Dossiers thématiques

Le général Yves Ezanno


Le général Yves Ezanno (1), Espoir n°129, janvier 2002

 

Le général de corps aérien Yves Ezanno compte certainement parmi les grands héros qui ont écrit les plus belles pages de gloire de l'armée de l'Air. Né le 14 juillet 1912, sa jeunesse est marquée tout entière par la vocation de l'aviation. Alors que son père, inspecteur des PTT, le destine à une carrière juridique, il choisit, après son doctorat en droit, de faire son service militaire comme élève officier de réserve, dans l'espoir de devenir un jour pilote de chasse. En 1938, l'armée de l'Air souffre d'une pénurie de jeunes pilotes, il n'a donc aucun mal à rester en situation d'activité. Nommé lieutenant d'active en avril 1939, il passe son brevet de pilote en décembre, mais l'offensive du 10 mai 1940 le surprend alors qu'il n'a pas terminé sa formation. Replié avec son école à Royan, il vit douloureusement cette période : « On sentait qu'on était bons de guerre et on n'était pas affectés en unités combattantes... bons pour se battre et on ne nous utilisait pas ! ». Lorsque le maréchal Pétain déclare à la radio le 17 juin « qu'il faut cesser le combat », il prend immédiatement sa décision : « Etre obligé de se rendre sans s'être battus... de saluer les Allemands dans la rue ! Cela n'était pas pensable ». Avec quelques camarades, Preziosi, Soufflet, Moisan et Gaillet, ils partent le 17 juin au soir sur des Simoun qui disposent tout juste de l'autonomie nécessaire pour gagner l'Angleterre. Le commandant de la base tente de s'opposer à leur départ : « Il m'a supplié de ne pas partir et puis il a eu un mot qui m'a décidé définitivement : « Et mon état des effectifs modèle 22 ? Qu'est-ce que je dirai aux Allemands ?» - « Vous leur direz que nous sommes disparus en mer au cours d'une mission ». Et puis j'ai décollé. »

 

Affecté en Operational Training Unit n° 7, Yves Ezanno est volontaire pour partir en Afrique avec les premières unités des Forces françaises libres. Après l'échec de l'opération de Dakar qui lui laisse un souvenir  amer, le lieutenant débarque à Douala en octobre 1940. Il prend part aux opérations contre le Gabon, puis à la campagne du Fezzan en 1941 avec l'escadrille de bombardement n° 2. Après la campagne de Syrie, auquel il ne participe pas, il poursuit sa guerre au groupe « Lorraine » et combat sur Blenheim en Libye. Nommé capitaine en 1942, il demande à être affecté dans la chasse et commande l'escadrille « Strasbourg » du groupe « Alsace », avec laquelle il prend part à la troisième offensive britannique qui aboutit à la bataille d'El Alamein. 

 

Après cette victoire, on lui propose d'être affecté en URSS au groupe de chasse « Normandie », mais il souhaite combattre dans l'aviation d'assaut, il choisit donc de revenir en Angleterre. Après un passage au groupe « Lorraine », il est affecté en avril 1943 au Squadron 198 de la RAF sur Typhoon. Il participe ainsi à de nombreuses sorties contre des objectifs allemands situés en France, en Belgique et en Hollande, puis, à partir du début de l'année 1944, prend une part active dans la préparation du débarquement. Le 5 juin, il attaque le radar de Fécamp, puis vient le jour J : « Voilà la côte, les cuirassés tirent sur les dunes. Il y a une folle agitation près des plages, des éclatements rouges, de la fumée. Les défenses se dévoilent, mais le plafond baisse encore, pas de chasse allemande. Peu de Flak. Un miracle. Et soudain, l'objectif est devant nous, le beau château de la Meauffle, état-major du 4e corps d'armée allemand. Les douze avions se mettent en échelon refusé et, à moins de 300 mètres, tirent au but comme à l'entraînement et l'objectif se transforme en brasier sous l'impact de cent roquettes de 60 livres. On repasse au canon et on rentre ».

 

La guerre se poursuit avec les attaques de convois, de positions, de batteries, de points fortifiés, de blindés dans la bataille de Normandie, de péniches sur la Seine, puis le bombardement des ports du Pas-de- Calais, d'Anvers, de Breda, de Walcheren, au total 90 sorties sur Typhoon. Lors de la 90e, le 7 octobre 1944, il est touché par la Flak, au-dessus des lignes ennemies, mais réussit à poser son avion en flammes en territoire ami où il est récupéré grièvement blessé. Rétabli en février 1945, il est nommé lieutenant-colonel et prend le commande ment de l'école de chasse de Meknès.

 

Il poursuit ensuite une carrière brillante dans l'armée de l'Air. Au début de 1949, il est nommé inspecteur de l'aviation de chasse : c'est à lui que l'on doit la transformation de la chasse française sur avion à réaction. En 1951, il est le premier Français, avec le commandant Carpentier, à franchir le mur du son sur un Sabre à Famborough. Envoyé en mission en Indochine, puis en Corée, il est ensuite désigné de 1953 à 1957 comme premier chef des opérations de la 4th Allied Tactical Air Force en Allemagne, puis au SHAPE, pour préparer l'organisation de la défense aérienne en Europe avant de partir sur sa demande en Algérie. Alors général de brigade, il participe aux opérations aériennes dans le cadre du plan Challe. En 1960, il rejoint l'état-major des Forces aériennes alliées à Fontainebleau. Général de division en avril 1961, il est affecté à Washington, d'abord au groupe permanent du Pacte atlantique, puis comme conseiller militaire auprès de l'ambassade de France. Il est rappelé en France en 1963, nommé général de corps aérien, et de Gaulle lui confie le commandement de la défense aérienne, poste qu'il occupe jusqu'au 13 juillet 1967, date à laquelle il part à la retraite.

 

Le général Yves Ezanno est décédé le samedi 19 octobre 1996 .

 

(1) Ce texte, rédigé par le Service historique de l’armée de l’Air, est paru dans la Revue de la France Libre, n° 296, 4e trimestre 1996