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Condoléances de personnalités françaises à l'occasion du décès du général de Gaulle


 

 

La participation des jeunes à l'émotion du peuple entier, l'élan de ces jeunes vers ce Charles de Gaulle dont ils semblaient soudain réaliser à quel point tant de ses aspirations et de ses exigences correspondaient aux leurs, furent peut-être les phénomènes les plus bouleversants et les plus parfaits que nous ayons connus durant ces jours où tout fut bouleversant et où tout fut parfait. 

A travers les douze garçons de Colombey n'est-ce-pas la jeunesse de France qui a porté Charles de Gaulle à sa dernière demeure ? Non pour l'y ensevelir. Mais avec le geste du paysan qui confie à la terre son espérance des lendemains.

 

MICHEL DROIT,

Le Figaro

 

 

Le général de Gaulle, pour moi, est un personnage extraordinaire et l'on peut dire qu'il ne se classe pas dans un ensemble : il est tout seul dans sa catégorie.

 

Louis ARMAND,

de l'Académie française

 

 

De toutes parts on m'a dit ce matin qu'un homme comme le général de Gaulle ne devrait pas mourir. C'est hélas ! la loi de Dieu, de ce Dieu devant lequel il se trouve maintenant et qui lui accordera, j'en suis persuadé, la paix.

 

MONSEIGNEUR ATTON,

évêque de Langres

 

La France a perdu un homme d'Etat et un général de grande classe.


BRIGITTE BARDOT

 

 

Un immense chagrin. [...] parce que nous étions tous habitués à jamais à cet homme que l'Histoire ne considéra que debout. [...] De Gaulle a été au maximum l'appel à la grandeur qui fait se tenir debout même quand le désespoir risque d'être le plus fort. C'était l'homme de l'extrême tragédie et de l'extrême grandeur. Il était la voix de la France quand elle n'avait pas de voix. Il était celui pour qui les témoins se faisaient égorger et afin d'avoir le courage de supporter le dernier supplice, criaient son nom.

 

GENERAL DE BENOUVILLE,

compagnon de la Libération

 

 

Au moment où le général de Gaulle disparaît de ce monde d'une manière aussi imprévue, je ne veux me souvenir que du temps de la Résistance où il fut, hors du territoire, le symbole et le chef indispensable à la cohésion des Français qui n'acceptaient pas la défaite et la collaboration. Les circonstances et les hommes faisaient que ce symbole et ce chef manquaient sur le territoire national ou ne pouvait s'y révéler. Charles de Gaulle était donc le fédérateur externe dont nous avions besoin et dont les propos, dans leur substance, correspondaient à notre attente. Je continue à dire que le premier tome, lui seul sur les cinq, des discours et messages, qui viennent d'être réédités, a gardé mon adhésion d'alors. Pour le reste, comme pour tous ceux qui font le voyage de l'autre monde, celui qui vient de partir a besoin de nos prières tout comme un autre et sûrement pas moins qu'un autre.


GEORGES BIDAULT,
ancien président du Conseil

 

 

Le général de Gaulle est mort comme il le souhaitait. Debout, face à son travail.


GENERAL ALAIN DE BOISSIEU

 


Pour moi, le général de Gaulle c'était la France. Pendant 20 ans, à ses côtés, j'ai parcouru la France et le monde. J'ai vécu dans son intimité comme peu d'hommes ont eu la chance de le faire. Il nous a quitté comme il l'a toujours souhaité - d'un seul coup sans connaître le déclin. [...] On a toujours dit que le général de Gaulle était un homme orgueilleux, moi, je n'ai jamais connu qu'un homme fier, fier de s'appeler Charles de Gaulle, et fier d'être la France.


COLONEL GASTON DE BONNEVAL

 


La disparition du général de Gaulle a été, j en suis sûr, pour les Français un choc d'autant plus terrible qu'il était inattendu. Pour nous, ses compagnons, il était un bloc de granit dont nous avions peine à imaginer qu'un jour il pourrait s'abattre. Nous ressentons aujourd'hui un immense vide devant lequel s'assemble notre profonde tristesse. C'est tout ce que j'ai à dire et je ne ferai pas d'autre déclaration.


AMIRAL CABANIER,
grand chancelier de la Légion d'Honneur

 

 

Quelles qu'aient pu être les divergences et réserves ayant marqué son deuxième septennat, l'Histoire retiendra enfin avec quel courage, revenu à la tête de la République, le général de Gaulle a présidé à la transformation, à l'association amicale des rapports antérieurs entre la France et les peuples compris dans son ancien empire. Il fut un général pacifique et un homme d'Etat de stature mondiale.


