Commémoration du bicentenaire de la bataille d'Austerlitz

le 2 décembre 2005, la Fondation Charles de Gaulle accueille Madame Alliot-Marie ministre de la Défense au Château d'Austerlitz.

 

 
 

A l'initiative de la Fondation Charles de Gaulle il y a bien eu une présence française officielle en République Tchèque lors des manifestations de commémoration de la bataille d'Austerlitz, dont c'était le bicentenaire, les 2 et 3 décembre 2005.

La Fondation Charles de Gaulle a commémoré la victoire d'Austerlitz en cette année de bicentenaire, parce que le "2S" est la fête par excellence de l'Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr, fondée en 1803 par le Premier Consul, et que Charles de Gaulle est sans conteste le plus illustre des Saint-Cyriens.

Après une visite du champ de bataille d'Austerlitz agrémentée de commentaires scientifiques, la Fondation Charles de Gaulle a reçu le ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie au château d'Austerlitz, le 2 décembre au soir pour un dîner de gala.

 

Discours d'Yves Guéna au château d'Austerlitz, le 2 décembre ‏2005 en présence de Madame Alliot-Marie, ministre de la Défense

 

"Nous voici donc à Austerlitz, en ce 2 décembre 2005, bicentenaire de cette victoire historique.

Ce jour-là vont s'affronter 75 000 Français commandés par Napoléon 1er, et 95 000 Austro-Russes aux ordres du Maréchal Koutousov en présence de l'Empereur d'Autriche et du Tsar. Ce sera « la bataille des trois empereurs ».

La victoire, malgré l'infériorité numérique des Français, résultera de l'intuition géniale de Napoléon. Dès la veille, dans un ordre du jour à ses troupes, il annonce que l'ennemi tentera d'envelopper notre aile droite, que nous l'en empêcherons et que nous contre-attaquerons, sur le plateau de Pratzen, son centre dégarni. Or, c'est bien ainsi que tout se déroulera.

Cette bataille a laissé des images qui ne se sont pas effacées des mémoires. Dans la nuit, l'Empereur fait la tournée de avant-postes. L'apercevant, ses soldats brandissent des torches et crient « Vive l'Empereur ». Ces feux et ces vivats, l'ennemi intrigué les a perçus. Le 2 décembre, à 7 heures du matin, à l'aube, la bataille s'est engagée ; et lorsque le jour se lève, la brume soudain se dissipe et le « soleil d'Austerlitz » brille sur le champ de bataille. Au début de l'après-midi, la tentative d'enveloppement de notre aile droite a tourné à la confusion des Austro-Russes, et le plateau de Pratzen est tombé entre nos mains. Au milieu de l'après-midi, la victoire était acquise.

Et quelle victoire ! L'empereur d'Autriche va vers Napoléon et lui demande la paix. Le Tsar regroupe ses troupes éparses et prend la direction de Moscou. (Bon communicant, il rentre dans sa capitale comme s'il avait accompli un fait d'armes et son peuple l'acclame !). Mais Autriche et Russie ont quitté la coalition. Bien plus, le roi de Prusse qui accourait à bride abattue pour annoncer à l'Empereur d'Autriche et au Tsar, son ralliement, n'eut plus qu'à aller s'incliner devant Napoléon.

Austerlitz, une victoire dont nous pouvons être fiers. Mais honneur aussi au courage malheureux. Le Général de Gaulle nous a appris qu'il était normal d'être patriote, mais qu'on ne devait pas être nationaliste, car si le patriote aime sa patrie, la nationaliste n'aime pas les autres nations. En tant que patriotes, nous pouvons donc rendre hommage à Koutousov dont l'action n'a certainement pas été simplifiée avec la présence sur le champ de bataille des deux Empereurs, l'Autrichien et le Russe.

On peut maintenant se poser quelques questions.

