50e anniversaire de la rencontre entre de Gaulle et Adenauer
11 octobre 2008, exposition bilingue franco-allemande à Colombey-les-Deux-Eglises.
26 novembre 2008, manifestation franco-allemande de Bad Kreuznach.
La municipalité de Bad Kreuznach (44 000 habitants, Rhénanie-Palatinat) ayant décidé de commémorer le 50e anniversaire de la rencontre à Bad Kreuznach entre le président de Gaulle et le chancelier Adenauer, avait invité la Fondation Charles de Gaulle à participer à cette manifestation à laquelle le Burgmeister, M. Andreas Ludwig, tenait à donner un caractère exceptionnel, à la fois festif, pédagogique et politique. C’était tenir compte du rôle particulier joué depuis longtemps par la Fondation dans le domaine de la relation franco-allemande, que ce soit par les commémorations décennales de la signature du traité de l’Elysée ou, dernièrement, en organisant à Colombey-les-Deux-Eglises, en présence du président Sarkozy et de la chancelière Merkel, l’inauguration, du Mémorial de Gaulle et d’une exposition temporaire bilingue consacrée à la relation entre de Gaulle et Adenauer.
Cette dimension franco-allemande s’appuyait aussi sur la présence de l’association française locale, d’une délégation de Colombey présidée par son maire, M. Babouot, et d’une délégation de Bourg-en-Bresse dont le jumelage avec Bad Kreuznach, en 1963, fut l’un des premiers du genre. Outre la présence d’une délégation de la Fondation de la Maison du chancelier Adenauer à Rhöndorf, partenaire efficace de la Fondation de Gaulle dans la réalisation de l’exposition de Colombey (avec M. l’ambassadeur Dieckmann, la directrice Mme Corinna Franz, le petit-fils et la petite-fille d’Adenauer, la secrétaire du chancelier Mme Poppinga et son interprète M. Hermann Kusterer) et d’une délégation de la Fondation Konrad Adenauer (KAS), la dimension nationale allemande reposait entre autre sur la participation, parmi de nombreuses personnalités locales et régionales, du président du Parlement européen, M. Hans-Gert Pöttering, et du vice-président du Bundesrat, M. Peter Müller qui est aussi le président de la Sarre et l’ancien plénipotentiaire franco-allemand pour les relations culturelles, engagé en particulier dans l’édition du manuel d’histoire franco-allemand.
Le programme, dense, occupa tout l’après-midi à partir de 15 h. Après le dépôt d’une gerbe devant la stèle dédiée aux deux hommes d’Etat à l’entrée du Kurhaus où se tint leur rencontre, une saynète originale, créée pour l’occasion et jouée avec naturel sur les marches du bâtiment, permit d’expliquer de manière vivante ce que fut cette rencontre, son importance et sa portée.
Ensuite, dans la grande salle de réunion, un long « show », ponctué avec efficacité par le maire de Bad Kreuznach, alternait des séquences musicales sur des chansons d’Edith Piaf, interprétées avec talent par une artiste allemande, la présentation des personnalités présentes, les discours et une longue séquence audio-visuelle, de Charlemagne à 1970, qui mettait en perspective la rencontre du 26 novembre 1958. Assez libre quant au choix des événements, leur exactitude ou leur interprétation, cette séquence permettait de se familiariser avec l’histoire petite et grande de cette ville et de sa région, marquée par les occupations françaises du passé, mais aussi quartier général de l’armée du Reich durant la grande guerre et lieu choisi par de Gaulle lui-même (paraît-il) pour sa deuxième entrevue officielle avec Adenauer.
Ainsi était bien mise en lumière l’importance que les Allemands, à juste titre, attachent à cette rencontre, six semaines après celle de Colombey dont elle est le pendant, étape marquante de la réconciliation franco-allemande, en un haut lieu particulièrement emblématique de la vieille Allemagne. L’examen du livre d’or (Eisenbuch) de la Ville en témoigne symboliquement, puisque avant la page écrite en belles carolines et marquée des signatures du président de Gaulle et du chancelier Adenauer, on trouve les pages calligraphiées en caractères gothiques lors des congrès du parti nazi et, plus nombreuses encore, celles marquant le passage en 1917-18 des états-majors des armées du Reich, avec Guillaume II, Hindenburg, Ludendorff. On voit par là combien la réconciliation franco-allemande s’est faite en toute connaissance réciproque et non dans l’oubli ou l’ignorance du passé.
A plusieurs reprises, le maire et d’autres orateurs (Hermann Kusterer notamment) rappelèrent l’ampleur et le succès de la commémoration du 11 octobre dernier à Colombey, rendant hommage au rôle de la Fondation Charles de Gaulle. Le caractère politique de la séance ressortit également des discours des deux principaux invités politiques, tous deux membres de la CDU. Le président Pöttering insista avec conviction sur la dimension européenne de l’action du général de Gaulle, montrant combien il était considéré comme un des réalisateurs de l’Europe avec, certes, des pionniers comme Jean Monnet et Robert Schuman, et combien cette orientation initiale devait être maintenue. Le ministre-président Peter Müller mit en lumière avec émotion la dimension affective de la réconciliation franco-allemande après les drames cruels du passé, et insista sur la nécessité d’entretenir la relation particulière entre nos deux pays, notamment par un effort accru pour l’enseignement des deux langues. Enfin, une allocution de la chancelière Merkel, enregistrée pour l’occasion, confirmait l’importance que l’Allemagne, au plus haut niveau, accordait à cette manifestation.
Cette séance à laquelle assistaient environ 200 personnes prit fin vers 20 h, après les témoignages passionnants de Mme Poppinga et de M. Kusterer, auteur d’un livre remarquable sur les deux grands hommes qu’il eut le privilège de servir de près , et un débat de bonne tenue animé par le journaliste-historien M. Koch, entre M. Pöttering et l’historien germaniste Henri Ménudier, de l’université Paris III, sur le présent et l’avenir de la relation franco-allemande.
La presse était présente tout au long de la séance. A l’issue de la manifestation, Frédérique Dufour, commissaire du projet muséographique du Mémorial de Gaulle, eut l’occasion de donner devant la caméra, en allemand et en français, son commentaire sur le contenu du montage audio-visuel présenté.
Au cours du grand repas commémoratif qui suivit - avec le même menu qui avait été servi au Général et au Chancelier - il y eut diverses prises de parole, notamment du maire, de M. Konrad Adenauer, petit-fils du chancelier, et de M. Antoine Dupont-Fauville, secrétaire général de la Fondation Charles de Gaulle, qui offrit ensuite la médaille de la Fondation au maire de Bad Kreuznach, à Mme Poppinga et à M. Kusterer.
Au total, une manifestation d’amitié franco-allemande originale et dont l’ampleur était inattendue, tout comme la chaleur d’un accueil auquel furent très sensibles les différentes délégations françaises. La présence de la Fondation Charles de Gaulle, conforme à sa mission, y fut grandement appréciée. Cette manifestation illustrait la force du lien franco-allemand, par-delà les aléas politiques ou la tendance lourde à l’anglicisation de la communication. Elle témoigne que pour les Allemands aussi le souvenir du chancelier Adenauer et de sa relation avec de Gaulle constitue un fondement historique fort, même si la structure mémorielle allemande fait qu’il ne peut pas avoir l’équivalent de la dimension patrimoniale quasi unanimiste du souvenir du général de Gaulle en France. A côté de quelques autres, Bad Kreuznach est aussi un haut lieu gaullien, et cette fête contribuera à faire prendre conscience que des liens sont à tisser et à renforcer aussi à l’échelon régional et local avec nos partenaires et amis allemands.














