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Shenbao, quotidien de Shangaï, 24 juin 1940 et 25 juin 1940


Shenbao, quotidien de Shangaï, 24 juin 1940 et 25 juin 1940, Espoir n°71, juin 1990

 

Après le 20 juin 1940, Shenbao (« Le quotidien de Shanghaï »), organe favorable aux nationalistes dirigés par Tchang Kai-Chek, résume l'appel du 18 juin 1940 à l'intention de ses lecteurs. Deux autres articles suivent les 24 et 25 juin, que nous reproduisons ci-dessous. Ils reprennent tout à la fois, en les synthétisant, des éléments des allocutions radiodiffusées du général de Gaulle, notamment celle du 22 juin, mais aussi des informations provenant d'autres sources : ainsi la mention d'un «Comité national français» est-elle tirée du communiqué émis le 23 juin par le gouvernement britannique (Mémoires de Guerre, Plon, 1954, tome I, p. 270).

 

Shenbao   (« Le   quotidien   de   Shanghaï »),
24    juin 1940

 

Le général de Gaulle encourage les Français à se ressaisir et se charge de constituer une force militaire en Angleterre

 

Londres.
Le général de Gaulle, ancien responsable des questions stratégiques dans le ministère Reynaud, a prononcé un discours radiodiffusé dont voici les termes :


Le gouvernement français n'est pas encore sous la coupe de l'ennemi. Mais signer l'armistice équivaudrait à l'asservissement des Français, puisqu'il en résulterait que nous livrerions nos armes, que tout le territoire français serait occupé, que le gouvernement tomberait sous la dépendance de l'Allemagne et de l'Italie.

 

Or, beaucoup de Français ne l'acceptent pas. Il faut donc que les Français poursuivent activement le combat. Il faut également organiser tous ceux qui peuvent être employés dans des unités militaires ou dans les industries d'armements, si l'occasion le permet.


Je me charge personnellement, en Angleterre, de cette tâche. J'ai déjà invité Monsieur Daladier, les chefs et les soldats de l'armée française de mer, de terre et de l'air à se mettre en rapport avec moi. Je demande au peuple français de me suivre.


Vive la liberté, la gloire et l'indépendance de la France !

 

Shenbao   (« Le   quotidien   de   Shanghaï »),
25    juin 1940


Le général de Gaulle a proclamé en Angleterre l'organisation d'un Comité national français, appelant ses camarades (*) à poursuivre la résistance afin de garantir l'indépendance du pays et formulant l'espoir d'une coopération avec les Belges pour la défense de la liberté.

Londres.
Le général de Gaulle, ancien sous-secrétaire d'Etat à la Défense nationale, a prononcé ici en français un discours radio-diffusé proclamant la création du Comité national français et appelant ses cama-rades à poursuivre le combat afin de garantir l'indépendance de la Patrie. En voici les grandes lignes :


Le gouvernement de notre pays a consenti aux conditions d'armistice proposées par l'ennemi. Ainsi, les armements, les avions, les navires de guerre et l'or de notre pays sont tous à la disposition de l'ennemi. Cette soumission fait de la France l'esclave total de celui-ci. Elle « place le gouvernement de Bordeaux dans un état d'asservissement complet à l'ennemi et le prive de toute liberté et de tout droit de représenter de libres citoyens français. »


Mes compagnons et moi, ayant obtenu l'accord du gouvernement britannique, édi-fions le Comité national français qui représente les intérêts supérieurs de la Patrie ainsi que de ceux qui sont résolus à poursuivre la guerre « afin de remplir les obligations internationales contractées par la France ».


Les noms des membres du Comité seront bientôt annoncés. Les officiers et soldats français qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver doivent se placer sous les ordres du Comité. Une fois restauré un gouvernement français indépendant et légitime, le Comité lui rendra compte de ses activités.


Les Belges, eux aussi, espèrent coopérer avec nous dans tous les domaines afin de défendre la liberté de leur pays. « L'essentiel, c'est que la guerre n'est pas finie, la Patrie n'est pas détruite, l'espoir n'est pas éteint ! Vous tous, mes camarades, debout ! »

(*) Terme en vigueur aussi bien chez les nationalistes (auxquels Shenbao est favorable) que chez les com¬munistes chinois pour désigner ceux qui soutiennent leur cause.