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Le général d'armée aérienne Martial Valin


Romain Gary

Le général d'armée aérienne Martial Valin (1), Espoir n°129, janvier 2002

 

L'homme qui donna ses ailes à l'aviation de la France libre, le fondateur des groupes de chasse et de bombardement « Alsace », « Lorraine », « Ile de France », « Bretagne », « Artois », « Picardie » et « Normandie-Niemen » - le général qui avait pris part aux missions les plus périlleuses du groupe « Lorraine » - le 5 août 1944, notamment, lorsque le tiers de nos appareils avaient été abattus - celui qui avait fait briller la Croix de Lorraine de nos avions dans les ciels d'Angleterre, de Koufra, d'Abyssinie, de Libye, de Russie et dans les feux croisés des projecteurs au- dessus des villes allemandes - déjà cité pour sa bravoure lors de la sanglante offensive du Chemin des Dames en 1918 et blessé en mission aérienne pendant la campagne de 1939- celui qui avait mené une des dernières reconnaissance de cavalerie de 1918 et qui était revenu de mission en 1939 avec des centaines d'éclats dans son avion - celui qui avait passé un demi- siècle au service actif de la France, des tranchées de 14-18 aux combats aériens au-dessus des lignes Maginot et Sigfried en 1940 - combats du Levant, la guerre du Rif et, trente-cinq ans après, celle d'Indochine... Je m'arrête. Ces lignes ne seront lues que par ceux de la France libre : je ne leur apprends donc rien.

 

J'ignorais pourtant moi-même que ce fut Martial Valin qui forma, dès 1941, les parachutistes devenus illustres sous les commandements de Bergé, de Bourgoin, d'abord en Libye et en Crête, ensuite en Bretagne à l'heure du débarquement.

 

Dès le ralliement de l'Afrique du Nord, ce fut Martial Valin qui obtint des Anglais la formation des escadres de bombardement « lourdes » qui se mêlèrent aux armadas britanniques dans la nuit allemande.

 

Et ce grand chef de l'armée de l'Air redevint « biffin » pour entrer à Paris, en 1944, aux côtés du général Leclerc, par la Porte d'Orléans, à la tête de mille maquisards.

 

On doit à sa mémoire - et à l'histoire - de rappeler qu'il s'était opposé en vain au plan fatal de l'opération Dien Bien Phu...

 

Au moment de son maintien à vie dans l'armée de l'Air, le 27 avril 1954, le général de Gaulle écrivit ces quelques mots :


« Le général Valin a exercé les plus grands commandements et les plus lourdes fonctions qu'il était possible d'exercer au cours de la guerre récente, pour un officier général de l'armée de l'Air, compte tenu des circonstances nationales et militaires du moment ».


Qu'oserais-je ajouter ? Simplement ces quelques mots : l'homme était doux, souriant, d'une sublime délicatesse de cœur, jamais d'autre dureté que celle contre l'ennemi. Auprès de lui, une épouse dont la sollicitude et le dévouement ont dû être un des secrets, jusqu'au bout, de sa sérénité.


Adieu compagnon.

 

(1) Ce texte est extrait de la Revue de la France Libre, 1980, n°232