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Pierre Racine (4 juillet 1909 - 7 août 2011)

Pierre Racine (4 juillet 1909 - 7 août 2011) - photo tirée du site de l'ASSFAM (www.assfam.org)Discret, Pierre Racine l’aura donc été jusqu’à la fin. Sa mort, le 7 août dernier à Paris, n’a pas fait la « une » des journaux, y compris dans ce Languedoc à l’aménagement duquel il avait consacré l’essentiel de ses forces pendant vingt ans.

 

La vie de Pierre Racine a été gouvernée par deux astres apparemment rivaux : le sens du devoir et l’amitié. « Grand commis de l’Etat », certes, et des premiers, Pierre Racine sut en effet montrer, dans l’exercice des importantes responsabilités qui lui furent confiées, une chaleur et une humanité hors du commun.

 

Né le 4 juillet 1909 à Tunis, Pierre Racine resta toujours attaché à l’Afrique du Nord et à l’espace méditerranéen. C’est en préparant le concours d’auditeur au Conseil d’Etat que ce licencié en droit et diplômé de l’Ecole Libre des Sciences politiques rencontre Michel Debré. De deux ans son cadet, celui-ci devient vite un ami. Tous deux sont reçus au concours du Conseil d’Etat en 1935. Pierre Racine travaille ensuite au sein de plusieurs cabinets ministériels. Il est notamment chef de cabinet de Philippe Serre, secrétaire d’Etat au Travail puis à la Présidence du Conseil, qui prête à cette époque une oreille attentive aux leçons d’un certain colonel de Gaulle.

 

Maître des requêtes au Conseil d’Etat en 1942, Pierre Racine est, à la Libération, associé par son ami Michel Debré à l’aventure de la création de l’Ecole nationale d’administration (ENA). Le premier directeur en est l’ancien Commissaire de la République Henri Bourdeau de Fontenay, que Michel Debré a connu dans l’action clandestine. Pierre Racine le seconde en qualité de directeur des stages de 1946 à 1957. Il y est très apprécié des élèves pour sa compétence, sa disponibilité et sa gentillesse. Pierre Racine voit ainsi défiler des générations de serviteurs de l’Etat et de futurs responsables politiques, au nombre desquels Valéry Giscard d’Estaing, François-Xavier Ortoli, Michel Poniatowski, Claude Cheysson ou André Chandernagor.

 

Après un bref retour au Conseil d’Etat, il rejoint le Secrétariat général pour les affaires algériennes en juillet 1958, puis prend la direction du cabinet de son ami Michel Debré à Matignon, en janvier 1959. Ses convictions « libérales » sur la question algérienne sont balancées par son attachement affectif à l’Afrique du Nord. Il vit au plus près les déchirements de Michel Debré et de certains des membres de son cabinet, à mesure que l’indépendance algérienne devient inéluctable.

 

L’épreuve algérienne refermée, Pierre Racine trouve une nouvelle mission à la mesure de ses qualités humaines et intellectuelles exceptionnelles. Il s’agit d’aménager le littoral languedocien pour permettre le développement d’un tourisme populaire à la française, et éviter que le flux des touristes européens soit uniquement capté par la Costa Brava espagnole. La mission interministérielle réussit au-delà même des espérances de ceux qui l’animaient. Il n’est pas exagéré d’écrire à cet égard que Pierre Racine est le « père » de stations balnéaires comme La Grande-Motte et Le Cap d’Agde. Il demeure à la tête de la Mission interministérielle chargée de l’aménagement du littoral de Languedoc-Roussillon pendant plus de vingt ans.

 

Dans la seconde moitié des années 1960, Pierre Racine retrouve un temps l’atmosphère des cabinets ministériels comme chargé de mission auprès de Michel Debré, au ministère de l’Economie et des Finances (1966-1968) puis au Ministère des Affaires étrangères (1968-1969). Une autre fidélité -à une école cette fois- l’empêche de suivre Michel Debré au Ministère de la Défense nationale en 1969 : cette année-là, Pierre Racine est en effet nommé directeur de l’ENA. Il conserve cette fonction jusqu’en 1975.

 

Au total, l’itinéraire de Pierre Racine apparaît donc marqué par trois fidélités : à la Méditerranée, à Michel Debré et à l’ENA. Ces trois noms propres valent comme symboles de l’humanité, du sens de l’amitié et du devoir déjà évoqués, et qui faisaient de Pierre Racine une des figures les plus attachantes du milieu des grands serviteurs de l’Etat à la française.