Le palais de l'Élysée : centre de la présidence gaullienne
Le palais de l’Élysée : lieu de pouvoir
C’est au Palais de l’Élysée que s’installe la présidence nouvelle de Charles de Gaulle, en janvier 1959. Exigu, le lieu est malcommode et peine à accueillir un président de la République dont le rôle est désormais premier dans la conduite de la France.
Pendant dix années, c’est à l’Élysée que le général de Gaulle traite de la majeure partie des affaires du pays, qu’il y reçoit officiellement les chefs d’État étrangers, et y réalise ses conférences de presse.
Bref Historique
Avant de devenir le plus haut lieu de pouvoir de la Cinquième République, le palais de l’Élysée – Hôtel d’Évreux de son premier nom – avait appartenu à de nombreux propriétaires et connu une histoire mouvementée. A l’origine propriété de la marquise de Pompadour, c’est également là que Napoléon 1er signa son abdication. Pendant le gouvernement provisoire de la IIe République, le palais prend le nom d'"Élysée national", et les jardins sont ouverts aux promeneurs. En 1848, l'Assemblée nationale décrète que le palais serait la résidence officielle du Président de la République, et le premier d’entre eux – le prince Louis-Napoléon – s’y installe, comme le feront, plus tard, ses successeurs.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, la République a disparu et le palais est fermé à partir de juin 1940. Il ne retrouve ses fonctions qu’en 1946, lorsque le premier président de la Quatrième République – Vincent Auriol – y installe sa présidence.
Le général de Gaulle au palais de l’Élysée
Le général de Gaulle s’installe officiellement au palais de l’Élysée le 8 janvier 1959, jour de la transmission officielle des pouvoirs de René Coty – dernier président de la Quatrième République – au premier président de la Cinquième.
Mais cette vieille demeure est très exiguë et peine à accueillir une présidence telle que de Gaulle la conçoit (c'est-à-dire active et regroupée…). Mal conçu, pauvre en bureaux, mais riche en salons, "C’est un palais de la main gauche" aurait dit de Gaulle, qui transforme alors la plupart des pièces en cabinets de travail, car il faut accueillir le secrétariat général pour la présidence de la République avec ses 45 collaborateurs officiels et sa centaine d’agents officieux…
C’est donc au palais de l’Élysée que le général de Gaulle exerce son pouvoir. Dans ses Mémoires d’espoir, il nous livre ce témoignage :
"Mis à part les déplacements officiels en France et à l’étranger, les conférences à Rambouillet, les séjours à Colombey-les-Deux-Églises, soit au total le quart de mon temps, c’est naturellement à l’Élysée que se déroule mon existence. Le déterminisme de l’Histoire m’a installé dans ce palais, dont j’apprécie la grâce quelque peu désuète et la situation assez commode par rapport aux autres ministères, mais qui présente, à mes yeux, certains inconvénients. Naguère en bordure de Paris, l’Élysée est maintenant enclavé dans la capitale, ce qui, compte tenu des servitudes que m’imposent conjointement la sécurité, le protocole, la circulation, la curiosité publique, fait qu’en somme j’y suis enfermé, à moins que, dûment escorté sur les avenues vidées de voitures et bordées d’assistants chaleureux, je ne me rende à la cérémonie, au monument ou à l’exposition. L’édifice comporte des salons fort beaux, garnis de meubles anciens, à peine suffisants pour les inévitables réceptions, mais n’offre que très peu de place aux services d’une présidence devenue très active. (…) Du vieil Élysée, la République nouvelle va donc tirer, quant à son fonctionnement et à sa réputation, le meilleur parti possible."
Contrairement à ses prédécesseurs, le général de Gaulle installe son bureau dans la pièce centrale du premier étage (dans salon appelé « salon doré » ou « salon de musique »). La salle à manger qui jouxte le bureau est transformée en salle du Conseil des ministres, l’appartement des hôtes d’honneur en bureaux pour les collaborateurs immédiats du Général.
Le Conseil des ministres
C’est au palais de l’Élysée que se tiennent les Conseils des ministres (les mercredis) et les Conseils restreints, les Conseils de Défense, les Conseils pour les Affaires algériennes… C’est aussi là que le président de la République s’entretient régulièrement avec son Premier ministre. Le général de Gaulle nous offre un témoignage – dans ses Mémoires d’espoir – de la façon dont se déroulent les Conseils des ministres :
"En dehors de situations dramatiques exigeant soudain de l’État une attitude qui soit tranchée (…), mon action consiste avant tout à tracer des orientations, fixer des buts, donner des directives, à l’organisme de prévision, de préparation, d’exécution, que constitue le Gouvernement. Cela a lieu normalement en Conseil. Une fois par semaine, rarement plus souvent, toujours sous ma présidence, est réuni le Conseil des ministres. Tous y assistent ainsi que les secrétaires d’État, car il n’y a qu’une politique de Gouvernement et, pour ceux qui l’assument, la solidarité ne se divise pas. En face de moi est Michel Debré. A ma droite, j’ai et j’aurai toujours André Malraux. La présence à mes côtés de cet ami génial, fervent des hautes destinées, me donne l’impression que, par là, je suis couvert du terre-à-terre. L’idée que se fait de moi cet incomparable témoin contribue à m’affermir. Je sais que, dans le débat, quand le sujet est grave, son fulgurant jugement m’aidera à dissiper les ombres. La séance se déroule selon l’ordre du jour que j’ai fixé et notifié à l’avance en suivant, d’ordinaire, ce que m’a demandé le Premier ministre et ce que m’ont présenté conjointement le Secrétaire général de la Présidence Geoffroy de Courcel et le Secrétaire général du Gouvernement Roger Belin. Ces deux hauts-fonctionnaires, au centre et au courant de tout, sont spectateurs muets de la réunion et enregistrent les décisions. (…) Chacun peut demander la parole, elle lui est toujours donnée. Dans les cas importants, j’invite tous les membres à faire connaître leur avis. (…) En fin de compte, j’indique quelle est ma manière de voir et je formule la conclusion"
Conférences de presse, réceptions et cérémonies officielles
C’est au palais de l’Élysée que le président de Gaulle tient, à peu près deux fois l’an, ses grandes conférences de presse radiotélévisées, qui sont autant destinées à un auditoire national qu’international. C’est là qu’il annonce les grandes orientations que le pouvoir entend donner à la politique de la France.
C’est aussi au palais de l’Élysée que la France reçoit – avec tous les fastes de la République – les chefs d’État étrangers. C’est aussi là que se tiennent les cérémonies du 1er mai, du 14 juillet, celles des Compagnons de la Libération ou bien encore le Noël des enfants. Le général de Gaulle témoigne, dans ses Mémoires d’espoir, de l’importance de ces réceptions officielles :
"Tout compte s’il s’agit du prestige de l’État. Je tiens pour important qu’à cet égard les choses se passent avec ampleur et mesure, bonne grâce et dignité. C’est aussi ce que veut la maîtresse de maison, ma femme. Nos réceptions sont donc fréquentes et nous tâchons qu’elles soient de bon ton".
C’est sous la présidence de Charles de Gaulle que le palais de l’Élysée devient le plus haut lieu de pouvoir de la Cinquième République, une fonction qu’il détient toujours aujourd’hui.
Aude Vassallo