RENE CASSIN,

président honoraire du Conseil d'Etat

 


Quand je suis entrée à son service, j'avais vingt et un ans. Résistante, je sortais de prison et j'étais sténotypiste. On m'a dit : «On vous envoie chez le Général». J'ai répondu avec naïveté :

« Quel général ?» - C'était le plus beau jour de ma vie.


MADAME CHARRET,
ancienne secrétaire du Chef du Gouvernement provisoire

 

 

Quoiqu'il en soit, pour des millions de révoltés, à tort ou à raison, la France était parée pendant la période gaullienne d'une sorte d'habit de lumière


JEAN DANIEL,
Le Nouvel Observateur

 

 

De Gaulle est le type du laïc chrétien, à la fois dans la valeur de sa vie privée et dans cet esprit de service, de don total de soi-même qu'il a poussé à un degré héroïque, au service, non seulement de la France mais de Dieu. Cela me paraît être de l'ordre des choses qui peuvent être considérées comme relevant d'une certaine sainteté.


CARDINAL DANIELOU

 

 

Pour la France, il l'avait dotée d'institutions adaptées à son génie et à ses faiblesses, de pouvoirs publics légitimes, désormais fortement assurés comme chacun peut le voir. I1 l'avait conduite au travers et au-delà des grandes crises ; il l'avait projetée dans le monde des temps nouveaux. « O mon âme, je t'ai appris à dire : aujourd'hui. » Pour lui, sa conscience était en repos ; sa fierté n'était pas atteinte ; il pouvait se plaire à parcourir, aux vives allures de son esprit, les espaces de ces décénies qu'il avait marquées de son signe. Mais sans doute connaissait-il le grand trouble de penser que, cette fois, il avait manqué de comprendre et qu'il avait cessé d'être compris, et que peut-être il avait cessé
d'être aimé. Ce n'était point seulement le pouvoir qui lui était retiré, c'était la grâce.
Il savait qu'elle lui serait rendue. Depuis longtemps, il avait prévu son dernier rendez- vous avec le « peuple fidèle ». I1 en avait fixé le rite. I1 en connaissait le prix.
Sa nuit n'a point d'ombre.


EDGAR FAURE,

ancien président du Conseil

 

 

On a écrit, on va écrire, en songeant à Roosevelt, à Churchill, à Staline, c'est le dernier des grands qui s'en va : rien à voir. Ceux-là avaient leur patrie sous la main au moment du drame. De Gaulle ne disposait que d'un pays imaginaire.
Ses soldats furent d'abord les mots. La France en 40, avait besoin d'un homme qui eût une conscience littéraire. Le style du Général ne plait peut-être pas à tout le monde, mais, des Assemblées issues des élections de 1936, lorsqu'elles se retrouvèrent frileusement réunies à Vichy en 1940, aucune voix ne s'était élevée. ]...) C'est bien une certaine idée de la France qui vient de mourir avec lui, en lui, dont il était le seul dépositaire. Le mémorial de cette France s'est arrêté le 9 novembre 1970 clans une vieille bâtisse battue par les vents au chapitre Il d'un deuxième tome. Je m'incline devant qui n'eut pas de prédécesseur, devant qui n'aura pas d'héritier.


BERNARD FRANK,

L'Actualité

 


La plus grande œuvre de De Gaulle sera peut-être posthume, sa mort marquera plus profondément le pays que sa politique même.


ROMAIN GARY,

Life-Magazine

 

Le général de Gaulle, était un contemporain capital, précisément parce qu'il existait déjà dans tout ce qui sera l'histoire de demain. C'est pourquoi on ne peut pas dire qu'il disparait. La mort n'est pas, ici, l'effacement de la présence dans l'absence, mais le passage d'une forme de présence à une autre.


HENRI GOUHIER,

président de l'Académie des Sciences morales et politiques

 


Le général de Gaulle a eu une fin digne de son histoire. La page est tournée, elle a été grande.


CLAUDE HETTIER DE BOISLAMBERT,
Chancelier de l'Ordre de la Libération



Il ne m'appartient pas de parler du grand homme d'Etat. Mais je puis témoigner de l'intérêt qu'à la tête de l'Etat le général de Gaulle n'a jamais cessé de porter aux questions économiques, surtout dans la mesure où elles réagissaient sur l'emploi et la condition des travailleurs.


