidité et à sa hardiesse l'hommage qu'elles méritent. Vous pensez et exprimez admirablement, dans l'ordre militaire, cette remise en question de toutes notions et de tous principes, cette inquiétude générale qui est le propre de notre époque en toutes matières et qui préoccupent aussi bien les économistes que les politiques, aussi bien Trotzky que le Père Sanson, prédicateur à Notre-Dame. Peut-être en effet, sans doute même, sommes-nous plongés dans la nuit qui précède l'aurore d'un monde nouveau, à la fin en tout cas de celui que nous avons connu.

Cependant, il faut vivre, et il est bien probable que pour vivre il faudra quelque jour combattre, c'est-à-dire affronter en troupe les armes de l'ennemi et lui faire sentir la vigueur des nôtres. Pour ma part, je ne renonce pas à m'y préparer.


Je vous prie de bien vouloir agréer, mon Colonel, l'assurance de mes respectueux et reconnaissants sentiments.


C. de Gaulle

 

 

 

JANVIER 1927

 
Paris, le 21 janvier 1927



Mon Colonel,

Les félicitations que vous avez bien voulu m'adresser m'ont été profondément sensibles. Il est, en effet, doux d'« avancer ». Mais la « question » est ailleurs, il s'agit de « marquer ». Je suis certain d'avoir votre approbation sur ce point.


Je suis tout à fait confus de m'être laissé devancer par vos voeux, mon Colonel. La vérité est que je me proposais d'aller vous les présenter très prochainement, tels qu'ils sont, je veux dire très respectueux et sincères. Mais j'ai souffert depuis six mois d'une extinction de voix très pénible et qui se remet seulement.

Tout effort de conversation me devenait insupportable, et j'aurais très particulièrement souffert de cette infirmité auprès de vous qui provoquez si bien les idées à s'exprimer de gré ou de force. Cela va mieux, à présent, et je compte aller un prochain dimanche à votre bienveillante et intéressante réunion.


Je vous prie de bien vouloir accepter, mon Colonel, l'assurance de mon profond et respectueux dévouement.


C. de Gaulle

 

 

 

DÉCEMBRE 1928

 


S.P. 22. le 21 décembre 1928


Mon Colonel,


Je vous remercie très vivement de l'envoi du livre Trois Maréchaux que j'ai lu d'une traite avec le plus grand intérêt car il est très intéressant. Cela est plein d'idées, d'originalité, c'est de bonne critique et bien écrit. Peut-être ceux qui, comme moi, vous aiment et en certains points vous admirent vont-ils regretter que vous ayez dédaigné de mettre d'abord en lumière ce que vos trois personnages ont eu de grand. Il est vrai que je juge en homme d'action et que vous ne croyez pas qu'il soit désormais utile de refaire des hommes de guerre, puisque la guerre, telle qu'elle fut comprise depuis tant de siècles qu'il y a des guerriers, n'aura plus jamais lieu selon vous. Mais vous savez, mon Colonel, que je ne partage pas votre opinion à ce sujet.

Je suis donc enclin à voir les grands hommes de guerre, et même les plus récents, comme des exemples plutôt que comme des objets de dissection. Qui donc a raison ? Personne ? Ou sans doute tout le monde, suivant Luigi Pirandello.


L'armée du Rhin n'en a plus pour longtemps. La force des choses abat ce qui demeure en Europe de barrières communes et provisoires. Il faut être convaincu que l'Anschluss est proche, puis la reprise par l'Allemagne, de force ou de gré, de ce qui lui a été arraché au profit de la Pologne. Après quoi on nous réclamera l'Alsace. Cela me paraît écrit dans le ciel.


J'espère, mon Colonel, que votre santé est bonne dans cet hiver, ici assez rigoureux. Que devient Nachin ?


Je vous prie de bien vouloir accepter, mon Colonel, l'assurance de mon profond et respectueux dévouement.


C. de Gaulle

 

 

 

AVRIL 1930

 

S. P. 601, le 24 avril 1930


Mon Colonel,


Je reçois votre livre que je vous remercie vivement et respectueusement de m'avoir envoyé. Je viens de le lire d'une traite. Il est tout à fait « vous », je veux dire plein d'idées, original, et rempli de cette passion faite à la fois de désir du mieux et du goût de détruire. Je le relirai ces jours prochains car il y a beaucoup à y puiser pour soi-même et pour les autres et je vous en écrirai ensuite plus longuement.


