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Les "80" parlementaires n'ayant pas voté les pleins pouvoirs au maréchal Pétain le 10 juillet 1940


Le mercredi 10 juillet 1940 a lieu une réunion de la Chambre des députés et du Sénat pour le vote d'une proposition de révision de la Constitution permettant d'attribuer les pleins pouvoirs constituants au maréchal Pétain, président du Conseil.

parmi les 649 présents, 80 parlementaires votent contre l'attributrion des pleins pouvoirs au maréchal Pétain mais ne peuvent empêcher l'adoption du texte approuvés par 569 députés et sénateurs (20 s'abstiendront).

Vous trouverez ci-dessous la liste détaillées de ces parlementaires qui "ont dit non" et quelques biographies des plus connus d'entre eux.
 

 

Liste détaillée des 80 parlementaires ayant voté contre les pleins au maréchal Pétain

 

Parlementaire Chambre Département Parti
Marcel-François Astier Sénat Ardèche Gauche démocratique
Jean-Fernand Audeguil Chambre des députés Gironde SFIO
Vincent Auriol Chambre des députés Haute-Garonne SFIO
Alexandre Bachelet Sénat Seine SFIO
Vincent Badie Chambre des députés Hérault Parti radical
Camille Bedin Chambre des députés Dordogne SFIO
Émile Bender Sénat Rhône Gauche démocratique
Jean Biondi Chambre des députés Oise SFIO
Léon Blum Chambre des députés Aude SFIO
Laurent Bonnevay Chambre des députés Rhône ARGRI
Paul Boulet Chambre des députés Hérault Gauche indépendante
Georges Bruguier Sénat Gard SFIO
Séraphin Buisset Chambre des députés Isère SFIO
Gaston Cabannes Chambre des députés Gironde SFIO
François Camel Chambre des députés Ariège SFIO
Pierre de Chambrun Sénat Lozère PDP
Auguste Champetier de Ribes Sénat Basses-Pyrénées PDP
Pierre Chaumié Sénat Lot-et-Garonne Gauche démocratique
Arthur Chaussy Chambre des députés Seine-et-Marne SFIO
Joseph Collomp Chambre des députés Var SFIO
Octave Crutel Chambre des députés Seine-Inférieure Parti radical
Achille Daroux Chambre des députés Vendée Parti radical
Maurice Delom-Sorbé Chambre des députés Basses-Pyrénées GDRI
Joseph Depierre Sénat Rhône SFIO
Marx Dormoy Sénat Allier SFIO
Alfred Elmiger Chambre des députés Rhône Gauche indépendante
Paul Fleurot Sénat Seine Gauche démocratique
Émile Fouchard Chambre des députés Seine-et-Marne UPF
Edouard Froment Chambre des députés Ardèche SFIO
Paul Giacobbi Sénat Corse Gauche démocratique
Justin Godart Sénat Rhône Gauche démocratique
Félix Gouin Chambre des députés Bouches-du-Rhône SFIO
Henri Gout Chambre des députés Aude Parti radical
Louis Gros Sénat Vaucluse SFIO
Amédée Guy Chambre des députés Haute-Savoie SFIO
Jean Hennessy Chambre des députés Alpes-Maritimes Gauche indépendante
Lucien Hussel Chambre des députés Isère SFIO
André Isoré Chambre des députés Pas-de-Calais Parti radical
Eugène Jardon Chambre des députés Allier UPF
Alexis Jaubert Chambre des députés Corrèze Parti radical
Claude Jordery Chambre des députés Rhône SFIO
François Labrousse Sénat Corrèze Gauche démocratique
Albert Le Bail Chambre des députés Finistère Parti radical
Joseph Lecacheux Chambre des députés Manche ARGRI
Victor Le Gorgeu Sénat Finistère Gauche démocratique
Justin Luquot Chambre des députés Gironde SFIO
Augustin Malroux Chambre des députés Tarn SFIO
Gaston Manent Chambre des députés Hautes-Pyrénées Parti radical
Alfred Margaine Chambre des députés Marne Parti radical
Léon Martin Chambre des députés Isère SFIO
Robert Mauger Chambre des députés Loir-et-Cher SFIO
Jean Mendiondou Chambre des députés Basses-Pyrénées Parti radical
Jules Moch Chambre des députés Hérault SFIO
Maurice Montel Chambre des députés Cantal Gauche indépendante
Léonel de Moustier Chambre des députés Doubs RIAS
Marius Moutet Chambre des députés Drôme SFIO
René Nicod Chambre des députés Ain UPF
Louis Noguères Chambre des députés Pyrénées-Orientales SFIO
Jean Odin Sénat Gironde Gauche démocratique
Joseph Paul-Boncour Sénat Loir-et-Cher USR
Jean Perrot Chambre des députés Finistère Parti radical
Georges Pézières Sénat Pyrénées-Orientales SFIO
André Philip Chambre des députés Rhône SFIO
Marcel Plaisant Sénat Cher Gauche démocratique
François Tanguy-Prigent Chambre des députés Finistère SFIO
Paul Ramadier Chambre des députés Aveyron USR
Joseph-Paul Rambaud Sénat Ariège Gauche démocratique
René Renoult Sénat Var Gauche démocratique
Léon Roche Chambre des députés Haute-Vienne SFIO
Camille Rolland Sénat Rhône Gauche démocratique
Jean-Louis Rolland Chambre des députés Finistère SFIO
Joseph Rous Chambre des députés Pyrénées-Orientales SFIO
Jean-Emmanuel Roy Chambre des députés Gironde Parti radical
Henry Sénès Sénat Var SFIO
Philippe Serre Chambre des députés Meurthe-et-Moselle Gauche indépendante
Paul Simon Chambre des députés Finistère PDP
Gaston Thiébaut Chambre des députés Meuse Parti radical
Isidore Thivrier Chambre des députés Allier SFIO
Pierre Trémintin Chambre des députés Finistère PDP
Michel Zunino Chambre des députés Var SFIO

