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De Gaulle et les réformes sociales


 

Si les idées économiques du général de Gaulle s'inspirent des pratiques monétaire et financière de l'époque, ses idées sociales traduisent une pensée originale. De Gaulle, de la période de la guerre à celle de ses deux présidences, restera fidèle à son principal objectif pour la société : la participation.

 

A l'origine, il s'agit d'impliquer les travailleurs dans la vie de l'entreprise, en les intéressant aux résultats de celle-ci. Les ouvriers pourraient, à terme, partager avec les patrons la gestion et les bénéfices de l'entreprise.

 

Cet objectif présente un avantage certain selon de Gaulle : celui d'atténuer les effets pervers du capitalisme et du socialisme doctrinaire en réduisant la lutte des classes. Le projet de De Gaulle consiste, finalement, à ouvrir une troisième voie entre le capitalisme (système dans lequel les patrons détiennent le pouvoir et le capital) et le socialisme (où l'Etat concentre entre ses mains la réalité des décisions et des moyens).

 

De Gaulle a adopté le principe de la participation sous l'influence de plusieurs courants de pensée : le catholicisme social de sa jeunesse, le pancapitalisme des années 30 - théorie qui propose de dépasser le capitalisme en accordant plus de place aux ouvriers dans la société -, les idées développées dans les milieux de la Résistance. Mais la mise en œuvre de la participation se révèle bien problématique...

 

 

A la Libération, de Gaulle promulgue deux ordonnances qui incarnent sa volonté de renforcer la solidarité sociale. La première crée les comités d'entreprise, qui permettent aux ouvriers de prendre la parole au sein de l'entreprise et de gérer un certain nombre d'activités et d'œuvres sociales ; la seconde met en place la Sécurité sociale le 4 octobre 1945.

 

 

• une fois dans l'opposition, les gaullistes rassemblés au sein du RPF continuent de défendre l'idée de participation, sous la dénomination d'Association capital-travail. Mais les projets de loi qu'ils déposent en ce sens à l'Assemblée nationale sont rejetés en 1951 et 1952.

 

 

• sous la Ve République, de Gaulle creuse une première "brèche dans le mur qui sépare les classes" grâce à l'ordonnance du 7 janvier 1959, qui établit la participation à titre facultatif. La mesure reste peu appliquée. En 1963, de Gaulle rappelle donc la nécessité de développer la "coopération" entre le capital et le travail. Il faut attendre juillet 1965 pour qu'un texte vienne concrétiser cette idée : l'amendement Vallon reconnaît et garantit la répartition des plus-values entre les ouvriers. En 1967, plusieurs ordonnances sur la participation sont également promulguées, mais leur portée reste limitée.

 

 

La crise de mai 68 ancre chez le président de la République la volonté de promouvoir la participation : l'anonymat qui règne dans le monde moderne, dans cette "civilisation dominée par la matière", est pour le Général une des causes principales de la crise de mai. En développant la participation dans les entreprises mais aussi dans le reste de la société, ne pourrait-on pas rendre celle-ci plus humaine ?

 

Le 27 avril 1969, de Gaulle propose donc aux Français d'approuver par référendum les réformes du Sénat et des régions, qui doivent selon lui permettre d'intégrer les "forces vives de la nation" à la vie politique du pays. Mais les Français rejettent les propositions du général, qui choisit alors de quitter le pouvoir : "En votant contre moi, la France (...) a écarté ce qui symbolisait la participation", confie-t-il à André Malraux le 11 décembre de la même année.

 

Il existe donc "un décalage entre les intentions et les réalisations" de De Gaulle sur le plan social (J. Touchard). Alors que l'idée de créer une troisième voie entre capitalisme et communisme était audacieuse, sa réalisation reste inachevée. L'hostilité du patronat et des syndicats à ce projet, l'incompréhension de l'opinion expliquent ce relatif échec. De même, la division des gaullistes - une partie du gouvernement, autour de Pompidou, se montre réticent tandis que les gaullistes de gauche, tels Louis Vallon et René Capitant, soutiennent le projet - joue un grand rôle dans l'échec de la participation. Il reste cependant des innovations majeures - Sécurité sociale, comités d'entreprise - que la société actuelle a préservées et développées.