Votre pensée m'a ému et m'a aussi fait un peu honte de mon inexcusable négligence. Ayant littéralement bondi de Trêves à Beyrouth, je n'ai pu aller vous saluer avant mon départ et, depuis, la vie nouvelle et les horizons très différents me font oublier mes devoirs.


Laissez-moi vous dire, mon Colonel, que je vous suis et vous demeure très sincèrement attaché et reconnaissant.


Vraiment comment ne pas croire à l'armée quand on la voit achever l'Empire ? Est-ce un bien de devenir un empire ? ceci est une autre histoire.


Je vous prie d'accepter, mon Colonel, l'assurance de mon respectueux et profond dévouement.


C. de Gaulle

 

 

 

JUIN 1930
 

Beyrouth, 30 juin 1930
 

Mon Colonel,
 

Oui, votre livre est d'un puissant intérêt. Que d'idées partout répandues et que de souvenirs poignants ! On l'a beaucoup goûté ici.


Pour moi qui ai l'honneur et l'avantage de vous connaître un peu j'ai trouvé que ce livre était bien vous-même. Je veux dire qu'à tant de qualités il mêle cette inquiétude du jugement, cette âpreté dans la critique, ce goût d'abattre qui vous sont propres. Je n'ajouterai point que je le regrette car cette tournure de votre esprit lui est essentielle. Et, en admettant, par incroyable, que vous prétendiez un jour la changer, ce serait sans aucun doute au détriment du reste. Un écrivain aussi est un bloc », à plus forte raison un penseur. Il faut le prendre comme il est. Pour ma part, je vous prends tel quel, je fais mon profit de vous, mais pour la même raison je ne tâcherai pas de vous imiter.


Le Levant est un carrefour où tout passe : religions, armées, empires, marchandises, sans que rien ne bouge. Voilà dix ans que nous y sommes. Mon impression est que nous n'y « pénétrons » guère, et que les gens nous sont aussi étrangers et réciproquement qu'ils le furent jamais. Il est vrai que pour agir nous avons adopté le pire système dans ce pays à savoir d'inciter les gens à se lever d'eux-mêmes quitte à les y encourager, alors qu'on n'a jamais rien réalisé ici, ni les canaux du Nil, ni l'aqueduc de Palmyre, ni une route romaine, ni une oliveraie, sans la contrainte. Pour moi notre destin sera d'en arriver là ou bien de partir d'ici. Les sceptiques ajouteraient une troisième solution, à savoir que durent les tâtonnements d'aujourd'hui, puisqu'ici le temps ne compte pas et que les systèmes comme le ponts et comme les maisons trouvent facilement moyen de rester des siècles en porte-à-faux.


Il y a un homme, et je crois un seul, qui comprenait bien la Syrie et savait y faire c'était le Colonel Catroux. C'est pourquoi il est parti.


Je vous enverrai prochainement, mon Colonel, une étude sur le Caractère que la Revue militaire va publier sous ma signature. J'en ai entrepris une autre sur le Prestige. Il faut faire son sillon. Mais à quoi bon tout cela ? J'espère que vous avez reçu les mémoires du Journal du Levant. Je n'ai pu en avoir que deux. Rien n'est malaisé comme de communiquer de Beyrouth avec Smyrne.


Je vous prie de bien vouloir accepter, mon Colonel, avec mes remerciements renouvelés pour l'envoi de votre livre, l'assurance de mon respectueux et fidèle dévouement.


C. de Gaulle

 

 

 

JANVIER 1931

 


S.P. 601, le 2 janvier 1931


Mon Colonel,


Je suis confus d'être aussi en retard pour vous adresser mes voeux de bonne année ! Voulez-vous les accepter, néanmoins, tels qu'ils sont, je veux dire les plus sincères et respectueux.


Le Levant est toujours calme, si l'on peut qualifier ainsi l'état d'excitation perpétuelle des esprits orientaux quand il n'a pas de conséquences sanglantes immédiatement. Il se trouve ici des populations qui n'ont jamais été satisfaites de rien ni de personne mais qui se soumettent à la volonté du plus fort pour peu qu'il
l'exprime et une puissance mandataire qui n'a pas encore bien vu par quel bout il convenait de prendre son mandat. Cela fait une incertitude chronique, laquelle se retrouve, d'ailleurs, dans tout l'Orient. Le fond de l'affaire est, à mon avis, qu'il est vain de prétendre appliquer au monde du Levant les principes libéraux et démocratiques dont l'Occident a pu s'accommoder, auquel d'ailleurs le goût que nous avons du principe, du système, de l'allégorie donne ici des résultats bizarres. Nous savions bien.


