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Edgar Pisani


 

Edgar PISANI

Extrait de l'ouvrage Avec de Gaulle (tome 1) de la Fondation Charles de Gaulle, Nouveau-Monde Editions, 2003.

 

Edgar Pisani, chef de cabinet du nouveau préfet de Police de Paris, il fut un des rares parisiens à ne pas assister aux scènes inoubliables des 25 et 26 août du Général à l’Hôtel de Ville et sur les Champs-Elysées, parce qu’il devait « garder la maison ». Mais grâce aux récits que lui en ont faits ses collègues, dans son souvenir, c’est comme s’il avait été au premier rang !


« J’étais à la préfecture de police chef de cabinet de Luizet, lui-même très proche du Général. Luizet m’en avait beaucoup parlé. Et le 24 août, il est venu. Et je ne l’ai pas vu le 24 août car il a paru nécessaire que je garde la maison pendant que se déroulait le grand défilé des Champs Elysées et l’arrivée à l’Hôtel de Ville .
Les tireurs des toits. Deux anecdotes à ce propos, auxquelles je n’ai pas été mêlé mais qui m’ont été directement rapportées. Lorsqu’il était au balcon de l’Hôtel de Ville, quelqu’un lui a dit : « Proclamez la République ». Il a refusé de le faire parce que, selon lui, la République n’avait pas été abolie puisque l’acte qui avait prétendu la supprimer était illégitime et illégal. Deuxième image intéressante, et l’une et l’autre m’ont été rapportées par des témoins directs. C’est dans Notre-Dame, les fusils se mettent à pétarader et une grande partie de la foule se couche ou s’accroupit pour ne pas servir de cible. Il est l’un des seuls à rester debout… Je l’ai vu ensuite finalement beaucoup, parce que j’étais chargé à l’Hôtel de Ville d’organiser ses cortèges, ses déplacements.

Un souvenir de cette époque : le jour de la Libération, ou plutôt le jour de la victoire de la France, des Alliés sur l’Allemagne, il est allé à l’Etoile célébrer. Il y avait une foule immense et folle qui a débordé les forces de police. Il y avait là des gardes républicains à cheval. Il avait le sentiment d’une espèce d’absence. Il n’avait rien à faire avec le brouhaha, il ne pouvait pas le maîtriser lui-même, ce n’était pas son métier. Alors il s’est enfermé comme en sa dignité, comme en sa raideur car il lui arrivait d’être raide. Il a attendu qu’on le dégage, alors il est monté dans sa voiture et il est parti. »