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Déclaration commune franco-soviétique - 30 juin 1966


 

Déclaration commune franco-soviétique - 30 juin 1966



Sur l'invitation du Praesidium du Soviet suprême et du gouvernement de l'Union soviétique, le président de la République française et Madame de Gaulle ont été, du 20 juin au 1er juillet 1966, les hôtes de l'Union soviétique.


Au cours de son séjour, le président de la République française, qui était accompagné par le ministre des Affaires étrangères, M. Couve de Murville, a accompli un voyage qui lui a permis de prendre contact avec les principales régions de l'U.R.S.S. et de discerner les aspects les plus caractéristiques de la vie et de l'activité du peuple soviétique.

Le président de la République a eu à Moscou des entretiens avec M. L.I. Brejnev M. A.N. Kossyguine et M. N.V. Podgorny. M. Maurice Couve de Murville, ministre des Affaires étrangères de France, et M. A.A. Gromyko, ministre des Affaires étrangères de l'U.R.S.S., ont participé à ces entretiens, ainsi que M. Philippe Baudet, ambassadeur de France en U.R.S.S., et M. V.A. Zorine, ambassadeur de l'U.R.S.S. en France.
Ces conversations, qui se sont déroulées dans le climat de grande cordialité conforme aux relations amicales et aux liens historiques existant entre les deux pays, ont permis des échanges de vues utiles et approfondis sur les grands problèmes de la politique internationale, ainsi que sur les rapports franco-soviétiques.

Les problèmes européens ont retenu en premier lieu l'attention du général de Gaulle et des hommes d'État soviétiques. Ces problèmes sont, bien entendu, d’une importance essentielle pour la France et pour l'Union soviétique, car c'est de leur solution que dépend l'établissement dans le continent tout entier d'une situation normale et, par conséquent, d'une paix réelle et stable. Il s'agit avant tout pour eux de la sécurité européenne et de la question allemande, sur lesquelles les deux parties ont échangé leurs vues.

Les deux gouvernements sont d'accord pour penser que les problèmes de l'Europe doivent être considérés d'abord dans un cadre européen. Ils estiment que les États du continent doivent consacrer leurs efforts à la création des conditions nécessaires aux accords à conclure et, en particulier, à l'établissement d'un climat de détente entre tous les pays, à l'Est et à l'Ouest. Un tel climat, en effet, favoriserait entre eux le rapprochement et, par conséquent, l'examen et le règlement des problèmes qui se posent.

Pour la France, comme pour l'Union soviétique, le premier objectif est, dans cet esprit, la normalisation, puis le développement progressif des rapports entre tous les pays européens, dans le respect de l'indépendance de chacun et la non-intervention dans ses affaires intérieures. Cette action doit se poursuivre dans tous les domaines, qu'il s'agisse de l'économie, de la culture, de la technique, et, naturellement, de la politique.

Il a été constaté de part et d'autre avec satisfaction que des progrès notables avaient déjà été réalisés vers la normalisation de la situation en Europe. Elle doit être poursuivie avec la volonté d'ouvrir enfin la voie à une coopération féconde de l'Europe tout entière.

La France et l'Union soviétique sont convenues que leur propre coopération peut apporter à une telle évolution une contribution décisive. Elles constatent avec satisfaction qu'en ce qui les concerne, depuis ces dernières années, des progrès importants ont été accomplis, que viennent consacrer le voyage du général de Gaulle à Moscou et les entretiens qu'il a eus à cette occasion avec les dirigeants soviétiques. Elles sont résolues à poursuivre dans cette voie, en s'efforçant d'associer progressivement à leurs efforts l'ensemble des pays européens.

La situation dans le Sud-Est asiatique a été examinée. Il a été constaté que la situation dans la péninsule indochinoise était de plus en plus préoccupante, en raison de l'aggravation de la guerre au Vietnam, qui multiplie dans ce pays les souffrances et les destructions et rend toujours plus précaire la situation des États voisins, Cambodge et Laos.

Le gouvernement français et le gouvernement soviétique continuent de penser que la seule issue possible à une telle situation, qui représente une menace pour la cause de la paix, est un règlement sur la base des accords de Genève de 1954, excluant toute intervention étrangère au Vietnam. Ils sont d'accord pour continuer, dans cet esprit, à échanger leurs informations et à confronter leurs vues.

Les deux parties ont discuté du problème du désarmement. Elles ont constaté avec regret que jusqu'à présent aucun accord n'est intervenu pour entrer dans la voie d'un désarmement général et contrôlé. On a souligné de part et d'autre le danger que représente pour la paix la dissémination des armes nucléaires. Compte tenu de l'importance capitale des problèmes nucléaires, non seulement quant à la dissémination des armes atomiques, mais quant à l'interdiction de leur fabrication et à la destruction des stocks existants, i1 a été reconnu qu'il était nécessaire que les puissances disposant de ces armes discutent des moyens propres à assurer dans ce domaine un désarmement véritable.

En ce qui concerne l'Organisation des Nations Unies, il a été pris note avec satisfaction des progrès réalisés dans le sens d'une plus exacte conscience du rôle qui est dévolu à l'Organisation par la Charte, ainsi que des efforts en cours pour chercher à introduire plus de rigueur financière et administrative dans son fonctionnement.


Les relations bilatérales franco-soviétiques ont été examinées avec le désir de rechercher toutes les possibilités de développer au maximum les échanges et la coopération.