L'année 1931 verra mon retour en France et, sans doute, à Paris. Je me réjouis, mon Colonel, d'avoir... (1) l'honneur de vous revoir et le plaisir (sans parler du bénéfice) de vous écouter.


Je vous prie de bien vouloir accepter, mon Colonel, l'assurance de mon respectueux et reconnaissant dévouement.


C. de Gaulle

 

 

 

MARS 1933


(Paris) 6 mars 1933

 

Mon Colonel,


Les examens des E.O.R. de Saint-Cyr commencent demain. C'est le Lt-Colonel Hassler (du 5e RI) qui préside la commission et je lui écris pour attirer son attention sur le jeune Cambas.


Je vous remercie vivement, mon Colonel, de m'adresser la Griffe où il y a souvent des choses intéressantes ce qui fait une bonne moyenne. Qui est le Colonel...?


En attendant l'honneur de vous revoir, je vous prie de bien vouloir accepter, mon Colonel, l'assurance de mon respectueux dévouement.


C. de Gaulle
 

 

 

AOUT 1933

 


Paris, le 11 août 1933

 

Mon Colonel,


J'apprends avec la plus vive émotion la nouvelle du grand chagrin qui vient de vous frapper. J'y prends une. part très profonde, sachant et mesurant tout ce que cette séparation a pour vous de cruel et qui s'ajoute à tant d'autres deuils. Hélas ! je ne sais que trop que tous les témoignages de la plus respectueuse sympathie ne sont point des consolations. Puissent-ils au moins servir d'adoucissements.


J'ai su d'autre part qu'à peine frappé par la mort de Madame Emile Mayer, vous avez eu, mon Colonel, de grandes inquiétudes quant à la santé de votre gendre. J'espère que vous en avez des nouvelles décidément bonnes.


Je compte aller Dimanche matin tenter de vous voir chez vous, mon Colonel. Si cela devait le moins du monde vous déranger vous aurez la bonté de me le faire dire tout simplement à votre porte.


Je vous prie de bien vouloir accepter, mon Colonel, l'assurance de la très vraie peine que me cause votre chagrin et tout mon dévouement le plus respectueux et sincère.


C. de Gaulle

 

 

 

 

OCTOBRE 1934 


Paris, le 15 octobre 1934

 

Mon Colonel,


Rien ne me montre, mieux que votre article dans Notre Temps, à la fois votre bienveillance pour ma personne et votre réprobation à l'égard de mes idées. Je vous remercie très vivement de l'une, mais je me résigne mal à l'autre...


1/ Le jour où les Allemands voudraient faire l'Anschluss par la force ; est-il certain qu'ils entreprendraient de détruire les populations françaises par la guerre aérochimique ? Mais, si nous avions de quoi occuper Trêves tandis qu'ils iraient à Vienne, ne croyez-vous pas à l'importance d'une armée de terre rapide (...) ?

2/ Pour dangereux, voire décisifs, que puissent être à tels ou tels moments les bombardements aériens, au nom de quoi devons-nous penser qu'ils abolissent ipso facto toutes les autres formes d'action guerrière ? L'empoisonnement des sources, le feu grégeois, le blocus, etc. ont, à d'autres époques, pu nourrir des opinions également exclusives. Et cependant !

3/ J'ai combattu au milieu de gens du Nord et du Pas-de-Calais qui savaient leurs biens détruits ou compromis, leurs familles opprimées, je n'ai pas constaté du tout que ces angoisses ou ce désespoir aient diminué leur valeur guerrière. Pourquoi donc des bombes sur Paris, des massacres à Lyon, des asphyxies à Marseille empêcheraient-ils les troupes de choc de courir vers les terrains de base de l'adversaire pour les occuper ?


A bientôt, mon Colonel, l'honneur de tous revoir et veuillez bien, en attendant, accepter l'assurance de mon très respectueux et reconnaissant dévouement.

 

C. de Gaulle

 

 

 

MARS 1935


Paris, le 2 mars 1935

 

Mon Colonel,


Ma mère, souffrante, m'ayant demandé d'aller la voir, je pars tout à l'heure pour Ste Adresse. Je ne pourrai donc — et en suis désolé — venir demain chez vous. Ayez la bonté de m'en excuser. J'aurais, pourtant, bien des choses à vous dire. L'Echo de Paris est prévenu pour le numéro du 27 janvier 1914. J'espère vous l'adresser bientôt.


