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Georges Gorse


 

Georges GORSE

Extrait de l'ouvrage Avec de Gaulle (tome 1) de la Fondation Charles de Gaulle, Nouveau-Monde Editions, 2003.

 

Georges Gorse, alors chargé de mission au cabinet du Chef du G.P.R.F, suit le retour de De Gaulle en France à partir du 20 août de Cherbourg à Paris. Voici son témoignage à chaud sur l’arrivée du Général, le 25 août, dans la capitale insurgée et sa réinstallation au Ministère de la Guerre :


« On a dit à de Gaulle que tout de même, il vaudrait mieux qu'il se mette dans un véhicule blindé et fermé. Il était dans sa voiture découverte avec fanions. Nous arrivons donc dans Paris, Paris avec l'enthousiasme que vous savez. Nous passons par la gare Montparnasse et nous arrivons juste au moment où Leclerc arrive portant la capitulation de von Choltitz. A ce moment là, il y avait un bref conciliabule, j'étais dans l'auto qui suivait, et on s'est dit : "Où va -t-on ? " Quelqu'un a dit : "A l'Elysée, certainement pas ; à Matignon ? " " Non ", a dit de Gaulle. "Écoutez, j'ai quitté le ministère de la Guerre il y a cinq ans. Allons rue Saint- Dominique !".

Nous sommes donc arrivés rue Saint-Dominique après une petite escale au coin du boulevard Saint-Germain – au moins pour ma voiture, pour celle du Général je ne sais pas – parce que ça tiraillait pas mal et on a dû s'arrêter en attendant que les choses se calment.

Je suis donc arrivé cinq minutes après, rue Saint-Dominique où de Gaulle était pressé par un certain nombre de gens dont Morandat, je crois, qui lui disait : "Mais qu'est-ce que vous faites là ? Vous vous êtes mis dans le dernier coin de Paris qui est encore plus ou moins encerclé par les Allemands, alors qu'on vous attend à l'Hôtel de Ville. Il faut absolument aller à l'Hôtel de Ville! ". Alors tout le monde est allé à l'Hôtel de Ville, naturellement pas en voitures blindées mais en voitures découvertes. Et je suis arrivé, peu à sa suite, sur cette place de l'Hôtel de Ville qui était noire de monde. Je me suis accroché aux basques d'un type qui essayait de fendre la foule, en disant : " Mais laissez- moi passer, je suis le Préfet de Police ". C'était Luizet, à quoi les braves Parisiens disaient : " Le Préfet de Police, mon œil ! " Je suis tout de même arrivé au moment où on essayait de retenir de Gaulle par les pans de sa veste, car il avait grimpé de manière un peu dangereuse sur le balcon, pour faire son discours. »