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La Boisserie : la demeure des de Gaulle

 

La BOISSERIE (Colombey-les-Deux-Églises) : la demeure du général de Gaulle


En 1934, le commandant Charles de Gaulle et son épouse – qui n’ont aucune attache familiale dans la Haute-Marne – acquièrent une résidence dans le petit village de Colombey-les-Deux-Églises, situé à une quinzaine de kilomètres de Bar-sur-Aube et une quarantaine de Chaumont.

C’est La Boisserie, qui, située un peu à l’écart du village, constitue l’environnement idéal pour y abriter une famille au calme, tout en restant relativement proche de la capitale, situé à 250 kilomètres de là.

Pendant la guerre, la demeure est sérieusement endommagée par les bombardements allemands. Reconstruite dès 1946, c’est à La Boisserie que le général de Gaulle se réfugie pour affronter sa "traversée du désert" et y rédiger ses Mémoires de guerre.

Dans celles-ci, il livre ses impressions sur la région et ses habitants :

« Où aller ? Depuis que j’envisageais la perspective de mon éloignement, j’avais résolu de résider, le cas échéant, à Colombey-les-Deux-Églises et commencé à faire réparer ma maison endommagée pendant la guerre. (…)

C’est ma demeure. Dans le tumulte des hommes et des événements, la solitude était ma tentation. Maintenant, elle est mon amie. De quelle autre se contenter quand on a rencontré l’Histoire ? D’ailleurs, cette partie de la Champagne est tout imprégnée de calme : vastes, frustes et tristes horizons ; bois, près, cultures et friches mélancoliques ; reliefs d’anciennes montagnes très usées et résignées ; villages tranquilles et peu fortunés, dont rien, depuis des millénaires, n’a changé l’âme, ni la place. Ainsi, du mien. Situé haut sur le plateau, marqué d’une colline boisée, il passe les siècles au centre des terres que cultivent ses habitants. Ceux-ci, bien que je me garde de m’imposer au milieu d’eux, m’entourent d’une amitié discrète. Leurs familles, je les connais, je les estime et je les aime.
»



Sur La Boisserie, le général de Gaulle poursuit :

« Le silence emplit ma maison. De la pièce d’angle où je passe la plupart des heures du jour, je découvre les lointains dans la direction du couchant. Au long de quinze kilomètres, aucune construction n’apparaît. Par-dessus la plaine et les bois, ma vue suit les longues pentes descendant vers les la vallée de l’Aube, puis les hauteurs du versant opposé. D’un point élevé du jardin, j’embrasse les fonds sauvages où la forêt enveloppe le site, comme la mer bat le promontoire. Je vois la nuit couvrir le paysage. Ensuite, regardant les étoiles, je me pénètre de l’insignifiance des choses. »

(Mémoires de guerre, "Le Salut, Le Départ", Bibliothèque de La Pléiade, pp. 872-874)

 


Devenu président de la Cinquième République, le général de Gaulle, s’il s’est installé à l’Élysée, n’en revient pas moins régulièrement passer le week-end à La Boisserie :


« Chaque fois que cela est possible, nous gagnons notre maison de La Boisserie. Là, pour penser, je me retire. Là, j’écris les discours qui me sont un pénible et un perpétuel labeur. Là, je lis quelques-uns des livres qu’on m’envoie. Là, regardant l’horizon de la terre ou l’immensité du ciel, je restaure ma sérénité. »

(Mémoires d’espoir, "Le Renouveau, Le Chef de l’État", Bibliothèque de La Pléiade, p. 1141)



C’est dans la bibliothèque que de Gaulle trouve la mort le 9 novembre 1970. Le cimetière de Colombey-les-Deux-Églises accueille les tombes du Général et de sa famille.