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René Cassin


René Cassin

René Cassin

"Cette nouvelle me frappa comme un trait de lumière"

René Cassin, professeur de droit

"A l'heure même où se déroulait notre entretien, le 18 juin au soir, une voix lançait de Londres, le premier appel à la Résistance : c'était celle du général de Gaulle. Cet Appel, nous ne l'avions point entendu alors !
C'est seulement le lendemain matin, le 19 juin, qu'après avoir vainement tenté de voir Politis, ambassadeur de Grèce, et avoir rencontré à Biarritz un de ses collègues diplomate de l'Amérique latine, extrêmement pessimiste sur le sort de la Grande-Bretagne, j'appris à Bayonne qu'un général français avait la veille, proclamé en substance à la radio de Londres : "La France a perdu une bataille, mais n'a pas perdu la guerre. Cette guerre à un caractère mondial. Je fais appel aux officiers, ingénieurs et techniciens se trouvant en Angleterre pour continuer le combat."
Cette nouvelle me frappa comme un trait de lumière. "Cet homme a raison, me dis-je : la guerre est mondiale. Je l'ai toujours pensé. Avec la volonté, nous pourrons la gagner." Cependant, mon devoir de l'heure primait tout autre. " Si d'ici trente-six heures, les pouvoirs publics n'ont pas décidé de continuer la guerre sur un sol français outre-mer, c'est à Londres, à ses côtés, qu'il faudra se rendre."


Les hommes partis de rien : le réveil de la France abattue (1940-1941)
, Paris, Plon, 1974