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Geoffroy de COURCEL : Le 26 août 1944



Témoignage de Geoffroy de COURCEL


Né le 11 septembre 1912 à Tours, dans une famille de militaires et de diplomates. Il entre en 1937 au Quai d'Orsay. Mobilisé en 1939, ancien élève de Saumur, il est nommé, le 6 juin 1940, aide de camp du général Charles de Gaulle, alors sous-secrétaire d'État à la guerre. Le 17 juin, il part avec lui pour Londres et y organise l'installation du siège de la France libre.



L’arrivée dans la capitale du modeste cortège du Général s’était faite dans l’après-midi du 25 août au milieu d’une foule déchaînée d’enthousiasme. Descendant de voiture ainsi que les autres membres du petit groupe qui l’accompagnait et allumant une cigarette, il m’interpella en me disant : " Courcel, nous avons bouclé la boucle. "

Le peuple de Paris allait avoir l’occasion de lui rendre directement hommage dès le lendemain 26 août. La libération de la capitale était à peine achevée et des combats se déroulaient encore dans la banlieue au nord de Paris. Mais de Gaulle décida de se rendre de l’Étoile à Notre-Dame et y donna rendez-vous à la population parisienne tout entière.

A trois heure de l’après-midi, il arrivait de l’Arc de Triomphe, un immense drapeau tricolore flottant sous sa voûte. Accompagné d’André Le Troquer et d’Alexandre Parodi, de Gaulle ranima la flamme, entouré de Georges Bidault et des membres du Conseil national de la Résistance, d’André Tollet et des membres du Comité Parisien de la Libération, des officiers généraux Juin, Kœnig, Leclerc, d ‘Argenlieu, Vallin et Bloch-Dassault, des préfets Flouret et Luizet. Les honneur lui étaient rendus par le Régiment de Marche du Tchad. Après cette brève cérémonie, le général de Gaulle descendit à pied les Champs-Élysées escorté par ces personnalités et d’autres que je n’ai pas citées.

Le spectacle était extraordinaire. " C’est la mer ", écrira de Gaulle. En fait, une foule immense se pressait à la fois sur les trottoirs et aux fenêtres ou sur les toits des immeubles qui bordent les Champs-Élysées ; des grappes humaines s’accrochaient aux arbres et aux réverbères. Tous ces gens donnaient le spectacle de leur joie en acclamant Charles de Gaulle, qui les saluait majestueusement de ses bras, ne réussissant pas tout à fait à cacher son émotion. Et pourtant, malgré son caractère improvisé, malgré la présence de l’ennemi aux portes de Paris, ce défilé se déroula comme s’il avait été organisé longtemps à l’avance. L’hommage de ce bon ordre doit être rendu à la police parisienne, aux détachements de la 2è DB et au service d’ordre de la Résistance qui avaient uni leurs efforts pour qu’il en fût ainsi. Mais le mérite en revenait aussi au peuple de Paris : conscient de vivre un grand moment de son Histoire, il avait su rester maître de son enthousiasme. Pas un seul instant pendant la descente des Champs-Élysées, qui fut faite entièrement à pied au milieu des acclamations, la foule ne déborda le service d’ordre avant le passage du Général et du groupe de personnes qui marchaient avec lui.

La journée du 26 août fut aux yeux du monde entier la consécration définitive par le peuple français de la légitimité du gouvernement provisoire et de son Président, bien que les grands Alliés ne le reconnussent toujours pas. De Gaulle, non sans raison, attachait beaucoup d’importance à cette légitimité, qu’il considérait avoir toujours représentée. C’est ce qui l’avait amené, la veille au soir à l’Hôtel de Ville, à répondre à Georges Bidault, qui en tant que président du CNR le pressait de proclamer solennellement la République : " La République n’a jamais cessé d’être. La France Libre, la France Combattante, le Comité français de la Libération nationale l’ont tour à tour incorporée. Vichy fut et demeure nul et non avenu. Moi-même suis le président du Gouvernement de la République. "

Il l’était plus que jamais au soir du 26 août.