 

 

Biographies de parlementaires parmi les plus connus ayant "dit non" le 10 juillet 1940

 

AURIOL Vincent (1884-1966)
Né le 27 août 1884 à Revel (Haute-Garonne), il devient avocat au barreau de Toulouse. Adhérent à la SFIO dès sa création en 1905, il est cofondateur du journal Midi socialiste en 1908. Député socialiste de Muret en mai 1914, il en devient maire en 1915. Il préside la commission des Finances de la Chambre (1924-1926). Ministre des Finances du Front populaire, il procède à la dévaluation du franc. Garde des Sceaux du cabinet Chautemps, il est ministre d'Etat dans le second cabinet Blum (mars-avril 38). Le 10 juillet 40, il est l'un des 80 parlementaires à refuser les pleins pouvoirs à Pétain. Arrêté, assigné à résidence, il gagne le maquis en 42, Londres puis Alger en 43, où il est membre de l'Assemblée consultative provisoire comme représentant de la SFIO, avant de présider les deux Assemblées constituantes. Le 16 janvier 47, il est élu président de la République par le Congrès de Versailles. Favorable au retour de De Gaulle en 58, il démissionne de la SFIO, critiquant la politique de Guy Mollet. Opposé à l'évolution constitutionnelle de la Ve République, il démissionne du Conseil constitutionnel. Il publie son Journal d'un septennat. Il meurt le 1er janvier 1966.



BLUM Léon (1872-1950)
Il est né à Paris le 9 avril 1872. Après l'École normale supérieure, il mène une carrière littéraire et juridique. Lors de l'Affaire Dreyfus, il adhère au Parti socialiste et collabore à L'Humanité de Jean Jaurès. Il s'oppose à la disparition de la SFIO au congrès de Tours de 1920. Fondateur du nouvel organe national, Le Populaire, il devient le chef de la SFIO. Député de la Seine (1919-1928), battu en 1928, il est élu à Narbonne (1929-1940). Avec la victoire du Front populaire, il devient Président du Conseil (juin 1936), on lui doit les Accords Matignon, la loi des 40 heures, les congés payés, les nationalisations. L'échec de sa politique économique et financière, la non-intervention dans la guerre d'Espagne, l'antisémitisme croissant entraînent sa chute (juin 1937), et à nouveau en mars 1938. Il dénonce les Accords de Munich (septembre 1938), et refuse de voter les pleins pouvoirs à Pétain le 10 juillet 1940. Jugé au procès de Riom, il est livré aux Allemands et déporté. Président du Conseil du dernier Gouvernement provisoire (décembre 1946-janvier 1947), il s'oppose, par la suite, aux excès du régime parlementaire comme à de Gaulle. Il meurt le 30 mars 1950.



