LA MEMOIRE

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André Dewavrin (9 juin 1911- 20 décembre 1998)

André Dewavrin, dit Colonel Passy (9 juin 1911 - 20 décembre 1998)André Dewavrin naît à Paris le 9 juin 1911. Ses origines l’attachent au Nord de la France : sa mère est issue de la bourgeoisie industrielle de cette région, et son grand-père paternel, Omer Julien Dewavrin, a été maire de Calais à la fin du XIXe siècle. Ses études ont pour cadre des établissements privés catholiques, jusqu’à son entrée à l’Ecole polytechnique. Il en sort en 1933 et poursuit la carrière militaire « classique » d’un jeune officier jusqu’à la déclaration de guerre.

 

Il participe aux opérations militaires des Alliés en Norvège, au printemps 1940, et ne rentre en France que le 16 juin. Mais dès le 21 juin 1940, le capitaine Dewavrin est en Angleterre, où il se rallie au général de Gaulle. Ce dernier lui confie la responsabilité des 2e et 3e bureaux de son état-major.

 

Il lui revient donc de doter la France Libre d’un service de renseignement digne de ce nom. Il s’acquitte de sa tâche à force de détermination, de courage et de dévouement. Ce qui fera dire à Jean-Louis Crémieux-Brilhac que Dewavrin est « un de ces quatre ou cinq hommes sans qui, aux côtés du général de Gaulle, la France Libre n’aurait pas été ce qu’elle fut ».

 

Aidé par les services secrets britanniques et en particulier par le colonel Claude Dansey, il réussit à dépasser l’amateurisme des débuts –il ne peut alors compter que sur quelques officiers rescapés comme lui de la bataille de Narvik- et établit des contacts réguliers avec la Résistance intérieure à partir de 1942. Très vite, ses ennemis au sein de la France Libre lui taillent pourtant une réputation d’adversaire de la démocratie, voire d’ancien cagoulard.
Avec Pierre Brossolette, il conduit la mission « Arquebuse-Brumaire » de janvier à avril 1943, dans la France occupée. A leur retour, ils sont tous deux faits compagnons de la Libération.

 

En novembre 1943, le bureau central de renseignement et d’action (BCRA) d’André Dewavrin est rattaché à la Direction générale des services spéciaux placée sous l’autorité politique de Jacques Soustelle. Celui qu’on appelle de plus en plus « le colonel Passy » fait alors fréquemment la navette entre Londres, où son adjoint André Manuel le remplace si nécessaire, et Alger, où se trouve désormais le général de Gaulle.

 

Entre 1940 et 1944, près de 1500 agents et missionnaires auront transité entre la France métropolitaine et le monde libre pour le compte des services secrets d’André Dewavrin. En janvier 1944, la « centrale » londonienne de Duke Street emploie 421 personnes et s’enorgueillit de pouvoir fournir aux Alliés le relevé des fortifications du Mur de l’Atlantique et des défenses de la Mer Méditerranée.

 

A la Libération, André Dewavrin prend la tête de la Direction générale des études et recherches (DGER). Mais il reste la cible des attaques de ceux qui, à travers lui, entendent s’en prendre à de Gaulle. Après la démission de ce dernier de la présidence du Gouvernement provisoire le 20 janvier 1946, Passy est contraint de remettre sa démission à Félix Gouin.

 

Le 5 mai 1946, éclate ce qu’on a appelé « l’affaire Passy ». Accusé d’avoir constitué hors comptabilité un trésor de guerre clandestin qu’il entendait peut-être utiliser à l’occasion de nouveaux combats, il est arrêté et subit une détention particulièrement rigoureuse jusqu’en août 1946. Dès 1947, il publie un premier volume de mémoires pour riposter à ces accusations. Sa démission de l’armée est acceptée en janvier 1949, sans qu’aucun procès ait jamais permis de statuer sur « l’affaire ».

 

Meurtri, André Dewavrin rentre dans la vie privée et se consacre à des activités industrielles et commerciales. Il ne sort de sa réserve que pour apporter un soutien remarqué à François Mitterrand lors de l’élection présidentielle de 1981.

 

André Dewavrin meurt le 20 décembre 1998.