La construction de la Croix de Lorraine par Michel MOSSER
Une volonté du Général…
La décision de réaliser le Mémorial de Colombey trouve son origine en 1954, quand le général de Gaulle confie à un journaliste : « Voyez cette colline. C'est la plus élevée. On y édifiera une Croix de Lorraine quand je serai mort ».
D'après André Malraux, le Général sceptique aurait ajouté : « Personne n'y viendra, sauf les lapins pour y faire de la résistance… »
EN réalité, dès la première année d'ouverture, le Mémorial attire 400 000 visiteurs…
… réalisée par le comité national du Mémorial du général de Gaulle
Constitué le 23 mars 1971, c'est-à-dire quelques mois après la mort du Général (9 novembre 1970), le Comité national prend en charge la réalisation du Mémorial. Il est placé sous le haut-patronage de Georges Pompidou, président de la République, et réunit une trentaine de personnalités proches du Général.
Un financement populaire
Pour financer le projet, le Comité lance un appel à souscription. Plusieurs millions de personnes apportent leur participation. 67 pays étrangers s'associent à l'entreprise, en particulier le Liban, qui contribue largement à la souscription et offre 1 000 cèdres du Liban qui sont plantés sur la colline lors d'une cérémonie. Il faut ajouter que les architectes en charge du projet ont reversé l'intégralité de leurs honoraires (soit plus de 500 000 FF) au Comité national du mémorial.
Le succès de la souscription est tel qu'une somme deux fois plus importante que prévu est réunie, ce qui permet l'achat d'un important domaine, la réalisation de voies d'accès et du logement du gardien. Au total, les dépenses s'élèvent à 981 658 FF pour les acquisitions foncières et 4 749 507 FF pour les travaux.
Le défi des délais
Yvonne de Gaulle souhaite que le Mémorial soit inauguré le 18 juin 1972.
Le 7 mai 1971, douze équipes d'architectes sont invitées à concourir. Le 12 novembre 1971, Henri Duvillard président du Comité national, informe les architectes Marc Nebinger et Michel Mosser que leur projet de Croix de Lorraine a été retenu par le Comité national. Il leur reste moins de sept mois pour édifier le monument à la mémoire du général de Gaulle...
Le défi technique
L'ouvrage que les architectes ont élaboré sur le papier est une immense Croix de Lorraine de 44.30 mètres de haut pour un poids total sans fondations de 950 tonnes, revêtue d'un parement en granit rose et habillée de surfaces en bronze de 10 mm d'épaisseur. Les contraintes techniques sont nombreuses, et doivent toutes être réglées dans un temps record :
- définir l'échelle du monument est un premier défi : il doit être vu de loin et dépasser la forêt environnante, tout en conservant ses proportions pour les visiteurs qui viennent se recueillir à son pied.
- La température : la construction de la Croix se faisant durant les mois d'hiver, à une température pouvant chuter à - 15°C, il est impossible de recourir à la technique de coffrage coulissant prévue lors du concours. Les architectes trouvent une solution de rechange en utilisant la technique du béton armé précontraint. [le procédé de précontrainte consiste à relier entre eux différents éléments d'un bâtiment grâce à des tubes insérés dans le béton où sont passés des câbles qui, une fois tendus, stabilisent l'ouvrage].
- Le problème du bronze : la fabrication d'éléments de bronze de 1.68 mètre de longueur est impossible dans les fonderies industrielles. Les architectes trouvent finalement une fonderie traditionnelle alsacienne, la fonderie Zwiebel, qui réussit à fabriquer les éléments demandés dans des moules en sable.
- Le lieu de fabrication et de stockage : pour réaliser la préfabrication des éléments de la Croix, les couler les uns contre les autres par pont roulant, il faut trouver une aire de travail d'au moins 50 mètres de long, couverte et chauffable. Une entreprise de Woippy (son nom ?) (Lorraine) accepte de libérer un immense hangar, transformé en quelques semaines en lieu de préfabrication.
- Une grande inconnue : si la technique de précontrainte est bien maîtrisée en 1972, on ignore encore quel en est le comportement quand elle s'effectue dans deux directions, comme l'exige la réalisation des deux bras de la Croix...
La construction
A Perros-Guirec, le granit est découpé en gros blocs à l'aide de lances thermiques, et débité en scierie aux dimensions voulues. Pour réaliser les éléments striés de revêtement de la Croix, le granit est percé par une série de fleurets, puis éclaté. Tous ces éléments sont acheminés en Lorraine, à Woippy. Là, un moule est réalisé pour couler les éléments du fût de la Croix. Après deux essais infructueux, les morceaux coulés sont séchés par étuvage.
Pendant ce temps, à Colombey, les terrassements sont réalisés, avec des fondations de 10 mètres sur 12, représentant un poids de béton de 1 100 tonnes.
Le 14 mars 1972, le premier élément est expédié de Woippy à Colombey. A partir de là, la production et le transport des éléments ne cesse plus. Une grue automotrice empile trois voussoirs par jour, qui sont ensuite mis en précontrainte. Le travail s'effectue de jour et de nuit, à l'aide de projecteurs, souvent dans un froid intense. Madame de Gaulle vient régulièrement encourager les ouvriers, de même que le général Alain de Boissieu, qui passe de nombreuses soirées sur le chantier. Le 6 mai, le dernier couvercle est mis en place. Dans la nuit du 17 au 18 juin, le gazon est déroulé autour de la Croix. Au total, 350 compagnons, cadres, ingénieurs et maîtres d'œuvre ont travaillé sans interruption pendant 118 jours à la réalisation de l'ouvrage.
L'inauguration
Le 17 juin 1972, à Paris, Henri Duvillard recueille la flamme sous l'Arc de triomphe et allume un flambeau relais qui est transporté jusqu'à Colombey par un engin blindé. Sur la place du petit village, le soir, devant le monument aux morts, Henri Duvillard enflamme une coupe de bronze. Au même instant, la Croix de Lorraine de 44 mètres de haut s'illumine. Une veillée rassemble jusqu'à minuit, autour du monument aux morts, Henri Duvillard, Philippe de Gaulle, Alain de Boissieu, et de nombreuses associations d'anciens combattants. Le lendemain, 18 juin 1972, une foule de 50 000 personnes s'amasse au pied de la Croix et sur toute la colline. Dès 10h, le conseil de l'ordre de la Libération, les membres du Comité national, la famille du Général (Madame de Gaulle, Philippe de Gaulle, le général et madame de Boissieu) arrivent sur le parvis du monument. Le président de la République, Georges Pompidou, prononce un discours, puis deux Saint-Cyriens dévoilent les inscriptions portées sur le mur de granit en lettres de bronze.
L'avenir
La Croix de Lorraine de Colombey est au centre du parcours muséographique qui est en cours de réalisation à Colombey. Ce centre, ouvert depuis octobre 2008 sur la colline du Mémorial, propose une exposition permanente de 1 600 m² consacrée à Charles de Gaulle et à son œuvre. Grâce à ce nouvel équipement culturel, la Fondation et l'Institut Charles de Gaulle comptent redonner leur élan aux visites qui, avec le temps, se sont tassées.














