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Télégramme de Charles de Gaulle à Georges Bidault - 12 mai 1945


 

Paris, 12 mai 1945.


Je réponds à vos télégrammes du 10 mai.


1)    Je ne vois aucun inconvénient à ce que vous indiquiez à M. Stettinius quelles sont nos intentions relativement à la rive gauche du Rhin.


Pour le point particulier de Cologne, vous pourrez lui faire observer que la France à été envahie en 1914 et en 1940 et chaque fois par la Belgique. Or c'est Cologne qui est pour l'ennemi venant de l'est la porte de la Belgique et, par conséquent, de la France. Nous n'accepterions pas de confier à une autre puissance, dans l'espèce à l'Angleterre, la clef de notre sécurité. D'autant plus que ni en 1914 ni en 1940, le concours de l'Angleterre ne nous a défendus de l'invasion.


Tracez la ligne droite Berlin-Paris, cette ligne passe par Cologne.


2)    Je reconnais que la question des arrangements régionaux aurait peut-être été plus facile à discuter pour vous si nous avions un pacte avec l'Angleterre. Mais comment en avoir un tant que celle-ci joue au point de vue du Rhin un jeu si différent du nôtre ? D'autre part, souvenez-vous que la politique de l'Angleterre consiste toujours à ne faire de pactes qu'en se réservant la possibilité d'apprécier elle-même, le cas échéant, si ces pactes doivent jouer. C'est ce qui vous explique la position prise par M. Eden au sujet de la formule « appréciation des gouvernements intéressés ».
 

C. de Gaulle