Les problèmes concernant un développement progressif de la coopération économique entre les deux pays ont été soumis à un large examen. Les échanges entre la France et l'Union soviétique se font sur la base de l'accord commercial à long terme signé le 30 octobre 1964. Cet accord, conclu pour une durée de cinq ans, détermine la nature des marchandises à importer et à exporter de part et d'autre et prévoit un accroissement substantiel et réciproque du commerce. Les conditions dans lesquelles cet accord a été appliqué depuis sa signature ont été examinées. On s'est déclaré convaincu de part et d'autre qu'il existe de larges possibilités, non seulement d'en appliquer toutes les dispositions dans l'intérêt du développement des rapports économiques entre les deux pays, mais encore d'accroître les échanges mutuels au-delà des objectifs prévus par l'accord.

Les deux parties ont approuvé le principe de la création d'une commission mixte permanente franco-soviétique, composée de représentants d'un rang élevé, qui serait chargée d'examiner de façon régulière les problèmes pratiques posés par l'exécution des accords commerciaux, économiques et technico-scientifiques existants et de rechercher, au-delà de la période de cinq ans prévue pour l'exécution de l'accord commercial, les possibilités de développer dans ces domaines les échanges et la coopération en vue de leur assurer des perspectives plus larges et plus stables.

Des deux côtés a été exprimée la volonté d'appliquer dans toutes ses dispositions l'accord franco-soviétique du 22 mars 1965 concernant la télévision en couleurs. Compte tenu de la confiance que les deux parties accordent au procédé qu'elles ont choisi en commun, ainsi que des délibérations internationales en cours, elles sont convenues de poursuivre leur coopération pour la mise en exploitation industrielle de ce procédé.


Les deux parties ont accordé une grande attention au développement des échanges dans les domaines de la culture, de la science et de la technique, estimant que de tels échanges contribuent à renforcer les rapports d'amitié, en même temps qu'ils servent utilement les intérêts mutuels. Elles ont constaté avec satisfaction les mesures prises pour favoriser les contacts, multiplier les missions, travaux et recherches et en accroître la qualité.

Elles se sont félicitées du niveau déjà atteint par les relations culturelles franco-soviétiques, notamment dans les domaines de l'enseignement supérieur, de la médecine, des arts, des expositions, du sport, etc. Il a été décidé d'augmenter les échanges dans tous ces domaines et, en particulier, d'accroître les efforts déjà entrepris pour organiser l'enseignement dans chaque pays de la langue de l'autre.

Quant aux relations scientifiques franco-soviétiques, il a été constaté que les contacts entre savants et chercheurs français et soviétiques étaient devenus nombreux et fructueux. Leur développement au profit mutuel des deux pays sera encouragé.


Les conversations ont permis de constater les bons résultats déjà obtenus dans le cadre de la coopération entre la France et l'U.R.S.S. pour l'utilisation pacifique de l'énergie atomique. Il a été pris note des plans formés de part et d'autre pour élargir la base des travaux menés en commun, en particulier dans la physique des hautes énergies.


Les ministres des Affaires étrangères ont signé un accord de coopération pour l'étude et l'exploration de l'espace à des fins pacifiques, ainsi qu'un accord sur la coopération scientifique, technique et économique. Le gouvernement français et le gouvernement soviétique attachent une grande importance à ces deux accords qui permettront d'accroître les échanges et de développer la coopération entre les deux pays en matière de science et de technique, notamment dans les domaines les plus avancés.

Il a été décidé de part et d'autre de conclure entre la France et l'Union soviétique une convention consulaire et d'engager très prochainement des négociations à cet effet.

En vue de renforcer la confiance mutuelle et d'élargir les domaines d'entente et de coopération entre la France et l'U.R.S.S., les deux gouvernements ont décidé de poursuivre des consultations entre eux de manière régulière.

Ces consultations porteront sur les problèmes européens et sur les autres problèmes internationaux d'intérêt commun. Les deux gouvernements s'efforceront de concerter leurs efforts dans l'intérêt de la paix et de la sécurité en Europe et dans le monde. Les consultations porteront également sur les relations bilatérales, compte tenu de la volonté des deux parties de développer les relations amicales et une coopération plus poussée entre la France et l'U.R.S.S.

Afin de renforcer les contacts mutuels au niveau le plus élevé, la France et l'Union soviétique ont décidé d'établir entre le Kremlin et l'Élysée une ligne de communication directe qui pourra être utilisée pour des échanges de vues et l'envoi de messages toutes les fois où cela paraîtra nécessaire.

Le général de Gaulle a invité à se rendre en France en visite officielle les dirigeants soviétiques avec lesquels il a eu des entretiens, MM. L.I. Brejnev, A.N. Kossyguine et N.V. Podgorny. Cette invitation a été acceptée par eux avec gratitude au nom du Praesidium du Soviet suprême de l'U.R.S.S. et du gouvernement soviétique.

La visite du général de Gaulle en U.R.S.S. et les entretiens auxquels elle a donné lieu constituent une contribution capitale au développement de l'entente entre la France et l'Union soviétique, entre le peuple français et le peuple soviétique. De cette manière est affermi un sentiment renaissant de confiance dans une Europe qui doit marquer davantage son rôle traditionnel de foyer de la civilisation et agir en commun dans l'intérêt du progrès et de la paix dans le monde entier.


Le président de la République française     Le président du Praesidium du Soviet suprême de l'U.R.S.S.