LA MEMOIRE

LIEUX

SYMBOLES



Une maison lilloise

1872 - 1912 une maison bourgeoise dans un quartier populaire


    La Maison à la fin du 19ème siècle

Si la maison natale est révélatrice de l'appartenance des grands-parents à la bourgeoisie moyenne, il en était autrement pour le quartier à la fin du 19ème siècle.
 
A l'époque de l'enfance de Charles de Gaulle, c'est un quartier populaire très animé avec ses entrepôts, ses abattoirs et l'activité générée par le canal de la Basse-Deûle, tracé de l'actuelle avenue du Peuple Belge.
Dans la rue Princesse, de nombreux commerces et entreprises artisanales étaient présents. Un cordonnier, un filateur de coton, un coiffeur, un marchand de légumes côtoyaient les habitations résidentielles.
   

La rue Princesse dépendait de la paroisse et de son édifice, l'église Saint-André. De style jésuite, l'église Saint-André fut élevée dans la rue Royale de 1701 à 1758 sous Louis XIV.

Elle fut le témoin de plusieurs événements relatifs à la famille Maillot :
- Henri de Gaulle et Jeanne Maillot s'y marièrent en 1886,
- Charles de Gaulle y fut baptisé le jour même de sa naissance, comme il était de coutume.

 


    La propriété


La propriété acquise, en 1872, par les grands parents maternels du Général, se compose de deux grands ensembles :

  •  Un ensemble en cœur d'îlot comportant une maison, une fabrique de tulle, des ateliers et une salle des machines. Jusqu'au milieu du XXème siècle, on y accède par un passage ouvert situé au n°11, rue Princesse, marqué aujourd'hui par une porte cochère.
  • Un immeuble situé 9, rue Princesse, dans lequel s'installe la famille Maillot-Delannoy. 


En 1889, en raison de difficultés financières, la fabrique de tulle, est cédée aux établissements Rossignol et Hamelin qui la transfère à Cambrai. Les anciens ateliers sont démolis vers 1893-1894 et les terrains vendus.
Ainsi, Charles de Gaulle n'a connu comme espace de jeu que le jardin du 9 rue Princesse.


La vie quotidienne au temps de la veuve Maillot

  • Le contexte historique


Chez les De Gaulle, comme chez les Maillot, on admirait l'armée. Dans sa Campagne d'Allemagne, sorte de rédaction fantaisiste qu'il écrit quand il a quatorze ans, Charles de Gaulle, à la tête d'une armée française de soldats de plombs, est déjà le général de Gaulle.
           

Outre cette envie d'en découdre avec l'ennemi allemand, l'une des préoccupations de ce début de siècle reste la loi de 1905, celle de la Séparation de l'Eglise et de l'Etat, qui obligea le jeune Charles, ainsi que son frère Jacques, à "émigrer" en Belgique, à Antoing, pour bénéficier, malgré tout, de l'enseignement des Jésuites.
   

Mais, lorsque survient l'"Affaire" Dreyfus, dans cette famille bourgeoise très catholique, on ne croit pas vraiment à la culpabilité du capitaine convaincu de trahison : l'innocence d'un homme vaut plus que la raison d'Etat et l'armée. Quitte à s'attirer des inimitiés, on pense avec liberté et on assume ses idées et ses choix.

 

  • Les témoignages


À la mort de Jules-Emile Maillot en 1891, Julia resta dans la partie gauche de la demeure jusqu'en 1912, année de son décès. Tout au long de l'enfance de Charles, elle continua à recevoir la Famille de Gaulle. De nombreux témoignages sur la maison natale, au temps de l'enfance de Charles de Gaulle, existent. Ils évoquent l'ambiance qui pouvait régner au temps de madame veuve Maillot. 



"Le fait que la plupart des pièces de la maison n'avaient pas vue sur l'extérieur contribuait sans doute à donner à cette demeure - qui n'avait déjà rien de luxueux- ce caractère de sévérité. L'agitation du monde et de la rue ne franchissait pas les murs."
                                                                                                             Marie-Thérèse de Corbie

Patrick Jaspard décrivant la maison selon les témoignages :
" Un rien d'austérité, beaucoup de sérénité, un merveilleux esprit de famille."
                                                                                                                         Patrick Jaspard

" Les domestiques (une cuisinière et une femme de chambre) logeaient dans le grenier qui n'était que très peu aménagé. Pour accéder à ce grenier et aller se coucher, les domestiques devaient emprunter l'escalier de service situé derrière la salle à manger."
                                                                                                             Marie-Thérèse de Corbie

" Les enfants n'étaient admis dans les salons des grands-parents que pour les grandes occasions, par exemple quand ils devaient réciter leurs compliments devant parents et grand-parents, pénible corvée... Devant réciter un poème devant sa grand-mère Maillot, mon père (Jean de Corbie), intimidé, renâclait un peu. "
                                                                                                             Marie-Thérèse de Corbie
   
"Dans la maison de la rue Princesse, le "Royaume" des enfants était la salle de jeu, pièce d'aspect vieillot, située à l'extrémité de l'aile droite de la maison à la suite de la buanderie, et sur le vieux plancher de laquelle les enfants s'amusaient"
                                                                                                            Marie-Thérèse de Corbie

"Parties de cache-cache, simulacres de bataille, pièces de théâtre dont les enfants étaient à la fois auteurs et acteurs, lectures occupaient une partie du temps."
"Papa (Jules Maillot) parlait quelquefois des batailles avec Charles de Gaulle qu'il faisait avec des petits soldats...il (Charles de Gaulle) voulait toujours gagner. "
                                                                                                                     Marie-Lucie Maillot

"Une pelouse principale allait presque jusqu'à l'entrée de la cour et jusqu'au mur du fond elle était séparée par une allée qui faisait le tour. Parmi les quelques arbres, il y avait un grand tilleul sur la bordure gauche de la pelouse vue de la cour. Une seconde pelouse plus petite se trouvait devant la véranda de la maison"
"Le kiosque était de nature à amuser des enfants qui devaient avoir, comme moi, plaisir à s'y réfugier de même que dans la pièce dans le fond du jardin."
"La claire véranda meublée très simplement, était, pour d'autres raisons, un lieu favori. Je m'y tenais parfois en compagnie de ma grand-mère qui me lisait des albums ou me racontait des histoires."
                                                                                                              Marie-Thérèse de Corbie
 

  •     Les héritiers


Gustave de Corbie


A la mort de la veuve Maillot, la demeure échoit à Gustave de Corbie, parrain de Charles de Gaulle. Déjà installés dans la partie droite, les époux de Corbie récupèrent la totalité de la demeure.
La partie droite sera occupée par leur fils Jean de Corbie de 1922 à 1929.
Ensuite, sa fille Marguerite et son époux Pierre Jaspard s'y installent entre 1929 à 1940. Ayant de nombreux enfants, ils s'attachèrent à en faire un lieu plus vivant et fonctionnel qu'auparavant. Ainsi, le chauffage central et l'électricité ne furent installés qu'à partir de leur emménagement.
Pendant la seconde guerre mondiale, Lille est annexée à l'Allemagne. La maison est occupée par l'armée allemande.
En 1948, à la mort de Gustave de Corbie, la partie gauche de la maison est vendue à Mademoiselle Wouters.
Entre 1948 et 1971, La partie droite est occupée par une entreprise de travaux. Elle fit édifier des hangars dans la cour. Le jardin a été transformé en une cour pavée... Le temps des jeux est désormais révolu.
En 1967, la demeure est acquise par une association d'amis du Général de Gaulle. Elle est ensuite léguée à l'institut Charles de Gaulle.