PAUL HUVELIN,

président du CNPF

 


Lucide dans l'analyse, ferme dans le dessein, impérieux dans l'action, impavide dans le danger et poursuivant sa route, il s'est dévoué à la France, ne lui demandant qu'une seule faveur, « celle de l'accueillir un jour dans sa bonne et sainte terre ». Ce jour est venu.


Louis JOXE,
ancien ministre

 

 

En ces heures douloureuses, nous Français libres mesurons une nouvelle fois la grandeur de la voie que le Général nous a tracée dans son appel du 18 juin. Bouleversés par la disparition de notre chef et président d'honneur, résolument fidèles
à l'idéal qu'il a si clairement défini aux jours les plus sombres de notre histoire, nous sommes dans une même et fervente pensée près de vous et de votre famille.

Votre deuil est le nôtre et nous nous efforcerons d'avoir votre courage devant lequel nous nous inclinons avec une profonde émotion et la plus déférente sollicitude.


AMIRAL CHARLES EDOUARD LA HAYE,
président de l'Association des Français libres (à Madame de Gaulle)

 


Rappelez-vous sa voix forte, sans ornements, qui vous parvenait entre nos indicatifs et à travers le brouillard, sa voix qui ralliait les cœurs et convainquait les esprits.

On l'a dit et redit, mais il faut le redire pieusement, sa voix : c'était en vérité, la voix de l'espérance. Cette voix dont on finit presque en l'évoquant par parler comme d'une personne, était la voix d'un homme chez qui le trait dominant était sans doute cette passion avec laquelle il voulait servir son pays. [...]

L'orgueil était sans doute présent, mais ce qui pouvait le satisfaire n'était pas de nature personnelle, ce qui pouvait le satisfaire c'était d'aller, sans se retourner, sur la route étroite au bord de laquelle finirait les souffrances des hommes et des femmes et reprendrait le cours d'une histoire lavée de ses taches.

Ce soir, alors que de nouveau je parle à un grand nombre de ceux qui l'écoutaient derrière les volets clos de la guerre, je redis, simplement en effet : «Merci, mon Général».


JEAN MARIN

 

 

Cette religion - ne craignons pas le mot - de la France et de l'Etat fut sans doute plus forte en lui que toute conviction idéologique. Son respect de la souveraineté populaire semble bien s'être fondé moins sur le dogmatisme démocratique que sur la nécessité de fonder l'Etat sur un principe susceptible de remplacer le droit divin tombé en désuétude, et les « idées de 1789 » valaient moins en elles-mêmes, aux yeux de cet aristocrate, que parce qu'elles lui semblaient les seules susceptibles d'assurer à la France, dans le monde où elles s'étaient répandues, une audience universelle et une capacité d'action et d'influence à la mesure de cette universalité.


THIERRY MAULNIER,
de l'Académie française, Le Figaro

 

 

 

De Gaulle n'aura pas seulement eu raison dans les faits : il triomphe par le verbe. Celui qui fait l'Histoire et celui qui l'écrit ne sont ici qu'un seul et même homme. De même que le premier a influé sur les événements au point d'en changer le cours, le second, grâce aux pouvoirs de l'écriture en a définitivement arrêté et fixé le sens. Ce que l'un a construit avec des actes, l'autre l'acheva avec des mots.
Comme l'écrivain encore, De Gaulle est grand.


CLAUDE MAURIAC,

L'Actualité

 


Le général de Gaulle s'intéressait à tout ce qui magnifiait le nom de la France et il fut le premier à intégrer le sport dans les activités de renom du pays. Les sportifs furent très sensibles à ces marques d'intérêt de la part d'un tel homme d'Etat


LUCIEN MIAS,
ancien capitaine de l'équipe de France de rugby

 

 

Le général de Gaulle ne méritait pas de tiédeur, surtout quand on le combattait. Je me suis souvent inspiré de ses hautes leçons en demeurant fidèle, au besoin contre lui, à l'idée que je me faisais des intérêts de la France et de l'avenir de notre société. Aujourd'hui, je pense dans le recueillement à cet homme et à son destin. Ils ont de quoi faire méditer les Français. On ne peut pas aimer la France plus qu'il ne l'a aimée. Sur ce plan qui est le meilleur, j'éprouve avec tristesse la mort de Charles de Gaulle.


