LA MEMOIRE

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Hommage à Bernard Ducamin

Bernard Ducamin, 1920-2012Comme de Gaulle lui-même l’a affirmé dans sa conférence de presse du 10 mars 1952, « chaque Français fut, est ou sera « gaulliste ». On pourrait ajouter qu’il est autant de gaullismes que de Français, ou que chaque Français est gaulliste à sa manière. Si l’œuvre et le message gaulliens ouvrent la voie à de multiples interprétations, toutes ne se valent pourtant pas. Bernard Ducamin était certes trop modeste pour se prétendre plus fidèle à de Gaulle que d’autres. Mais il est permis de considérer que le gaullisme de ce très grand serviteur de l’Etat était particulièrement proche de la pensée et de la sensibilité du général de Gaulle.

 

Pour Bernard Ducamin, le service de l’Etat demeurait en effet, en France, la plus noble des activités profanes. Il s’y est consacré avec passion et ténacité, tout en respectant une discrétion de bon aloi. C’est en effet guidé par une foi fervente que l’homme qui vient de disparaître conduisait sa vie. Son souci de fidélité aux principes évangéliques l’avait très vite conduit à embrasser les préoccupations d’un certain catholicisme social, soucieux de solidarité et de justice.

 

Né à Bordeaux à la fin des années 1920, Bernard Ducamin est trop jeune pour participer aux combats de la Seconde Guerre mondiale. Le choc ressenti face à l’effondrement de la France au printemps 1940 a pourtant pesé, comme chez beaucoup d’hommes de sa génération, dans sa décision d’entrer plus tard au service de l’Etat. A la Faculté de droit et à l’Institut d’études politiques de Bordeaux, Bernard Ducamin conçoit une idée plus précise de sa vocation : il sera juriste. Il réussit le concours de l’Ecole nationale d’administration en 1951 et entre au Conseil d’Etat deux ans plus tard. L’essentiel de sa carrière administrative allait se dérouler au sein de l’institution du Palais-Royal, comme auditeur (1953), maître des requêtes (1960) puis conseiller d’Etat.

 

Bernard Ducamin se rapproche en 1962 du pouvoir exécutif à travers le monde des cabinets ministériels. Conseiller technique puis directeur de cabinet du ministre du Travail Gilbert Grandval (1962-1966), il noue dès cette époque des liens avec ce qu’on appelle « le gaullisme de gauche », sans se risquer toutefois trop avant sur le chemin de la politique active. En 1966, Bernard Ducamin rejoint l’Elysée en qualité de conseiller technique. Il y est notamment chargé des questions sociales et participe à ce titre à la préparation de l’ordonnance du 17 août 1967 sur la participation des salariés aux fruits de l’expansion, avec Edouard Balladur, Pierre Racine et Antoine Dupont-Fauville. C’est pour Bernard Ducamin le point de départ d’un engagement de plus de quarante années en faveur de la participation : une politique ambitieuse en la matière devait permettre, selon lui, de dépasser les antagonismes de classe et de faire prévaloir l’homme sur des logiques strictement comptables et financières. Ce combat, il l’a mené jusqu’à tout récemment avec la certitude de répondre à une des aspirations les plus profondes du général de Gaulle.

 

Bernard Ducamin quitte l’Elysée avec la démission du général de Gaulle au printemps 1969. Sa carrière, dans les années 1970 et 1980, pourra sembler étonnante à l’heure où la mobilité et le pantouflage sont devenues presque obligatoires, dans la haute fonction publique, pour accomplir ce qu’on appelle « une carrière réussie ». Après le départ du général de Gaulle, Bernard Ducamin ne dévie plus en effet de sa fidélité au Conseil d’Etat : il en est un secrétaire général très actif de 1970 à 1979, puis un président de sous-section respecté. Président-adjoint de la section du contentieux (1987-1989), il achève sa carrière comme président de la section des finances du Conseil d’Etat et vice-président de la Cour de discipline budgétaire et financière.

 

Bernard Ducamin a ensuite fait bénéficier la Fondation Charles de Gaulle de ses souvenirs d’ancien collaborateur du général de Gaulle… et de ses compétences de juriste. Membre du Conseil scientifique de la Fondation, il rejoint son conseil d’administration en 2002 et y siège huit ans. Il est un des artisans de la modernisation des statuts et du règlement intérieur de la Fondation Charles de Gaulle, en 2005. Il préside également la commission mise en place par le Président Jacques Chirac pour réfléchir à ce qui devait devenir l’Historial Charles de Gaulle, aux Invalides. Très sensible à la rigueur et à l’humanisme du père de la Déclaration universelle des droits de l’homme, Bernard Ducamin assume avec bonheur les fonctions de Secrétaire général de l’Association pour la fidélité à la pensée du Président René Cassin, après avoir activement participé à sa création. Il fait également bénéficier la Conférence des évêques de France de son expertise juridique et effectue deux mandats d’administrateur au Secours catholique.

 

Ceux qui ont eu la chance de côtoyer Bernard Ducamin se souviendront longtemps de ce juriste rigoureux jusqu’à la méticulosité, mais humain et sincèrement chaleureux, qui considérait comme un honneur d’avoir pu servir le général de Gaulle.