Veuillez accepter, mon Colonel, avec toutes mes excuses, l'assurance de mon très respectueux et profond dévouement.


C. de Gaulle

 

 

 

 

AVRIL 1936



Colombey-les-Eglises (Hte Marne), 10 avril 1936


Mon Colonel,


Du fond de la campagne, où je tâche de me reposer, je vous adresse mon respectueux souvenir. J'espère que votre santé est tout à fait remise et que vous avez recouvré cette agilité du corps qui, presque autant que celle de votre esprit, me remplit d'admiration.


Je compte rentrer à Paris Mercredi prochain et vous téléphoner aussitôt.


Je vous prie d'accepter, mon Colonel, l'assurance de mon très profond et respectueux dévouement.


C. de Gaulle

 

 

 

AOUT 1936



Colombey-les-Deux-Eglises (Hte Marne) 5-8-36


Mon Colonel,


Votre lettre me rejoint ici et porte au plus haut degré ma confusion de ne pas vous avoir encore donné signe de vie. Je n'ai fait que traverser Paris après le voyage des Alpes et je suis incontinent venu m'isoler ici pour le mois d'août. Je vois que vous attendez les vacances parlementaires et, sans doute aussi, les changements de personnel annoncés dans les grands corps de l'Etat, pour vous rendre à Hossegor avec les vôtres. Quand vous irez, je souhaite que vous trouviez là-bas un temps plus favorable que celui que nous avons et qui me bloque pour le moment dans ma bicoque de Haute-Marne, tête-à-tête avec le dernier (et le plus difficile) chapitre de mon prochain bouquin sur La France et son armée. (Douze siècles en trois cents pages !)


Je ne doute pas que M. GrunebaumBallin trouve grand intérêt dans des rapports avec M. Paul Reynaud. La réciprque sera tout aussi vraie. M. Paul Reynaud, que je connais bien, pour les raisons que vous savez, et qui m'honore de son amitié, est, de toutes pièces, un homme d'Etat ». Il me paraît certain que sa clairvoyance, son courage et son talent auront leur tour et qu'il sera, peut-être prochainement (ceci sans malveillance pour M. Blum, adversaire du Corps Spécialisé) appelé à diriger les affaires de la France.


Au revoir, mon Colonel. Merci de m'avoir adressé la coupure mi-figue mi-raisin de ce pauvre Bourget sur mon premier ouvrage. Je vous prie d'accepter l'assurance de mon très respectueux et profond dévouement.


C. de Gaulle

 

 

 

JUIN 1938


Metz, le 13 juin 1938

 

Mon Colonel,


Voici pas mal de temps déjà que je n'ai eu l'honneur de vous voir. J'espère que vous allez bien ; votre dernière lettre me le donne à penser, car je vous y vois optimiste, voire ironique, ce qui n'est pas le propre des mal portants.


Un chef de corps est tout bonnement un personnage qui use son temps et ses moyens à lutter contre le commandement tout au long de la voie hiérarchique et jusqu'au ministre inclus, pour tâcher de préserver ses effectifs, son matériel, ses cadres et sa propre bonne volonté, contre le tumulte des ordres, circulaires, prescriptions, règlements, généralement absurdes et toujours contradictoires, qui auraient tôt fait de réduire à rien les diverses cellules


de l'armée si, d'aventure, on les appliquait. Fort heureusement, on ne les applique pas, quitte à sauvegarder les apparences au moyen de comptes rendus. Au reste, tout le monde, à commencer par les échelons qui prescrivent et réglementent, sait ce qu'il en est en réalité. Gobineau disait environ ceci : « Poser des règles, n'y pas croire, mais en prescrire l'application sans ignorer qu'elles seront lettre morte, telle est la philosophie de notre temps ». Ceci est profondément vrai.


Cependant, tout va très bien, et je suis très convaincu que de l'autre côté de notre frontière de l'Est il en est sensiblement de même.


Au revoir et, j'espère, à bientôt, mon Colonel. Je vous prie d'accepter l'expression de mes sentiments les plus respectueusement et fidèlement dévoués.


C. de Gaulle

 

 

 

MAI 19??


Paris, 31 mai (*)

 

Mon Colonel,


J'ai oublié, hier, de vous donner le renseignement que vous m'aviez demandé l'autre jour. Le ministre de Suisse à Paris est M. Dunant.


Je n'ai encore rien vu pour la fameuse mise en train que vous savez. Je crois que c'est urgent et important.
Voulez-vous accepter, mon Colonel, l'assurance de mon profond et respectueux dévouement ?


C. de Gaulle