GOUIN Félix (1884-1977)

Né le 4 octobre 1884 à Peypin (Bouches-du-Rhône), fils d'instituteurs, il devient avocat au barreau de Marseille. Il est député (SFIO) des Bouches-du-Rhône de 1924 à 1958. Il est l'un des 80 députés à voter, le 10 juillet 1940, contre les pleins pouvoirs à Pétain. Lors du procès de Riom (février-avril 1942), il assure la défense de Léon Blum. A Alger, il préside l'Assemblée consultative provisoire (1943-1945). Réélu député de Marseille en 1945, il préside la première Assemblée constituante, et succède au général de Gaulle à la tête du Gouvernement provisoire (janvier-juin 1946). Vice-président du Conseil dans le gouvernement Bidault (juin-décembre 1946), il est ensuite ministre d'Etat chargé du Plan dans les cabinets Blum (décembre 1946-janvier 1947) et Ramadier (janvier-octobre 1947). Il est délégué de la France à l'ONU et membre de la Commisssion des Affaires étrangères, il est très favorable à la construction européenne.Opposé au retour du Général et à l'adoption de la Constitution de la Ve République, il se retire peu à peu de la vie politique et meurt à Nice le 25 octobre 1977.
    


MANDEL Georges (1885-1944)
Né le 5 juin 1885 à Chatou (Seine-et-Oise) d'une famille qui a quitté l'Alsace en 1871, pour rester française. Journaliste à L'Aurore, il devient chef de cabinet de Clemenceau, président du Conseil (1917-1918), où il coordonne l'activité politique du gouvernement. Député de Gironde entre 1919 et 1940 (sauf 1924-28), ce serviteur de l'Etat est ministre des PTT (1934-1936), des Colonies (1938-1940), il tente de réorganiser ces ministères avec autorité. Appelé à l'Intérieur par Reynaud le 10 mai 40, antinazi notoire, il fait arrêter les sympathisants aux régimes fascistes. Contre la capitulation, il s'embarque sur le Massilia, pour le Maroc, avec d'autres parlementaires. Arrêté, interné, il est remis aux Allemands, déporté puis livré à la Milice qui l'assassine en forêt de Fontainebleau le 7 juillet 1944.




PAUL-BONCOUR Joseph  (1873-1972)
Il est né le 4 août 1873 à Saint-Agnan (Loir-et-Cher). Avocat, il débute sa carrière politique comme secrétaire particulier de Waldeck-Rousseau (1898-1902) et fonde en 1902 le Conseil juridique de la Bourse du travail. Député socialiste indépendant (1909-1914) et ministre du Travail (1911), il adhère en 1916 à la SFIO, et il est élu député de la Seine (19-24), puis du Tarn (24-31). Il rompt en 1931 en raison de divergences d'idées sur la défense et la participation au gouvernement. Il participe en 1935, avec Déat, à la création de l'Union socialiste et républicaine qu'il préside, mais il démissionne en avril 1938, à cause de l'orientation pacifiste de Déat. Sénateur socialiste indépendant (31-40), à nouveau ministre (Affaires étrangères : 1932-1933, 1933-1934, 1938 et délégué à la SDN (1936). L'un des 80 parlementaires à refuser les pleins pouvoirs à Pétain, il participe à la Résistance intérieure. Membre de l'Assemblée consultative en 1944, il est élu SFIO au Conseil de la République (1946-1948). Délégué de la France à la conférence de San Francisco en 1946, il préside la Fédération internationale des droits de l'homme. Il meurt le 28 mars 1972.



RAMADIER Paul (1888-1961)

Né le 17 mars 1888 à La Rochelle (Charente-Maritime), il adhère au parti socialiste en 1904. Avocat, maire de Decazeville à partir de 1919, il est élu député SFIO de l'Aveyron (1928). Sous-secrétaire d'Etat aux Travaux publics et aux Transports du premier gouvernement du Front populaire (1936), il est ministre du Travail de 1938 à 1940. Il refuse de voter les pleins pouvoirs à Pétain le 10 juillet 1940, et entre dans la Résistance. A la Libération, il est à nouveau maire, député et ministre du Ravitaillement (44-45) et participe à l'élaboration de la Constitution de la IVe République. Très contesté pour le coût social de sa politique de lutte contre l'inflation, il se retire en novembre 47, mais est plusieurs fois ministre, notamment aux Affaires économiques et financières (56-57), lançant un emprunt et crée la taxe sur l'automobile. Il place sa confiance en de Gaulle en 1958, mais est battu aux élections. Il meurt en 1961.