LA MEMOIRE

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Hommage à Jacqueline Péry d'Alincourt

Jacqueline Pery d’Alincourt

La dernière image que nous garderons de Jacqueline sera celle de notre dîner-débat du 25 juin 2008 où répondant aux applaudissements de tous les participants, debout, elle brandit et agita sa canne en signe d’adieu, le visage illuminé d’un vaste sourire et quitta les lieux où venait d’être présenté le livre que lui avait consacré le professeur François Berriot.
A 88 ans Jacqueline avait toujours le visage de la belle jeune femme blonde au regard clair et pénétrant qui, à 20 ans, avait décidé de s’opposer à l’occupation de son pays et à l’humiliation qui en découlait ; à 21 ans, veuve d’un officier, elle estime qu’il faut agir de façon encore plus efficace en multipliant les actes de résistance. Tout naturellement, à l’été 1942 elle s’incorpore à un réseau. Agent permanent, Jacqueline va s’appeler Violaine, elle travaille pour le BCRA et devient une des principales adjointes de Daniel Cordier, lui-même secrétaire de Jean Moulin.
Elle s’occupe du codage et de la transcription des messages ainsi que de la recherche d’hébergements pour les pilotes anglais tombés en France.
En septembre 1943 elle est arrêtée, torturée et interrogée pendant cinq jours et cinq nuits. Après avoir passé six mois à Fresnes elle est déportée à Ravensbrück où ses compagnes de détention seront notamment Germaine Tillon et Geneviève de Gaulle dont elle partagera la paillasse.
Jacqueline avait réussi pendant ses déplacements et ses divers internements à laisser quelques notes et quelques lettres à sa famille. A peine libérée de Ravensbrück elle rédige des textes qui sont autant de témoignages auxquels s’ajouteront les entretiens qu’elle aura avec bon nombre d’interlocuteurs en France et aux Etats-Unis.
Son mariage avec Pierre Pery, rescapé, lui, de Buchenwald lui permettra de commencer dès 1946 un travail de mémoire. Avec ses camarades de Résistance ou de déportation telles Claire Chevillon ou Anise Postel-Vinay, elle n’aura de cesse de faire connaître aux jeunes de tous les pays et de toutes les villes qui l’accueillent ce que fut le patriotisme de la Résistance et l’enfer de la déportation.
Jacqueline Pery d’Alincourt, titulaire de nombreuses décorations étrangères, était Commandeur de la Légion d’Honneur et Grand Croix de l’Ordre national du Mérite.
Geneviève de Gaulle, le 4 décembre 1999, remettra la Grand Croix à Jacqueline et conclura en ces termes :
« Mes amis, je vous propose une légère modification au protocole habituel. Avant de décorer Jacqueline, ma sœur, nous allons faire silence un moment. Ensemble nous rejoindrons, par une pensée intense, si nous le pouvons par la prière, ces femmes et ces hommes de courage, les engagés, qui ont duré dans leur engagement quel qu’en ait été le prix. Non, nous n’avons jamais regretté d’avoir ainsi donné un sens à nos vies, pour notre patrie, au service de la grande cause humaine, « la seule qui vaille », disait notre chef, le général de Gaulle ».
Michel Anfrol
Président des Amis de la Fondation Charles de Gaulle