FRANÇOIS MITTERRAND,
ancien ministre
 

 

Je pense à notre première rencontre à Londres en 1940. En ces heures tragiques, il eut le courage d'évoquer l'avenir. Il fut un des rares hommes qui, au bord de l'abime, crurent à l'espoir. Quelles que soient les différences d'opinions qui, dans la paix, ont pu se développer, je pense que tous les Français doivent lui rendre hommage.


JEAN MONNET,
président du Comité pour les Etats-Unis d'Europe

 


Aujourd'hui, sous le coup de l'émotion, les Français mesurent leur dette envers le général de Gaulle, il leur faudra sans doute très longtemps pour comprendre l'immensité des transformations qu'il a provoquées ou accélérées en France, plus fondamentales sans doute que celles qu'aucun autre homme dans l'histoire du pays avait entraînées. Il appartient avant tout à « l'armée de ceux qui l'ont soutenu » de poursuivre la tâche qu'il avait entreprise, selon sa propre prophétie en montrant au peuple l'exemple de la volonté et de la cohésion qu'il leur avait lui-même inspiré. Mais désormais tous les Français sont ses héritiers.


ALAIN PEYREFITTE,
ancien ministre, président des Affaires culturelles et sociales

 

Le général de Gaule n'a pas voulu de funérailles nationales.
Mais la France lui aura donné ce qu'aucune autorité officielle ne peut commander. Le peuple français tout entier a pris le deuil, spontanément, dans toutes ses familles, dans toutes ses provinces, en apprenant que le général de Gaulle avait cessé de vivre.
De mémoire de Français, on ne peut se souvenir d'une unanimité aussi complète, d'une émotion aussi intense après la mort d'un chef militaire ou politique. L'univers s'est associé au deuil de la France.


RENE PLEVEN,
garde des Sceaux, Le Progrès

 


Quoi qu'on puisse dire de telle ou telle de ses options, le général de Gaulle n'en a pris aucune sans être convaicu qu'elle était, clans la conjoncture du moment, la plus conforme à l'intérêt et à la grandeur de la France. Sa retraite et son effacement même, furent l'achèvement de son total dévouement à la France.


R.P. MICHEL RIQUET

 

Ceux qui ont eu l'honneur de l'approcher ont toujours su, en le quittant, qu'ils venaient de voir la vivante représentation de l'Etat, le serviteur et l'instrument de l'existence de la nation. Ils lui doivent d'avoir perçu et éprouvé en sa personne le sens de la grandeur humaine.


JACQUES RUEFF,
de l'Académie française

 

Le général de Gaulle, libérateur de la patrie, restera aussi l'homme d'Etat qui a appuyé de toute son autorité le courant de libération des travailleurs par la participation.


CFDT

(à Madame De Gaulle)

 


Que de femmes ! Les hommes portent mal les fleurs : si loin que remonte notre mémoire, il y a plus de femmes que d'hommes pour les offrandes, fût-ce au péril de leur vie. Buchenwald et Dachau montent vers l'arche funéraire, avec toutes les ombres qui choisirent d'accepter la mort - et plus que la mort. Soldats de nos chars, dactylos qui cachaient nos postes émetteurs, et la multitude suppliciée des camps d'extermination.

La politique a enfin perdu son sens : les conseillers municipaux communistes sont là. Des femmes qui portent le petit drapeau à croix de Lorraine partagent leur bouquet avec des voisines qui portent l'Huma et n'ont pas trouvé de fleurs. Ceux qui piétinent dans la nuit pluvieuse n'appartiennent plus qu'à la communion que leur révèle ce mort sans cercueil. Comme les nôtres qui ont crié son nom au poteau d'exécution.


ANDRE MALRAUX,

Le Miroir des Limbes, II

 La Corde et les souris, IV

© Editions Gallimard

 

 

Pour chacun des jeunes Français qui hier ont pris leur part du deuil de la nation, il ne s'agissait sans doute pas nécessairement de marquer un engagement ni même une préférence politique, mais plus probablement l'intérêt que suscite un destin exceptionnel alors qu'il est achevé.
Bien au-delà de la politique, il faut voir là une sorte d'adhésion de la jeunesse à ce qui chez de Gaulle sortait du commun : le courage, l'ambition, le goût de la grandeur, c'est-à-dire le mépris de la petitesse, l'aptitude à marquer le monde de son empreinte, la capacité de prendre de grands risques et de jouer gros jeu avec la vie.
L'image de De Gaulle ainsi réduite à ces lignes de force, comment ne séduirait-elle pas ceux qui abordent l'âge d'homme ?


CLAUDE VINCENT,

France-Soir