D'abord, que faisait donc l'armée française en Moravie ? Interrogation superfétatoire car depuis la seconde moitié du 15ème siècle, (avant non, à cause de la guerre de Cent Ans), l'armée française se retrouve partout à travers le monde. Nous nous sommes battus dans toute l'Europe, de Gibraltar aux Balkans et jusqu'à Narvik, sur tous les territoires du Saint-Empire romain germanique, et nous irons même à Moscou. Notre armée a combattu dans les deux-tiers de l'Afrique, et on l'y retrouve encore de nos jours. En Asie, nous avons combattu dans la péninsule indochinoise ; n'oublions pas qu'au milieu du 19ème siècle, nous fûmes à Pékin, et qu'en 1919, nous serons à Vladivostok. En Amérique, nous avons tenu le Canada au 17ème et au 18ème siècle, pas au-delà, hélas ; et nous apporterons dans la Guerre d'Indépendance, un concours décisif à la victoire des Insurgents, ce que les Etats-Unis semblent avoir oublié. Je passe sur le Mexique, théâtre d'une malheureuse expédition qui a toutefois laissé, avec la Légion étrangère à Camerone, le souvenir d'un haut fait d'armes.

En 1805, en Moravie, nous vivons un grand moment de notre histoire avec ces 23 ans de campagnes, de 1792 à 1815. Nous avons alors porté, à travers l'Europe, le grand message de la Révolution, la Liberté et l'Egalité, même si nous nous sommes servis au passage en annexant quelques territoires pour garantir nos frontière naturelles. Oui, nous avions alors, au temps de la Révolution et de l'Empire, inscrit sur nos drapeaux ces mots qui ont eu des répercussions dans toute l'Europe, en 1830 puis en 1848… sans oublier le système métrique.

Aussi bien, ne peut-on comparer Napoléon à Hitler, ni l'armée française aux SS, ni nos lois au nazisme. D'ailleurs, en dehors de l'Espagne où l'on a commis des fautes qui ont entraîné la révolte, dans le reste de l'Europe, les actes de résistance furent exceptionnels. Une dizaine d'années après Waterloo, Chateaubriand se rendant en Allemagne, raconte comment son secrétaire, qui arborait la Légion d'Honneur, était partout entouré d'égard exceptionnels. Et il évoque ces Allemands qui, se souvenant en souriant du passage des troupes françaises, rappelaient que nos soldats « appréciaient beaucoup leur bière et leurs femmes ».

Non, nous n'avons pas à rougir de ce quart de siècle de gloire de notre armée. Tout est à retenir.

Enfin, dernière question, pourquoi la Fondation Charles de Gaulle a-t-elle pris l'initiative de marquer ainsi la victoire d'Austerlitz avec une délégation de Saint-Cyr, des représentants d'un glorieux régiment d'artillerie et nombre d'officiers généraux que nous remercions de nous avoir accompagnés ?

C'est que, comme le Général de Gaulle, nous sommes attachés à l'Histoire de France, « La France, la madone aux fresques des murs ». Il y a une sorte de permanence de notre histoire. Duby, historien incontesté écrit : « L'Histoire de Jeanne d'Arc, c'est miraculeux, c'est incroyable, et pourtant c'est vrai ». Je suis tenté de dire que quelque chose de miraculeux entoure aussi celui qui, le 18 juin 1940, était seul à Londres derrière son micro et qui, le 26 août 1944, au lendemain de la Libération de Paris par les forces de la Résistance (« La flamme de la Résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas ») et par une division des Forces Françaises Libres, descendit les Champs-Elysées acclamé par deux millions de Parisiens, c'est à dire par la France entière. Et moins d'un an plus tard, nous étions signataires de la capitulation allemande et nous disposions d'une zone d'occupation en Allemagne, avant d'entrer à l'ONU avec l'un des cinq sièges permanents du Conseil de Sécurité. Nous étions redevenus une grande puissance.

Revenons à Austerlitz. Le 2 décembre 1804, celui qui en 1792 était capitaine d'artillerie, est sacré, à Notre Dame, Empereur des Français ; et un an plus tard, jour pour jour, il remporte cette éclatante victoire. N'est-ce pas merveilleux ?

Allons, n'hésitons pas. En terminant , c'est vraiment l'occasion de crier « Vive la France ! »"