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Rue de Solférino : n° 5 ou n° 10 ? RPF ou PS ?
Bernard LACHAISE
Rue de Solférino : n° 5 ou n° 10 ? RPF ou PS ? Une rue dans la vie politique de la France de la seconde moitié du XXe siècle, Espoir n°131, 2002.
Aujourd'hui, en 2002, pour les journalistes, les femmes et les hommes politiques et pour tous les Français qui s'intéressent un peu à la vie politique, dire, lire ou entendre " la rue de Solférino " évoque immédiatement le parti socialiste, installé au n° 10. Il n'en a pas toujours été ainsi ! Le PS n'a établi son siège dans cette rue que depuis les années 1970. Longtemps avant les socialistes, une autre formation politique française avait choisi la rue de Solférino. : il s'agissait des gaullistes dont le premier mouvement politique, le Rassemblement du Peuple Français siégeait au n°5 de 1947 à 1955. Si le passant d'aujourd'hui a l'œil attiré par la rose du n°10, peut-être remarquera-t-il le drapeau français à croix de Lorraine qui flotte au n°5 : sait-il que les premières pages du gaullisme politique ont été écrites ici ? Les hasards de l'Histoire ont ainsi voulu que cette rue ait abrité un temps les bureaux du général de Gaulle et plus tard, ceux de François Mitterrand. Les destins des deux hommes se sont donc croisés à quelques décennies d'intervalle mais avec des points communs, dans cette même rue, qu'ils ont quittée pour l'Elysée, l'un Charles de Gaulle en1958 et l'autre, François Mitterrand en 1981.
Dans l'histoire de la France contemporaine, la " rue de Solférino " appartient à ces rares lieux parisiens dont le nom est immédiatement associé à un parti ou à une famille politique.
Déjà sous la Monarchie de Juillet, le " faubourg Saint-Germain " évoquait l'aristocratie légitimiste et " la Chaussée d'Antin " plutôt la bourgeoisie orléaniste.
Sous la Seconde République, c'est " la rue de Poitiers " qui est entrée dans la mémoire et dans l'Histoire. C'est, en effet, dans une salle de l'Académie de médecine, rue de Poitiers (7e), que se réunit en 1848 le " parti de l'ordre ", désigné aussi du nom de " Comité de la rue de Poitiers ", réunissant les droites précédemment divisées, légitimistes et orléanistes.
Un demi-siècle plus tard, naît le parti radical (1901) qui vient de célébrer " le premier siècle du radicalisme ". Le " plus vieux parti de France " voit son véritable nom " parti républicain radical et radical socialiste " souvent remplacé par le qualificatif durable de " valoisien " dû à son implantation dans Paris. En effet, jusqu'en 1933, les radicaux sont installés au 9 rue de Valois puis établissent leur siège non loin au… 1 place de Valois, toujours dans le 1er arrondissement, dans l'immeuble du Comité Mascuraud. En plus de la longévité du parti, les radicaux détiennent ainsi un record : aucune autre formation politique n'a été aussi longtemps identifiée au nom de la rue où se trouve son siège !
Plus récemment, les deux autres grandes familles politiques de la gauche française ont elles aussi choisi un siège bientôt connu de tous au point que sa seule évocation suffit, rendant inutile de citer le nom du parti.
Chez les socialistes, ce fut au temps de Guy Mollet et de la SFIO " Cité Malesherbes " (9e) et cela devint, symbole du nouveau PS post-Epinay, le 10 " rue de Solférino ", dans un hôtel particulier acheté à la GMF en 1981. Le PCF lui siégea longtemps au 44 rue Le Peletier (9e) avant de quitter ses vieux locaux en 1971 pour aller " Place du Colonel Fabien " (19e) dans un bel immeuble conçu par l'architecte Oscar Niemeyer. Nouveau hasard de l'Histoire : au moment où les deux partis fondent l'Union de la Gauche et exercent le pouvoir ensemble en 1981, ils s'éloignent géographiquement, quittant le 9e, l'un pour le 19e et l'autre pour le 7e…
Quant aux gaullistes, la rue de Solférino ne resta le siège du mouvement que sous la IVe République. Avec la Ve République, en 1958, naît l'UNR, remplacé plus tard par l'UDR puis par le RPR : le parti, s'il change de nom, ne change pas d'adresse et siège longtemps au 123 rue de Lille (7e) à l'exception d'un bref passage à la Tour Montparnasse au tout début du RPR en 1976-77. Mais aujourd'hui il n'est plus possible de dire ou d'écrire " la rue de Lille a décidé… " ou " a réagi… " pour évoquer une action ou un propos du RPR puisqu'au tournant des XXe et XXIe siècles, le RPR a quitté sa " vieille maison " pour s'installer dans de nouveaux locaux, 2 boulevard de la Tour Maubourg (7e).
La rue de Solférino a continué toutefois à participer à la vie politique nationale après 1958 en étant le siège de diverses associations ou organisations gaullistes, comme l'Association nationale " pour le soutien de l'action du général de Gaulle " puis " pour la fidélité au général de Gaulle ", entre 1960 et 1975 ou encore du SAC. Ce n'est qu'à partir du milieu des années 1970, au moment où se met en place, comme l'avait souhaité le fondateur du gaullisme, " l'Institut Charles de Gaulle " qu'à la demande des héritiers du Général et sous la houlette de Pierre Lefranc, le 5 rue de Solférino devient non plus un lieu d'action du gaullisme mais un lieu d'étude sur le général de Gaulle.














